Géographie de la Bretagne/L'énergie en Bretagne

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Dans les pays dĂ©veloppĂ©s les combustibles fossiles (pĂ©trole, charbon, gaz naturel), souvent importĂ©s en masse, demeurent les principales sources d’énergie. La Bretagne ne fait pas exception comme l’indique l’importance des importations d’hydrocarbures dans les ports de la pĂ©ninsule. Une dĂ©pendance aussi prononcĂ©e ne suscite guĂšre de controverses tant la population la vit comme une fatalitĂ©. Chaque montĂ©e des prix des carburants engendre des protestations (pĂȘcheurs, routiers) et incite Ă  l’isolation des logements ou l’utilisation du bois de chauffage. Cependant de profonds changements se profilent Ă  l’horizon et dĂ©jĂ  le bilan Ă©nergĂ©tique rĂ©gional commence Ă  se modifier.
 
Dans les pays dĂ©veloppĂ©s les combustibles fossiles (pĂ©trole, charbon, gaz naturel), souvent importĂ©s en masse, demeurent les principales sources d’énergie. La Bretagne ne fait pas exception comme l’indique l’importance des importations d’hydrocarbures dans les ports de la pĂ©ninsule. Une dĂ©pendance aussi prononcĂ©e ne suscite guĂšre de controverses tant la population la vit comme une fatalitĂ©. Chaque montĂ©e des prix des carburants engendre des protestations (pĂȘcheurs, routiers) et incite Ă  l’isolation des logements ou l’utilisation du bois de chauffage. Cependant de profonds changements se profilent Ă  l’horizon et dĂ©jĂ  le bilan Ă©nergĂ©tique rĂ©gional commence Ă  se modifier.
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== Le recours aux centrales nuclĂ©aires : une retombĂ©e d’une politique nationale ==
 
== Le recours aux centrales nuclĂ©aires : une retombĂ©e d’une politique nationale ==
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C’est dans le domaine de la production Ă©lectrique que la position de la Bretagne est singuliĂšre car elle combine une forte allergie aux centrales nuclĂ©aires et une grande lenteur Ă  s’engager sur les Ă©nergies renouvelables, ce qui entraĂźne une dĂ©pendance des centrales nuclĂ©aires des rĂ©gions voisines. La rĂ©gion Bretagne ne produit que 8% de sa consommation Ă©lectrique, mais 38% dans le cadre de la Bretagne entiĂšre grĂące Ă  la centrale thermique de Cordemais. L’essentiel du courant est fourni par les centrales nuclĂ©aires de Flamanville et Chinon et pour faire face aux pics quotidiens (trĂšs Ă©levĂ©s par temps froid ) la centrale de Cordemais est poussĂ©e Ă  fond.
 
C’est dans le domaine de la production Ă©lectrique que la position de la Bretagne est singuliĂšre car elle combine une forte allergie aux centrales nuclĂ©aires et une grande lenteur Ă  s’engager sur les Ă©nergies renouvelables, ce qui entraĂźne une dĂ©pendance des centrales nuclĂ©aires des rĂ©gions voisines. La rĂ©gion Bretagne ne produit que 8% de sa consommation Ă©lectrique, mais 38% dans le cadre de la Bretagne entiĂšre grĂące Ă  la centrale thermique de Cordemais. L’essentiel du courant est fourni par les centrales nuclĂ©aires de Flamanville et Chinon et pour faire face aux pics quotidiens (trĂšs Ă©levĂ©s par temps froid ) la centrale de Cordemais est poussĂ©e Ă  fond.
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La responsabilitĂ© de l’Etat est engagĂ©e dans le maintien de la dĂ©pendance Ă©nergĂ©tique rĂ©gionale. Certes il est contraint par les marchĂ©s mondiaux des combustibles fossiles et depuis la ConfĂ©rence de Kyoto (1997) par les accords internationaux sur la rĂ©duction des Ă©missions de gaz Ă  effet de serre. Mais il maĂźtrise le prix de vente de l’électricitĂ© car il contrĂŽle l’entreprise publique EDF qui, avec ses centrales et ses barrages, a jusqu’à rĂ©cemment disposĂ© d’un quasi monopole de la production et d’un monopole du transport et du courant.
 
La responsabilitĂ© de l’Etat est engagĂ©e dans le maintien de la dĂ©pendance Ă©nergĂ©tique rĂ©gionale. Certes il est contraint par les marchĂ©s mondiaux des combustibles fossiles et depuis la ConfĂ©rence de Kyoto (1997) par les accords internationaux sur la rĂ©duction des Ă©missions de gaz Ă  effet de serre. Mais il maĂźtrise le prix de vente de l’électricitĂ© car il contrĂŽle l’entreprise publique EDF qui, avec ses centrales et ses barrages, a jusqu’à rĂ©cemment disposĂ© d’un quasi monopole de la production et d’un monopole du transport et du courant.
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C’est une dĂ©cision Ă©tatique (Plan Messmer 1974) qui a lancĂ© un programme de construction de centrales nuclĂ©aires. Son surdimensionnement a conduit EDF Ă  Ă©largir la demande par exemple en favorisant l’usage de l’électricitĂ© pour chauffer les logements neufs, ce qui aggrave les pics de consommation, et en bloquant la concurrence des Ă©nergies renouvelables par un prix d’achat trop bas de l’électricitĂ© produite.
 
C’est une dĂ©cision Ă©tatique (Plan Messmer 1974) qui a lancĂ© un programme de construction de centrales nuclĂ©aires. Son surdimensionnement a conduit EDF Ă  Ă©largir la demande par exemple en favorisant l’usage de l’électricitĂ© pour chauffer les logements neufs, ce qui aggrave les pics de consommation, et en bloquant la concurrence des Ă©nergies renouvelables par un prix d’achat trop bas de l’électricitĂ© produite.
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== Energie éolienne : démarrage difficile avant un réel essor ==
 
== Energie éolienne : démarrage difficile avant un réel essor ==
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''Avel Penn ar Bed / EWEA''
 
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Le tableau met en Ă©vidence les grandes disparitĂ©s entre pays europĂ©ens dans les investissements Ă©oliens et aussi dans les rythmes de croissance. En 2001 la puissance installĂ©e en Allemagne est plus de 100 fois supĂ©rieure Ă  celle de la France qui pourtant dispose du gisement d’énergie Ă©olienne le plus considĂ©rable en Europe aprĂšs le Royaume Uni. Comme la Bretagne est la seconde rĂ©gion française pour le potentiel Ă©olien, le blocage de la filiĂšre l’a donc particuliĂšrement affectĂ©e et privĂ©e des nombreux emplois liĂ©s Ă  la fabrication des Ă©oliennes, Ă  leur maintenance et Ă  leur exportation.
 
