Géographie de la Bretagne/L'énergie en Bretagne

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Sommaire

L'énergie en Bretagne : du refus du nucléaire au déblocage de l'éolien

Dans les pays développés les combustibles fossiles (pétrole, charbon, gaz naturel), souvent importés en masse, demeurent les principales sources d’énergie. La Bretagne ne fait pas exception comme l’indique l’importance des importations d’hydrocarbures dans les ports de la péninsule. Une dépendance aussi prononcée ne suscite guère de controverses tant la population la vit comme une fatalité. Chaque montée des prix des carburants engendre des protestations (pêcheurs, routiers) et incite à l’isolation des logements ou l’utilisation du bois de chauffage. Cependant de profonds changements se profilent à l’horizon et déjà le bilan énergétique régional commence à se modifier.


Le recours aux centrales nucléaires : une retombée d’une politique nationale

C’est dans le domaine de la production électrique que la position de la Bretagne est singulière car elle combine une forte allergie aux centrales nucléaires et une grande lenteur à s’engager sur les énergies renouvelables, ce qui entraîne une dépendance des centrales nucléaires des régions voisines. La région Bretagne ne produit que 8% de sa consommation électrique, mais 38% dans le cadre de la Bretagne entière grâce à la centrale thermique de Cordemais. L’essentiel du courant est fourni par les centrales nucléaires de Flamanville et Chinon et pour faire face aux pics quotidiens (très élevés par temps froid ) la centrale de Cordemais est poussée à fond.


La responsabilité de l’Etat est engagée dans le maintien de la dépendance énergétique régionale. Certes il est contraint par les marchés mondiaux des combustibles fossiles et depuis la Conférence de Kyoto (1997) par les accords internationaux sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Mais il maîtrise le prix de vente de l’électricité car il contrôle l’entreprise publique EDF qui, avec ses centrales et ses barrages, a jusqu’à récemment disposé d’un quasi monopole de la production et d’un monopole du transport et du courant.


C’est une décision étatique (Plan Messmer 1974) qui a lancé un programme de construction de centrales nucléaires. Son surdimensionnement a conduit EDF à élargir la demande par exemple en favorisant l’usage de l’électricité pour chauffer les logements neufs, ce qui aggrave les pics de consommation, et en bloquant la concurrence des énergies renouvelables par un prix d’achat trop bas de l’électricité produite.


Energie éolienne : démarrage difficile avant un réel essor

Le blocage de la filière éolienne en France

Puissance installée en MW dans des pays de l’Union Européenne

Pays

Fin 2000

Fin 2001

Pays

Fin 2000

Fin 2001

Allemagne

6113

8754

Pays-Bas

446

493

Espagne

2481

3337

Royaume-Uni

406

474

Danemark

2300

2417

Irlande

118

125

Italie

427

697

France

66

78

Avel Penn ar Bed / EWEA


Le tableau met en évidence les grandes disparités entre pays européens dans les investissements éoliens et aussi dans les rythmes de croissance. En 2001 la puissance installée en Allemagne est plus de 100 fois supérieure à celle de la France qui pourtant dispose du gisement d’énergie éolienne le plus considérable en Europe après le Royaume Uni. Comme la Bretagne est la seconde région française pour le potentiel éolien, le blocage de la filière l’a donc particulièrement affectée et privée des nombreux emplois liés à la fabrication des éoliennes, à leur maintenance et à leur exportation.


Dans le cadre du plan « Eole 2005 » lancé en 1997 par le ministère de l’Industrie, deux parcs éoliens sont créés en 1999, l’un à Plouarzel, l’autre à Goulien, les deux dans le Finistère qui a conservé son avance depuis. Logique : une association dynamique « Avel Penn ar Bed » y a sensibilisé les élus. En 2005 la puissance installée n’atteint encore que 140 MW en région Bretagne. En Loire-Atlantique le parc éolien de Soudan-Erbray ne démarre qu’en 2006.


La « Loi d’orientation sur l’Energie » de juin 2005 prévoit la relance du nucléaire (une centrale EPR à Flamanville) mais aussi le développement des énergies renouvelables. La région Bretagne lance alors un plan visant une puissance éolienne de 1000 MW en 2010, soit l’équivalent d’une tranche de centrale nucléaire.