Le tableau met en Ă©vidence les grandes disparitĂ©s entre pays europĂ©ens dans les investissements Ă©oliens et aussi dans les rythmes de croissance. En 2001 la puissance installĂ©e en Allemagne est plus de 100 fois supĂ©rieure Ă  celle de la France qui pourtant dispose du gisement d’énergie Ă©olienne le plus considĂ©rable en Europe aprĂšs le Royaume Uni. Comme la Bretagne est la seconde rĂ©gion française pour le potentiel Ă©olien, le blocage de la filiĂšre l’a donc particuliĂšrement affectĂ©e et privĂ©e des nombreux emplois liĂ©s Ă  la fabrication des Ă©oliennes, Ă  leur maintenance et Ă  leur exportation.
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Dans le cadre du plan « Eole 2005 » lancĂ© en 1997 par le ministĂšre de l’Industrie, deux parcs Ă©oliens sont crĂ©Ă©s en 1999, l’un Ă  Plouarzel, l’autre Ă  Goulien, les deux dans le FinistĂšre qui a conservĂ© son avance depuis. Logique : une association dynamique « Avel Penn ar Bed » y a sensibilisĂ© les Ă©lus. En 2005 la puissance installĂ©e n’atteint encore que 140 MW en rĂ©gion Bretagne. En Loire-Atlantique le parc Ă©olien de Soudan-Erbray ne dĂ©marre qu’en 2006.
 
Dans le cadre du plan « Eole 2005 » lancĂ© en 1997 par le ministĂšre de l’Industrie, deux parcs Ă©oliens sont crĂ©Ă©s en 1999, l’un Ă  Plouarzel, l’autre Ă  Goulien, les deux dans le FinistĂšre qui a conservĂ© son avance depuis. Logique : une association dynamique « Avel Penn ar Bed » y a sensibilisĂ© les Ă©lus. En 2005 la puissance installĂ©e n’atteint encore que 140 MW en rĂ©gion Bretagne. En Loire-Atlantique le parc Ă©olien de Soudan-Erbray ne dĂ©marre qu’en 2006.
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La « Loi d’orientation sur l’Energie » de juin 2005 prĂ©voit la relance du nuclĂ©aire (une centrale EPR Ă  Flamanville) mais aussi le dĂ©veloppement des Ă©nergies renouvelables. La rĂ©gion Bretagne lance alors un plan visant une puissance Ă©olienne de 1000 MW en 2010, soit l’équivalent d’une tranche de centrale nuclĂ©aire.
 
La « Loi d’orientation sur l’Energie » de juin 2005 prĂ©voit la relance du nuclĂ©aire (une centrale EPR Ă  Flamanville) mais aussi le dĂ©veloppement des Ă©nergies renouvelables. La rĂ©gion Bretagne lance alors un plan visant une puissance Ă©olienne de 1000 MW en 2010, soit l’équivalent d’une tranche de centrale nuclĂ©aire.
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  [[Fichier:Geo_LeRhun_Potentiel_eolien.jpg|500px|thumb|left|Carte du potentiel des Ă©nergies Ă©oliennes en France mĂ©tropolitaine et Corse]]
 
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Un pareil essor de l’éolien terrestre pose problĂšme dans un territoire oĂč l’habitat relativement dense et dispersĂ© Ă  l’échelle communale ne favorise pas l’implantation d’éoliennes de plus en plus grandes. Dans le cas oĂč elles rĂ©sultent d’une initiative collective locale pour leur construction et financement, avec l’acceptation par la population de l’impact sur le paysage des « Ă©oliennes citoyennes » c’est une dĂ©marche de dĂ©veloppement local et de plus rĂ©versible en cas de besoin puisqu’une Ă©olienne se dĂ©monte facilement. Mais s’il s’agit d’investissement par des groupes financiers (Louis-Dreyfus dans la forĂȘt de LanouĂ©e dans le Morbihan), c’est une exploitation du territoire qui fait fi d’une politique de prĂ©servation du patrimoine paysager.
 
Un pareil essor de l’éolien terrestre pose problĂšme dans un territoire oĂč l’habitat relativement dense et dispersĂ© Ă  l’échelle communale ne favorise pas l’implantation d’éoliennes de plus en plus grandes. Dans le cas oĂč elles rĂ©sultent d’une initiative collective locale pour leur construction et financement, avec l’acceptation par la population de l’impact sur le paysage des « Ă©oliennes citoyennes » c’est une dĂ©marche de dĂ©veloppement local et de plus rĂ©versible en cas de besoin puisqu’une Ă©olienne se dĂ©monte facilement. Mais s’il s’agit d’investissement par des groupes financiers (Louis-Dreyfus dans la forĂȘt de LanouĂ©e dans le Morbihan), c’est une exploitation du territoire qui fait fi d’une politique de prĂ©servation du patrimoine paysager.
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== Le renfort en fanfare de l’éolien maritime ==
 
== Le renfort en fanfare de l’éolien maritime ==
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Sur le plan mondial la croissance de l’énergie Ă©olienne est trĂšs forte : en 2009 la puissance installĂ©e atteint 120,7 GW (1 GW = 1000 MW) en progression de 31% sur 2008. Dans l’Union EuropĂ©enne elle s’élĂšve de 15% par an pour la pĂ©riode 1995- 2011 et le nombre d’emplois crĂ©Ă©s, estimĂ© en 2009 Ă  150 000, devrait doubler d’ici 2020. Or en 2011 la puissance installĂ©e en France Ă©tait de 6,8 GW et de 29 en Allemagne. Il est Ă©vident que, dans un contexte de crise, une telle quasi absence dans un crĂ©neau porteur n’était plus tenable, d’autant moins que le Grenelle de l’Environnement (2007) projetait une puissance en mer (Ă©oliennes et hydroliennes) de 6 GW pour 2020.
 
Sur le plan mondial la croissance de l’énergie Ă©olienne est trĂšs forte : en 2009 la puissance installĂ©e atteint 120,7 GW (1 GW = 1000 MW) en progression de 31% sur 2008. Dans l’Union EuropĂ©enne elle s’élĂšve de 15% par an pour la pĂ©riode 1995- 2011 et le nombre d’emplois crĂ©Ă©s, estimĂ© en 2009 Ă  150 000, devrait doubler d’ici 2020. Or en 2011 la puissance installĂ©e en France Ă©tait de 6,8 GW et de 29 en Allemagne. Il est Ă©vident que, dans un contexte de crise, une telle quasi absence dans un crĂ©neau porteur n’était plus tenable, d’autant moins que le Grenelle de l’Environnement (2007) projetait une puissance en mer (Ă©oliennes et hydroliennes) de 6 GW pour 2020.
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En 2010 l’Etat dĂ©cide d’implanter des parcs Ă©oliens off-shore Ă©quipĂ©s d’éoliennes de 5 MW alors que leur puissance Ă  terre ne dĂ©passait pas 2 MW. Les projets doivent ĂȘtre menĂ©s Ă  terme de 2015 Ă  2020. La Bretagne serait dotĂ©e de 1250 MW de puissance installĂ©e rĂ©partie sur deux parcs :
 
En 2010 l’Etat dĂ©cide d’implanter des parcs Ă©oliens off-shore Ă©quipĂ©s d’éoliennes de 5 MW alors que leur puissance Ă  terre ne dĂ©passait pas 2 MW. Les projets doivent ĂȘtre menĂ©s Ă  terme de 2015 Ă  2020. La Bretagne serait dotĂ©e de 1250 MW de puissance installĂ©e rĂ©partie sur deux parcs :
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  Baie de Saint-Brieuc : 100 Ă©oliennes, puissance totale 500 MW, surface 180 km2
 
  Baie de Saint-Brieuc : 100 Ă©oliennes, puissance totale 500 MW, surface 180 km2
  
 
  Ouest de GuĂ©rande : 150 Ă©oliennes, puissance totale 750 MW, surface 78 km2
 
  Ouest de GuĂ©rande : 150 Ă©oliennes, puissance totale 750 MW, surface 78 km2
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Certes le « Pacte Ă©lectrique breton » de 2010 permettra de progresser dans cette voie mais il comprend la construction d’une centrale au gaz Ă  Landivisiau (Ă  l’est de Brest) qui a Ă©tĂ© accordĂ©e le 29 fĂ©vrier 2012 par l’Etat Ă  Direct Energie et Siemens avec l’engagement de verser au consortium 40 millions d’euros par an pendant 20 ans. Dans une stratĂ©gie de dĂ©veloppement durable, il vaudrait bien mieux affecter cette dĂ©pense comme subvention pour remplacer le chauffage Ă©lectrique par une autre source d’énergie dont le gaz. D’autant que la mise en service en 2011 d’une nouvelle centrale au gaz d’une puissance de 435 MW, construite par GDF et Suez prĂšs du terminal mĂ©thanier de Montoir de Bretagne, permet de mieux faire face Ă  l’augmentation rĂ©guliĂšre de la consommation, en attendant le renversement de cette tendance.
 
Certes le « Pacte Ă©lectrique breton » de 2010 permettra de progresser dans cette voie mais il comprend la construction d’une centrale au gaz Ă  Landivisiau (Ă  l’est de Brest) qui a Ă©tĂ© accordĂ©e le 29 fĂ©vrier 2012 par l’Etat Ă  Direct Energie et Siemens avec l’engagement de verser au consortium 40 millions d’euros par an pendant 20 ans. Dans une stratĂ©gie de dĂ©veloppement durable, il vaudrait bien mieux affecter cette dĂ©pense comme subvention pour remplacer le chauffage Ă©lectrique par une autre source d’énergie dont le gaz. D’autant que la mise en service en 2011 d’une nouvelle centrale au gaz d’une puissance de 435 MW, construite par GDF et Suez prĂšs du terminal mĂ©thanier de Montoir de Bretagne, permet de mieux faire face Ă  l’augmentation rĂ©guliĂšre de la consommation, en attendant le renversement de cette tendance.
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#Association Avel Penn ar Bed. Le scénario électrique alternatif breton (Association Gaspare , site : [http://www.nonalacentrale.fr/ [1]] ).
 
#Association Avel Penn ar Bed. Le scénario électrique alternatif breton (Association Gaspare , site : [http://www.nonalacentrale.fr/ [1]] ).
 
#Corinne Lepage, la vérité sur le nucléaire, Albin Michel 2011. Presse régionale.
 
#Corinne Lepage, la vérité sur le nucléaire, Albin Michel 2011. Presse régionale.
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Les dĂ©sastres de Tchernobyl et de Fukushima n’ont pas en France Ă©branlĂ© la filiĂšre nuclĂ©aire qui serait d’une sĂ»retĂ© Ă  toute Ă©preuve selon ses promoteurs. Mais la loi d’airain d’une Ă©conomie en crise la condamne Ă  terme. Des Ă©lĂ©ments nouveaux permettent de l’affirmer, notamment le rapport de la Cour des Comptes (janvier 2012) sur le coĂ»t de la filiĂšre nuclĂ©aire.</font>
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Les dĂ©sastres de Tchernobyl et de Fukushima n’ont pas en France Ă©branlĂ© la filiĂšre nuclĂ©aire qui serait d’une sĂ»retĂ© Ă  toute Ă©preuve selon ses promoteurs. Mais la loi d’airain d’une Ă©conomie en crise la condamne Ă  terme. Des Ă©lĂ©ments nouveaux permettent de l’affirmer, notamment le rapport de la Cour des Comptes (janvier 2012) sur le coĂ»t de la filiĂšre nuclĂ©aire.
  