En 2010 la région « Bretagne » s’associe avec l’Etat et RTE (Réseau de transport électrique) dans un « Pacte électrique breton » pour porter à 3600 MW en 2020 la puissance des générateurs d’électricité de sources renouvelables. Cela suppose un développement considérable de l’éolien terrestre, du photovoltaïque et des hydroliennes (actuellement au stade expérimental) pour atteindre une puissance de 2350 MW qui s’ajouterait aux 1250 MW des éoliennes maritimes.

Carte du potentiel des énergies éoliennes en France métropolitaine et Corse


Un pareil essor de l’éolien terrestre pose problème dans un territoire où l’habitat relativement dense et dispersé à l’échelle communale ne favorise pas l’implantation d’éoliennes de plus en plus grandes. Dans le cas où elles résultent d’une initiative collective locale pour leur construction et financement, avec l’acceptation par la population de l’impact sur le paysage des « éoliennes citoyennes » c’est une démarche de développement local et de plus réversible en cas de besoin puisqu’une éolienne se démonte facilement. Mais s’il s’agit d’investissement par des groupes financiers (Louis-Dreyfus dans la forêt de Lanouée dans le Morbihan), c’est une exploitation du territoire qui fait fi d’une politique de préservation du patrimoine paysager.


Le renfort en fanfare de l’éolien maritime

Sur le plan mondial la croissance de l’énergie éolienne est très forte : en 2009 la puissance installée atteint 120,7 GW (1 GW = 1000 MW) en progression de 31% sur 2008. Dans l’Union Européenne elle s’élève de 15% par an pour la période 1995- 2011 et le nombre d’emplois créés, estimé en 2009 à 150 000, devrait doubler d’ici 2020. Or en 2011 la puissance installée en France était de 6,8 GW et de 29 en Allemagne. Il est évident que, dans un contexte de crise, une telle quasi absence dans un créneau porteur n’était plus tenable, d’autant moins que le Grenelle de l’Environnement (2007) projetait une puissance en mer (éoliennes et hydroliennes) de 6 GW pour 2020.


En 2010 l’Etat décide d’implanter des parcs éoliens off-shore équipés d’éoliennes de 5 MW alors que leur puissance à terre ne dépassait pas 2 MW. Les projets doivent être menés à terme de 2015 à 2020. La Bretagne serait dotée de 1250 MW de puissance installée répartie sur deux parcs :


Baie de Saint-Brieuc : 100 éoliennes, puissance totale 500 MW, surface 180 km2
Ouest de Guérande : 150 éoliennes, puissance totale 750 MW, surface 78 km2


Le groupe EMF (actionnaires principaux : EDF et le Danois Dong Energy Power) y installera les éoliennes d’Alstom de 6 MW (record mondial) et en Normandie il équipera les sites de Courseulles-sur-mer et de Fécamp. La société Ailes Marines qui réunit Iberdrola (Espagne) et Eole-RES (GB) implantera sur le site de Saint-Brieuc les éoliennes d’AREVA (en partenariat avec Technip et STX, le chantier naval de Saint-Nazaire).



Quelles retombées en Bretagne ?

A Saint-Nazaire Alstom construirait les générateurs et les nacelles et STX les fondations et les bateaux de pose. Néopolia (groupement d’entreprises de la Basse-Loire) espère construire les navires de maintenance mais les pales et le mât seraient fabriqués à Cherbourg. Brest n’obtiendrait que le montage terminal. Pour le parc de Guérande, La Turballe serait le port de maintenance.

Du côté de Saint-Brieuc, seulement un port de maintenance sur la baie. La Bretagne occidentale serait-elle donc délaissée au profit de Saint-Nazaire et des ports normands, avec rien pour Lorient et bien peu pour Brest ? Le second appel d’offre de janvier 2013 concerne les sites du Tréport et de Noirmoutier et à nouveau ignore l’ouest de la Bretagne où la nécessité d’activités maritimes est si évident. La création de parcs éoliens de cette taille est pourtant une opportunité rare de soutenir l’économie littorale là où le besoin se fait sentir, à Saint-Nazaire bien entendu, mais à Brest aussi.


La filière photovoltaïque victime d’un fauchage dévastateur

Au plan mondial la production d’électricité photovoltaïque, qui démarre au tout début du 21e S, connaît un essor fulgurant puisque dès 2009 la puissance installée atteint 120,7 GW (+ 31% sur 2008 !) dont 35 aux USA, 25 en Allemagne et en Chine, 19 en Espagne. La Chine réalise 50% de la production mondiale des capteurs en utilisant des machines allemandes.