 
Certes les coĂ»ts rĂ©els de l’énergie nuclĂ©aire sont difficiles Ă  chiffrer. Les tarifs d’EDF sont bloquĂ©s Ă  un niveau trop bas (environ 0,30 € le KWh) pour dĂ©gager les investissements nĂ©cessaires Ă  la gestion du parc Ă  long terme. Ce fait est reconnu par EDF dans une rĂ©cente Ă©tude estimant le KWh Ă  0,46 € en prenant en compte le dĂ©mantĂšlement des centrales. Autre donnĂ©e significative : le coĂ»t du KWh produit par l’EPR de Flamanville serait supĂ©rieur Ă  0,60 €.De son cĂŽtĂ© le rapport de la Cour des Comptes chiffre le dĂ©mantĂšlement des 58 rĂ©acteurs Ă  18,4 milliards € et la gestion des dĂ©chets Ă  28,4 milliards, en soulignant que ces montants devraient probablement progresser. Compte tenu de ces coĂ»ts, le KWh atteindrait 0,495 €. La Cour constate que la France n’a pas les moyens de renouveler son parc nuclĂ©aire, ce qui nĂ©cessiterait la construction de 11 EPR d’ici 2022, tout en dĂ©mantelant les actuelles centrales et en stockant les dĂ©chets radioactifs. D’oĂč sa conclusion :
 
Certes les coĂ»ts rĂ©els de l’énergie nuclĂ©aire sont difficiles Ă  chiffrer. Les tarifs d’EDF sont bloquĂ©s Ă  un niveau trop bas (environ 0,30 € le KWh) pour dĂ©gager les investissements nĂ©cessaires Ă  la gestion du parc Ă  long terme. Ce fait est reconnu par EDF dans une rĂ©cente Ă©tude estimant le KWh Ă  0,46 € en prenant en compte le dĂ©mantĂšlement des centrales. Autre donnĂ©e significative : le coĂ»t du KWh produit par l’EPR de Flamanville serait supĂ©rieur Ă  0,60 €.De son cĂŽtĂ© le rapport de la Cour des Comptes chiffre le dĂ©mantĂšlement des 58 rĂ©acteurs Ă  18,4 milliards € et la gestion des dĂ©chets Ă  28,4 milliards, en soulignant que ces montants devraient probablement progresser. Compte tenu de ces coĂ»ts, le KWh atteindrait 0,495 €. La Cour constate que la France n’a pas les moyens de renouveler son parc nuclĂ©aire, ce qui nĂ©cessiterait la construction de 11 EPR d’ici 2022, tout en dĂ©mantelant les actuelles centrales et en stockant les dĂ©chets radioactifs. D’oĂč sa conclusion :

Version du 16 novembre 2013 Ă  11:31


Sommaire

L'Ă©nergie en Bretagne : du refus du nuclĂ©aire au dĂ©blocage de l'Ă©olien

Dans les pays dĂ©veloppĂ©s les combustibles fossiles (pĂ©trole, charbon, gaz naturel), souvent importĂ©s en masse, demeurent les principales sources d’énergie. La Bretagne ne fait pas exception comme l’indique l’importance des importations d’hydrocarbures dans les ports de la pĂ©ninsule. Une dĂ©pendance aussi prononcĂ©e ne suscite guĂšre de controverses tant la population la vit comme une fatalitĂ©. Chaque montĂ©e des prix des carburants engendre des protestations (pĂȘcheurs, routiers) et incite Ă  l’isolation des logements ou l’utilisation du bois de chauffage. Cependant de profonds changements se profilent Ă  l’horizon et dĂ©jĂ  le bilan Ă©nergĂ©tique rĂ©gional commence Ă  se modifier.


Le recours aux centrales nuclĂ©aires : une retombĂ©e d’une politique nationale

C’est dans le domaine de la production Ă©lectrique que la position de la Bretagne est singuliĂšre car elle combine une forte allergie aux centrales nuclĂ©aires et une grande lenteur Ă  s’engager sur les Ă©nergies renouvelables, ce qui entraĂźne une dĂ©pendance des centrales nuclĂ©aires des rĂ©gions voisines. La rĂ©gion Bretagne ne produit que 8% de sa consommation Ă©lectrique, mais 38% dans le cadre de la Bretagne entiĂšre grĂące Ă  la centrale thermique de Cordemais. L’essentiel du courant est fourni par les centrales nuclĂ©aires de Flamanville et Chinon et pour faire face aux pics quotidiens (trĂšs Ă©levĂ©s par temps froid ) la centrale de Cordemais est poussĂ©e Ă  fond.


La responsabilitĂ© de l’Etat est engagĂ©e dans le maintien de la dĂ©pendance Ă©nergĂ©tique rĂ©gionale. Certes il est contraint par les marchĂ©s mondiaux des combustibles fossiles et depuis la ConfĂ©rence de Kyoto (1997) par les accords internationaux sur la rĂ©duction des Ă©missions de gaz Ă  effet de serre. Mais il maĂźtrise le prix de vente de l’électricitĂ© car il contrĂŽle l’entreprise publique EDF qui, avec ses centrales et ses barrages, a jusqu’à rĂ©cemment disposĂ© d’un quasi monopole de la production et d’un monopole du transport et du courant.


C’est une dĂ©cision Ă©tatique (Plan Messmer 1974) qui a lancĂ© un programme de construction de centrales nuclĂ©aires. Son surdimensionnement a conduit EDF Ă  Ă©largir la demande par exemple en favorisant l’usage de l’électricitĂ© pour chauffer les logements neufs, ce qui aggrave les pics de consommation, et en bloquant la concurrence des Ă©nergies renouvelables par un prix d’achat trop bas de l’électricitĂ© produite.


Energie Ă©olienne : dĂ©marrage difficile avant un rĂ©el essor

Le blocage de la filiĂšre Ă©olienne en France

Puissance installĂ©e en MW dans des pays de l’Union EuropĂ©enne

Pays

Fin 2000

Fin 2001

Pays

Fin 2000

Fin 2001

Allemagne

6113

8754

Pays-Bas

446

493

Espagne

2481

3337

Royaume-Uni

406

474

Danemark

2300

2417

Irlande

118

125

Italie

427

697

France

66

78

Avel Penn ar Bed / EWEA


Le tableau met en Ă©vidence les grandes disparitĂ©s entre pays europĂ©ens dans les investissements Ă©oliens et aussi dans les rythmes de croissance. En 2001 la puissance installĂ©e en Allemagne est plus de 100 fois supĂ©rieure Ă  celle de la France qui pourtant dispose du gisement d’énergie Ă©olienne le plus considĂ©rable en Europe aprĂšs le Royaume Uni. Comme la Bretagne est la seconde rĂ©gion française pour le potentiel Ă©olien, le blocage de la filiĂšre l’a donc particuliĂšrement affectĂ©e et privĂ©e des nombreux emplois liĂ©s Ă  la fabrication des Ă©oliennes, Ă  leur maintenance et Ă  leur exportation.


Dans le cadre du plan « Eole 2005 Â» lancĂ© en 1997 par le ministĂšre de l’Industrie, deux parcs Ă©oliens sont crĂ©Ă©s en 1999, l’un Ă  Plouarzel, l’autre Ă  Goulien, les deux dans le FinistĂšre qui a conservĂ© son avance depuis. Logique : une association dynamique « Avel Penn ar Bed Â» y a sensibilisĂ© les Ă©lus. En 2005 la puissance installĂ©e n’atteint encore que 140 MW en rĂ©gion Bretagne. En Loire-Atlantique le parc Ă©olien de Soudan-Erbray ne dĂ©marre qu’en 2006.


La « Loi d’orientation sur l’Energie Â» de juin 2005 prĂ©voit la relance du nuclĂ©aire (une centrale EPR Ă  Flamanville) mais aussi le dĂ©veloppement des Ă©nergies renouvelables. La rĂ©gion Bretagne lance alors un plan visant une puissance Ă©olienne de 1000 MW en 2010, soit l’équivalent d’une tranche de centrale nuclĂ©aire.


En 2010 la rĂ©gion « Bretagne Â» s’associe avec l’Etat et RTE (RĂ©seau de transport Ă©lectrique) dans un « Pacte Ă©lectrique breton Â» pour porter Ă  3600 MW en 2020 la puissance des gĂ©nĂ©rateurs d’électricitĂ© de sources renouvelables. Cela suppose un dĂ©veloppement considĂ©rable de l’éolien terrestre, du photovoltaĂŻque et des hydroliennes (actuellement au stade expĂ©rimental) pour atteindre une puissance de 2350 MW qui s’ajouterait aux 1250 MW des Ă©oliennes maritimes.

Carte du potentiel des énergies éoliennes en France métropolitaine et Corse


Un pareil essor de l’éolien terrestre pose problĂšme dans un territoire oĂč l’habitat relativement dense et dispersĂ© Ă  l’échelle communale ne favorise pas l’implantation d’éoliennes de plus en plus grandes. Dans le cas oĂč elles rĂ©sultent d’une initiative collective locale pour leur construction et financement, avec l’acceptation par la population de l’impact sur le paysage des « Ă©oliennes citoyennes Â» c’est une dĂ©marche de dĂ©veloppement local et de plus rĂ©versible en cas de besoin puisqu’une Ă©olienne se dĂ©monte facilement. Mais s’il s’agit d’investissement par des groupes financiers (Louis-Dreyfus dans la forĂȘt de LanouĂ©e dans le Morbihan), c’est une exploitation du territoire qui fait fi d’une politique de prĂ©servation du patrimoine paysager.


Le renfort en fanfare de l’éolien maritime

Sur le plan mondial la croissance de l’énergie Ă©olienne est trĂšs forte : en 2009 la puissance installĂ©e atteint 120,7 GW (1 GW = 1000 MW) en progression de 31% sur 2008. Dans l’Union EuropĂ©enne elle s’élĂšve de 15% par an pour la pĂ©riode 1995- 2011 et le nombre d’emplois crĂ©Ă©s, estimĂ© en 2009 Ă  150 000, devrait doubler d’ici 2020. Or en 2011 la puissance installĂ©e en France Ă©tait de 6,8 GW et de 29 en Allemagne. Il est Ă©vident que, dans un contexte de crise, une telle quasi absence dans un crĂ©neau porteur n’était plus tenable, d’autant moins que le Grenelle de l’Environnement (2007) projetait une puissance en mer (Ă©oliennes et hydroliennes) de 6 GW pour 2020.


En 2010 l’Etat dĂ©cide d’implanter des parcs Ă©oliens off-shore Ă©quipĂ©s d’éoliennes de 5 MW alors que leur puissance Ă  terre ne dĂ©passait pas 2 MW. Les projets doivent ĂȘtre menĂ©s Ă  terme de 2015 Ă  2020. La Bretagne serait dotĂ©e de 1250 MW de puissance installĂ©e rĂ©partie sur deux parcs :


Baie de Saint-Brieuc : 100 Ă©oliennes, puissance totale 500 MW, surface 180 km2
Ouest de GuĂ©rande : 150 Ă©oliennes, puissance totale 750 MW, surface 78 km2


Le groupe EMF (actionnaires principaux : EDF et le Danois Dong Energy Power) y installera les Ă©oliennes d’Alstom de 6 MW (record mondial) et en Normandie il Ă©quipera les sites de Courseulles-sur-mer et de FĂ©camp. La sociĂ©tĂ© Ailes Marines qui rĂ©unit Iberdrola (Espagne) et Eole-RES (GB) implantera sur le site de Saint-Brieuc les Ă©oliennes d’AREVA (en partenariat avec Technip et STX, le chantier naval de Saint-Nazaire).



Quelles retombĂ©es en Bretagne ?

A Saint-Nazaire Alstom construirait les gĂ©nĂ©rateurs et les nacelles et STX les fondations et les bateaux de pose. NĂ©opolia (groupement d’entreprises de la Basse-Loire) espĂšre construire les navires de maintenance mais les pales et le mĂąt seraient fabriquĂ©s Ă  Cherbourg. Brest n’obtiendrait que le montage terminal. Pour le parc de GuĂ©rande, La Turballe serait le port de maintenance.