En 2009 on estimait qu’en Europe la filière avait créé 150 000 emplois directs. Fin 2011 l’Allemagne disposait de 29 GW de puissance installée, l’Espagne de 21,6 et la France de 6,8: comme pour l’éolien, un décalage énorme s’est créé entre l’Allemagne et la France qui se trouve à la traîne dans un nouveau créneau porteur, notamment pour l’emploi, alors qu’elle dispose d’un ensoleillement supérieur.

Le Grenelle de l’Environnement visait une puissance installée de 1,1 GW en 2012 et de 5,4 en 2020. Mais le nouveau tarif d’achat par EDF fixé en 2006 à 0,55 € le KWh solaire intégré au bâti s’est révélé tellement attractif que les projets déposés en 2010 auraient dépassé les possibilités de les subventionner. Du coup le gouvernement a bloqué brutalement l’expansion du marché par un moratoire de 3 mois, un plafonnement du total des projets à 500 MW par an et une réduction du prix d’achat à 0,44 € (-20%).

La Bretagne a été particulièrement touchée par ce coup d’arrêt dans la mesure où elle s’était fortement engagée dans le créneau du solaire (24% des 25 000 emplois directs en France). Elle comptait 507 entreprises qualifiées dont la moitié a disparu et des 6 000 emplois directs, il n’en restait plus que 1500 en 2011, soit une suppression dramatique de 3 emplois sur 4 comme résultat du pilotage incohérent d’une filière prometteuse.


Le changement de majorité politique en 2012 laisse espérer une relance, d’autant que d’autres produits apparaissent. La société nantaise Systovi a mis au point un panneau « aérovoltaïque » qui, en plus de produire de l’électricité, récupère la chaleur (60% de l’énergie solaire) pour chauffer l’habitation et lui fournir l’eau chaude. Equiper ainsi les toits des maisons à chauffage électrique permettrait de réduire leur consommation d’électricité. En tout cas c’est une solution alternative de plus.



La filière sous-marine dans l’attente du feu vert

Comme pour l’éolien maritime, l’exploitation des courants de marée nécessite des investissements lourds, à la portée de grands groupes industriels, ainsi que l’autorisation de l’Etat pour installer des hydroliennes sur le domaine maritime. A la différence du vent, les courants de marée à la fois rapides et assez larges se localisent sur quelques sites littoraux. En Manche le meilleur est le Raz Blanchard au cap de La Hague et en mer d’Iroise le Fromveur entre Ouessant et la côte et aussi le Raz de Sein.

La propagation de l’onde de marée provoque des courants, certes discontinus mais prévisibles longtemps en avance tant pour la puissance que pour l’horaire et la durée puisque ces données sont calées sur l’annuaire des marées. L’électricité des hydroliennes sera donc programmable, ce qui facilitera son intégration dans le complexe de production énergétique.

Jusqu’en 2012 les groupes industriels (STX, DCNS, etc) du Groupement des industries et activités navales (GICAN) en étaient à la phase des essais de prototypes. Début 2013 ils ont demandé au gouvernement de lancer un appel d’offres pour poser des hydroliennes sur les fonds du Raz Blanchard avec l’objectif d’installer une puissance de 6000 MW en 2020. Ceci impliquerait la création de nombreux emplois à terre à Cherbourg.

La société quimpéroise Sabella, qui a conçu une hydrolienne moins coûteuse et d’entretien plus facile, va poser un prototype dans le Fromveur après avoir levé des capitaux (dont Suez). Elle ambitionne à terme d’y installer un parc d’hydroliennes, ce qui signifierait des retombées industrielles sur Brest. Si le projet réussit, cela démontrerait que les forces économiques locales sont capables d’exploiter cette nouvelle source d’énergie et donc que le recours aux grands groupes industriels n’est pas la seule solution.


Centrales nucléaires en Bretagne : la fin du feuilleton mais pas la fin du risque

L’annulation en 1981 des projets de centrales de Plogoff (Pointe du Raz) et du Pellerin (estuaire de la Loire) par le président F. Mitterrand fut facilement accepté par EDF qui n’en avait pas réellement besoin. Mais les conseils régionaux de Bretagne et des Pays de la Loire ne renoncent pas. Le premier n’arriva jamais à dénicher sur le littoral un site favorable et accepté par la population. Le second choisit Le Carnet, une vasière remblayée sur la rive sud de l’estuaire de la Loire qui devint le théâtre de la troisième grande bataille anti-nucléaire. La catastrophe de Tchernobyl en 1986 ne suffit pas à dissuader la majorité pro-nucléaire du conseil régional des Pays de la Loire, pas plus que J. Chirac, premier ministre, qui signe en 1988 la déclaration d’utilité publique. Enfin L. Jospin, premier ministre, annule définitivement le projet en 1997. En 2011 se dessine une nouvelle vocation pour Le Carnet qui accueille un centre d’expérimentation des prototypes d’éoliennes maritimes : une conversion très symbolique d’une ère nouvelle dans la production électrique régionale.


Malgré tout la Bretagne reste exposée au risque d’un accident grave sur une centrale nucléaire relativement proche. Les retombées radio-actives dépendent des conditions atmosphériques, ce qui rend problématique la délimitation des zones d’exposition. Cependant plus on s’éloigne du point d’émission, plus les chances de dilution du nuage augmentent.


Carte Environnement nucléaire de la Bretagne


La carte ne tient compte que des 18 centrales fonctionnant dans un rayon de 500 km et formant un chapelet sur la Loire, un autre sur les rivages de la Manche, plus des centrales britanniques peu éloignées de la péninsule armoricaine. Mais le risque majeur se situe au niveau de deux établissements proches de la Bretagne et qui manipulent des produits très dangereux : l’usine de retraitement des combustibles et le centre de stockage des déchets nucléaires de La Hague. Par chance les vents dominants soufflent de l’Atlantique. La position géographique de la Bretagne lui évite un encerclement complet par des centrales nucléaires et par conséquent diminue le risque de pollution radioactive. Toutefois en rade de Brest un accident grave ne peut pas être totalement exclu dans la base des sous-marins nucléaires.Quant à la centrale de Brennillis, le démantèlement qui devait s’achever en 2020-2025 est bloqué faute de site susceptible de recevoir les déchets hautement radioactifs.


Economiser l’électricité, en diversifier les sources… et décentraliser

La recherche d’une autonomie électrique se pose au niveau national car elle garantit la production d’une énergie indispensable à la vie d’une société moderne. En revanche elle perd de sa pertinence à l’échelle des régions car chacune a des besoins différents et un potentiel de production d’énergie renouvelable qui lui est particulier. Dans ces conditions et en fonction du principe de subsidiarité, à chaque région devrait revenir la responsabilité d’exploiter au mieux son potentiel dans une logique du développement durable.

Il s’agit donc d’intégrer les nouvelles énergies dans un plan d’aménagement régional qui par ailleurs doit veiller à la protection des ressources du milieu naturel. Cette régionalisation de la politique électrique est facilitée par le réseau de transport qui permet à tout instant d’adapter la production à la consommation par des échanges entre les régions et entre les Etats européens : la mise en réseau libère chaque région d’un impératif d’autonomie électrique.

L’objectif prioritaire pour la Bretagne est vraiment d’arrêter la progression de la consommation électrique et notamment de réduire les pics journaliers par une isolation poussée du bâti, un meilleur rendement énergétique des appareils ménagers, la multiplication des chauffe-eau solaires, la réduction du chauffage électrique, les chaudières à condensation, etc. Ces mesures sont porteuses d’économies substantielles tout en créant de nombreux emplois répartis sur tout le territoire.


Certes le « Pacte électrique breton » de 2010 permettra de progresser dans cette voie mais il comprend la construction d’une centrale au gaz à Landivisiau (à l’est de Brest) qui a été accordée le 29 février 2012 par l’Etat à Direct Energie et Siemens avec l’engagement de verser au consortium 40 millions d’euros par an pendant 20 ans. Dans une stratégie de développement durable, il vaudrait bien mieux affecter cette dépense comme subvention pour remplacer le chauffage électrique par une autre source d’énergie dont le gaz. D’autant que la mise en service en 2011 d’une nouvelle centrale au gaz d’une puissance de 435 MW, construite par GDF et Suez près du terminal méthanier de Montoir de Bretagne, permet de mieux faire face à l’augmentation régulière de la consommation, en attendant le renversement de cette tendance.




Sources

  1. EWEA Statistiques européennes (European Wind Energy Association).
  2. EPIA (European Photovoltaic Industry Association).
  3. Eurostat.
  4. Rapport d’information sur l’énergie éolienne (N°2398) présenté par F. Reynier (Assemblée Nationale 2010).
  5. Rapport d’information sur la filière photovoltaïque (N°442) présenté par L. Poniatowski (Sénat 2011).
  6. Rapport de la Cour des Comptes sur le coût de la filière nucléaire, janvier 2012.
  7. ADEME Bretagne et ADEME Pays de Loire. Observ’ER.
  8. Les cahiers de Global Chance 2011 (Association Global Chance et Institut du Développement Durable et des Relations Internationales).
  9. Association Avel Penn ar Bed. Le scénario électrique alternatif breton (Association Gaspare , site : [1] ).
  10. Corinne Lepage, la vérité sur le nucléaire, Albin Michel 2011. Presse régionale.