Du cĂŽtĂ© de Saint-Brieuc, seulement un port de maintenance sur la baie. La Bretagne occidentale serait-elle donc dĂ©laissĂ©e au profit de Saint-Nazaire et des ports normands, avec rien pour Lorient et bien peu pour Brest ? Le second appel d’offre de janvier 2013 concerne les sites du TrĂ©port et de Noirmoutier et Ă  nouveau ignore l’ouest de la Bretagne oĂč la nĂ©cessitĂ© d’activitĂ©s maritimes est si Ă©vident. La crĂ©ation de parcs Ă©oliens de cette taille est pourtant une opportunitĂ© rare de soutenir l’économie littorale lĂ  oĂč le besoin se fait sentir, Ă  Saint-Nazaire bien entendu, mais Ă  Brest aussi.


La filiĂšre photovoltaĂŻque victime d’un fauchage dĂ©vastateur

Au plan mondial la production d’électricitĂ© photovoltaĂŻque, qui dĂ©marre au tout dĂ©but du 21e S, connaĂźt un essor fulgurant puisque dĂšs 2009 la puissance installĂ©e atteint 120,7 GW (+ 31% sur 2008 !) dont 35 aux USA, 25 en Allemagne et en Chine, 19 en Espagne. La Chine rĂ©alise 50% de la production mondiale des capteurs en utilisant des machines allemandes.

En 2009 on estimait qu’en Europe la filiĂšre avait crĂ©Ă© 150 000 emplois directs. Fin 2011 l’Allemagne disposait de 29 GW de puissance installĂ©e, l’Espagne de 21,6 et la France de 6,8: comme pour l’éolien, un dĂ©calage Ă©norme s’est crĂ©Ă© entre l’Allemagne et la France qui se trouve Ă  la traĂźne dans un nouveau crĂ©neau porteur, notamment pour l’emploi, alors qu’elle dispose d’un ensoleillement supĂ©rieur.

Le Grenelle de l’Environnement visait une puissance installĂ©e de 1,1 GW en 2012 et de 5,4 en 2020. Mais le nouveau tarif d’achat par EDF fixĂ© en 2006 Ă  0,55 € le KWh solaire intĂ©grĂ© au bĂąti s’est rĂ©vĂ©lĂ© tellement attractif que les projets dĂ©posĂ©s en 2010 auraient dĂ©passĂ© les possibilitĂ©s de les subventionner. Du coup le gouvernement a bloquĂ© brutalement l’expansion du marchĂ© par un moratoire de 3 mois, un plafonnement du total des projets Ă  500 MW par an et une rĂ©duction du prix d’achat Ă  0,44 € (-20%).

La Bretagne a Ă©tĂ© particuliĂšrement touchĂ©e par ce coup d’arrĂȘt dans la mesure oĂč elle s’était fortement engagĂ©e dans le crĂ©neau du solaire (24% des 25 000 emplois directs en France). Elle comptait 507 entreprises qualifiĂ©es dont la moitiĂ© a disparu et des 6 000 emplois directs, il n’en restait plus que 1500 en 2011, soit une suppression dramatique de 3 emplois sur 4 comme rĂ©sultat du pilotage incohĂ©rent d’une filiĂšre prometteuse.


Le changement de majoritĂ© politique en 2012 laisse espĂ©rer une relance, d’autant que d’autres produits apparaissent. La sociĂ©tĂ© nantaise Systovi a mis au point un panneau « aĂ©rovoltaĂŻque Â» qui, en plus de produire de l’électricitĂ©, rĂ©cupĂšre la chaleur (60% de l’énergie solaire) pour chauffer l’habitation et lui fournir l’eau chaude. Equiper ainsi les toits des maisons Ă  chauffage Ă©lectrique permettrait de rĂ©duire leur consommation d’électricitĂ©. En tout cas c’est une solution alternative de plus.



La filiùre sous-marine dans l’attente du feu vert

Comme pour l’éolien maritime, l’exploitation des courants de marĂ©e nĂ©cessite des investissements lourds, Ă  la portĂ©e de grands groupes industriels, ainsi que l’autorisation de l’Etat pour installer des hydroliennes sur le domaine maritime. A la diffĂ©rence du vent, les courants de marĂ©e Ă  la fois rapides et assez larges se localisent sur quelques sites littoraux. En Manche le meilleur est le Raz Blanchard au cap de La Hague et en mer d’Iroise le Fromveur entre Ouessant et la cĂŽte et aussi le Raz de Sein.

La propagation de l’onde de marĂ©e provoque des courants, certes discontinus mais prĂ©visibles longtemps en avance tant pour la puissance que pour l’horaire et la durĂ©e puisque ces donnĂ©es sont calĂ©es sur l’annuaire des marĂ©es. L’électricitĂ© des hydroliennes sera donc programmable, ce qui facilitera son intĂ©gration dans le complexe de production Ă©nergĂ©tique.

Jusqu’en 2012 les groupes industriels (STX, DCNS, etc) du Groupement des industries et activitĂ©s navales (GICAN) en Ă©taient Ă  la phase des essais de prototypes. DĂ©but 2013 ils ont demandĂ© au gouvernement de lancer un appel d’offres pour poser des hydroliennes sur les fonds du Raz Blanchard avec l’objectif d’installer une puissance de 6000 MW en 2020. Ceci impliquerait la crĂ©ation de nombreux emplois Ă  terre Ă  Cherbourg.

La sociĂ©tĂ© quimpĂ©roise Sabella, qui a conçu une hydrolienne moins coĂ»teuse et d’entretien plus facile, va poser un prototype dans le Fromveur aprĂšs avoir levĂ© des capitaux (dont Suez). Elle ambitionne Ă  terme d’y installer un parc d’hydroliennes, ce qui signifierait des retombĂ©es industrielles sur Brest. Si le projet rĂ©ussit, cela dĂ©montrerait que les forces Ă©conomiques locales sont capables d’exploiter cette nouvelle source d’énergie et donc que le recours aux grands groupes industriels n’est pas la seule solution.


Centrales nuclĂ©aires en Bretagne : la fin du feuilleton mais pas la fin du risque

L’annulation en 1981 des projets de centrales de Plogoff (Pointe du Raz) et du Pellerin (estuaire de la Loire) par le prĂ©sident F. Mitterrand fut facilement acceptĂ© par EDF qui n’en avait pas rĂ©ellement besoin. Mais les conseils rĂ©gionaux de Bretagne et des Pays de la Loire ne renoncent pas. Le premier n’arriva jamais Ă  dĂ©nicher sur le littoral un site favorable et acceptĂ© par la population. Le second choisit Le Carnet, une vasiĂšre remblayĂ©e sur la rive sud de l’estuaire de la Loire qui devint le thĂ©Ăątre de la troisiĂšme grande bataille anti-nuclĂ©aire. La catastrophe de Tchernobyl en 1986 ne suffit pas Ă  dissuader la majoritĂ© pro-nuclĂ©aire du conseil rĂ©gional des Pays de la Loire, pas plus que J. Chirac, premier ministre, qui signe en 1988 la dĂ©claration d’utilitĂ© publique. Enfin L. Jospin, premier ministre, annule dĂ©finitivement le projet en 1997. En 2011 se dessine une nouvelle vocation pour Le Carnet qui accueille un centre d’expĂ©rimentation des prototypes d’éoliennes maritimes : une conversion trĂšs symbolique d’une Ăšre nouvelle dans la production Ă©lectrique rĂ©gionale.


MalgrĂ© tout la Bretagne reste exposĂ©e au risque d’un accident grave sur une centrale nuclĂ©aire relativement proche. Les retombĂ©es radio-actives dĂ©pendent des conditions atmosphĂ©riques, ce qui rend problĂ©matique la dĂ©limitation des zones d’exposition. Cependant plus on s’éloigne du point d’émission, plus les chances de dilution du nuage augmentent.


Carte Environnement nucléaire de la Bretagne


La carte ne tient compte que des 18 centrales fonctionnant dans un rayon de 500 km et formant un chapelet sur la Loire, un autre sur les rivages de la Manche, plus des centrales britanniques peu Ă©loignĂ©es de la pĂ©ninsule armoricaine. Mais le risque majeur se situe au niveau de deux Ă©tablissements proches de la Bretagne et qui manipulent des produits trĂšs dangereux : l’usine de retraitement des combustibles et le centre de stockage des dĂ©chets nuclĂ©aires de La Hague. Par chance les vents dominants soufflent de l’Atlantique. La position gĂ©ographique de la Bretagne lui Ă©vite un encerclement complet par des centrales nuclĂ©aires et par consĂ©quent diminue le risque de pollution radioactive. Toutefois en rade de Brest un accident grave ne peut pas ĂȘtre totalement exclu dans la base des sous-marins nuclĂ©aires.Quant Ă  la centrale de Brennillis, le dĂ©mantĂšlement qui devait s’achever en 2020-2025 est bloquĂ© faute de site susceptible de recevoir les dĂ©chets hautement radioactifs.


Economiser l’électricitĂ©, en diversifier les sources
 et dĂ©centraliser

La recherche d’une autonomie Ă©lectrique se pose au niveau national car elle garantit la production d’une Ă©nergie indispensable Ă  la vie d’une sociĂ©tĂ© moderne. En revanche elle perd de sa pertinence Ă  l’échelle des rĂ©gions car chacune a des besoins diffĂ©rents et un potentiel de production d’énergie renouvelable qui lui est particulier. Dans ces conditions et en fonction du principe de subsidiaritĂ©, Ă  chaque rĂ©gion devrait revenir la responsabilitĂ© d’exploiter au mieux son potentiel dans une logique du dĂ©veloppement durable.

Il s’agit donc d’intĂ©grer les nouvelles Ă©nergies dans un plan d’amĂ©nagement rĂ©gional qui par ailleurs doit veiller Ă  la protection des ressources du milieu naturel. Cette rĂ©gionalisation de la politique Ă©lectrique est facilitĂ©e par le rĂ©seau de transport qui permet Ă  tout instant d’adapter la production Ă  la consommation par des Ă©changes entre les rĂ©gions et entre les Etats europĂ©ens : la mise en rĂ©seau libĂšre chaque rĂ©gion d’un impĂ©ratif d’autonomie Ă©lectrique.

L’objectif prioritaire pour la Bretagne est vraiment d’arrĂȘter la progression de la consommation Ă©lectrique et notamment de rĂ©duire les pics journaliers par une isolation poussĂ©e du bĂąti, un meilleur rendement Ă©nergĂ©tique des appareils mĂ©nagers, la multiplication des chauffe-eau solaires, la rĂ©duction du chauffage Ă©lectrique, les chaudiĂšres Ă  condensation, etc. Ces mesures sont porteuses d’économies substantielles tout en crĂ©ant de nombreux emplois rĂ©partis sur tout le territoire.


Certes le « Pacte Ă©lectrique breton Â» de 2010 permettra de progresser dans cette voie mais il comprend la construction d’une centrale au gaz Ă  Landivisiau (Ă  l’est de Brest) qui a Ă©tĂ© accordĂ©e le 29 fĂ©vrier 2012 par l’Etat Ă  Direct Energie et Siemens avec l’engagement de verser au consortium 40 millions d’euros par an pendant 20 ans. Dans une stratĂ©gie de dĂ©veloppement durable, il vaudrait bien mieux affecter cette dĂ©pense comme subvention pour remplacer le chauffage Ă©lectrique par une autre source d’énergie dont le gaz. D’autant que la mise en service en 2011 d’une nouvelle centrale au gaz d’une puissance de 435 MW, construite par GDF et Suez prĂšs du terminal mĂ©thanier de Montoir de Bretagne, permet de mieux faire face Ă  l’augmentation rĂ©guliĂšre de la consommation, en attendant le renversement de cette tendance.