Note complémentaire

Vers une remise en cause radicale de la filière nucléaire française ?

Les désastres de Tchernobyl et de Fukushima n’ont pas en France ébranlé la filière nucléaire qui serait d’une sûreté à toute épreuve selon ses promoteurs. Mais la loi d’airain d’une économie en crise la condamne à terme. Des éléments nouveaux permettent de l’affirmer, notamment le rapport de la Cour des Comptes (janvier 2012) sur le coût de la filière nucléaire.

Certes les coûts réels de l’énergie nucléaire sont difficiles à chiffrer. Les tarifs d’EDF sont bloqués à un niveau trop bas (environ 0,30 € le KWh) pour dégager les investissements nécessaires à la gestion du parc à long terme. Ce fait est reconnu par EDF dans une récente étude estimant le KWh à 0,46 € en prenant en compte le démantèlement des centrales. Autre donnée significative : le coût du KWh produit par l’EPR de Flamanville serait supérieur à 0,60 €.De son côté le rapport de la Cour des Comptes chiffre le démantèlement des 58 réacteurs à 18,4 milliards € et la gestion des déchets à 28,4 milliards, en soulignant que ces montants devraient probablement progresser. Compte tenu de ces coûts, le KWh atteindrait 0,495 €. La Cour constate que la France n’a pas les moyens de renouveler son parc nucléaire, ce qui nécessiterait la construction de 11 EPR d’ici 2022, tout en démantelant les actuelles centrales et en stockant les déchets radioactifs. D’où sa conclusion :

« Cela signifie qu’à travers l’absence de décision d’investissement, une décision implicite a été prise qui engage la France soit à faire durer ses centrales au delà de 40 ans, soit à faire évoluer significativement et rapidement le mix énergétique vers d’autres sources d’énergie, ce qui suppose des investissements complémentaires. »

La première option ne ferait que différer la solution du problème et cela au prix d’investissements requis par les nouvelles normes de sécurité, sans parler des risques de fonctionnement liés à l’usure des réacteurs. Ce serait une démarche totalement à l’encontre d’un développement durable et qui de plus aboutirait à terme à des importations massives d’électricité.Il est évident que devant l’impossibilité financière de renouveler le parc nucléaire, la seconde option évoquée par la Cour des Comptes est la voie praticable. Les seules marges de décision portent d’une part sur le rythme de l’arrêt des centrales existantes et de la conversion du personnel, et d’autre part sur le rythme de croissance des filières comme l’éolien et le photovoltaïque, tout en promouvant les économies d’électricité.Le rapport de la cour des Comptes confirme la nécessité pour EDF d’augmenter ses tarifs, ce qui établira une plus juste comparaison entre le coût du KWh nucléaire et celui des énergies renouvelables. Celles-ci, de plus en plus compétitives car la tendance générale de leurs coûts est à la baisse, semblent pouvoir s’intégrer dans la production énergétique sans hausse supplémentaire du KWh.En 2013, il revient au nouveau gouvernement de définir une stratégie énergétique à long terme fixant le devenir des centrales nucléaires et donnant aux filières des énergies renouvelables des règles stables et une garantie sur le prix d’achat de l’électricité: l’investissement en dépend. L’obstacle principal est le statut très spécial de la filière nucléaire qui découle de sa liaison première avec l’arme atomique. Créée à coup de décrets gouvernementaux sans l’avis ni l’aval du Parlement, elle constitue un état dans l’Etat et dispose d’un très puissant groupe de pression.

La donne sera-t-elle changée en 2013 ? Soit le nouveau pouvoir politique agit dans le domaine énergétique par décrets comme ses prédécesseurs, soit il soumet au Parlement son plan d’action en prenant le parti de soumettre enfin la filière nucléaire au Droit républicain. L’exemple de l’Allemagne est édifiant : si elle a pu s’engager si rapidement dans la relève du nucléaire par les énergies renouvelables et les économies d’énergie, c’est parce qu’il n’existe pas dans ce pays l’équivalent de la filière nucléaire française avec sa capacité de freinage d’une évolution pourtant inévitable.

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