Sources

  1. EWEA Statistiques européennes (European Wind Energy Association).
  2. EPIA (European Photovoltaic Industry Association).
  3. Eurostat.
  4. Rapport d’information sur l’énergie Ă©olienne (N°2398) prĂ©sentĂ© par F. Reynier (AssemblĂ©e Nationale 2010).
  5. Rapport d’information sur la filiĂšre photovoltaĂŻque (N°442) prĂ©sentĂ© par L. Poniatowski (SĂ©nat 2011).
  6. Rapport de la Cour des Comptes sur le coût de la filiÚre nucléaire, janvier 2012.
  7. ADEME Bretagne et ADEME Pays de Loire. Observ’ER.
  8. Les cahiers de Global Chance 2011 (Association Global Chance et Institut du DĂ©veloppement Durable et des Relations Internationales).
  9. Association Avel Penn ar Bed. Le scĂ©nario Ă©lectrique alternatif breton (Association Gaspare , site : [1] ).
  10. Corinne Lepage, la vérité sur le nucléaire, Albin Michel 2011. Presse régionale.




Note complémentaire

Vers une remise en cause radicale de la filiĂšre nuclĂ©aire française ?

Les dĂ©sastres de Tchernobyl et de Fukushima n’ont pas en France Ă©branlĂ© la filiĂšre nuclĂ©aire qui serait d’une sĂ»retĂ© Ă  toute Ă©preuve selon ses promoteurs. Mais la loi d’airain d’une Ă©conomie en crise la condamne Ă  terme. Des Ă©lĂ©ments nouveaux permettent de l’affirmer, notamment le rapport de la Cour des Comptes (janvier 2012) sur le coĂ»t de la filiĂšre nuclĂ©aire.

Certes les coĂ»ts rĂ©els de l’énergie nuclĂ©aire sont difficiles Ă  chiffrer. Les tarifs d’EDF sont bloquĂ©s Ă  un niveau trop bas (environ 0,30 € le KWh) pour dĂ©gager les investissements nĂ©cessaires Ă  la gestion du parc Ă  long terme. Ce fait est reconnu par EDF dans une rĂ©cente Ă©tude estimant le KWh Ă  0,46 € en prenant en compte le dĂ©mantĂšlement des centrales. Autre donnĂ©e significative : le coĂ»t du KWh produit par l’EPR de Flamanville serait supĂ©rieur Ă  0,60 €.De son cĂŽtĂ© le rapport de la Cour des Comptes chiffre le dĂ©mantĂšlement des 58 rĂ©acteurs Ă  18,4 milliards € et la gestion des dĂ©chets Ă  28,4 milliards, en soulignant que ces montants devraient probablement progresser. Compte tenu de ces coĂ»ts, le KWh atteindrait 0,495 €. La Cour constate que la France n’a pas les moyens de renouveler son parc nuclĂ©aire, ce qui nĂ©cessiterait la construction de 11 EPR d’ici 2022, tout en dĂ©mantelant les actuelles centrales et en stockant les dĂ©chets radioactifs. D’oĂč sa conclusion :

« Cela signifie qu’à travers l’absence de dĂ©cision d’investissement, une dĂ©cision implicite a Ă©tĂ© prise qui engage la France soit Ă  faire durer ses centrales au delĂ  de 40 ans, soit Ă  faire Ă©voluer significativement et rapidement le mix Ă©nergĂ©tique vers d’autres sources d’énergie, ce qui suppose des investissements complĂ©mentaires. Â»

La premiĂšre option ne ferait que diffĂ©rer la solution du problĂšme et cela au prix d’investissements requis par les nouvelles normes de sĂ©curitĂ©, sans parler des risques de fonctionnement liĂ©s Ă  l’usure des rĂ©acteurs. Ce serait une dĂ©marche totalement Ă  l’encontre d’un dĂ©veloppement durable et qui de plus aboutirait Ă  terme Ă  des importations massives d’électricitĂ©.Il est Ă©vident que devant l’impossibilitĂ© financiĂšre de renouveler le parc nuclĂ©aire, la seconde option Ă©voquĂ©e par la Cour des Comptes est la voie praticable. Les seules marges de dĂ©cision portent d’une part sur le rythme de l’arrĂȘt des centrales existantes et de la conversion du personnel, et d’autre part sur le rythme de croissance des filiĂšres comme l’éolien et le photovoltaĂŻque, tout en promouvant les Ă©conomies d’électricitĂ©.Le rapport de la cour des Comptes confirme la nĂ©cessitĂ© pour EDF d’augmenter ses tarifs, ce qui Ă©tablira une plus juste comparaison entre le coĂ»t du KWh nuclĂ©aire et celui des Ă©nergies renouvelables. Celles-ci, de plus en plus compĂ©titives car la tendance gĂ©nĂ©rale de leurs coĂ»ts est Ă  la baisse, semblent pouvoir s’intĂ©grer dans la production Ă©nergĂ©tique sans hausse supplĂ©mentaire du KWh.En 2013, il revient au nouveau gouvernement de dĂ©finir une stratĂ©gie Ă©nergĂ©tique Ă  long terme fixant le devenir des centrales nuclĂ©aires et donnant aux filiĂšres des Ă©nergies renouvelables des rĂšgles stables et une garantie sur le prix d’achat de l’électricitĂ©: l’investissement en dĂ©pend. L’obstacle principal est le statut trĂšs spĂ©cial de la filiĂšre nuclĂ©aire qui dĂ©coule de sa liaison premiĂšre avec l’arme atomique. CrĂ©Ă©e Ă  coup de dĂ©crets gouvernementaux sans l’avis ni l’aval du Parlement, elle constitue un Ă©tat dans l’Etat et dispose d’un trĂšs puissant groupe de pression.

La donne sera-t-elle changĂ©e en 2013 ? Soit le nouveau pouvoir politique agit dans le domaine Ă©nergĂ©tique par dĂ©crets comme ses prĂ©dĂ©cesseurs, soit il soumet au Parlement son plan d’action en prenant le parti de soumettre enfin la filiĂšre nuclĂ©aire au Droit rĂ©publicain. L’exemple de l’Allemagne est Ă©difiant : si elle a pu s’engager si rapidement dans la relĂšve du nuclĂ©aire par les Ă©nergies renouvelables et les Ă©conomies d’énergie, c’est parce qu’il n’existe pas dans ce pays l’équivalent de la filiĂšre nuclĂ©aire française avec sa capacitĂ© de freinage d’une Ă©volution pourtant inĂ©vitable.

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