GĂ©ographie de la Bretagne/La crise de l'environnement

De SkolVreizhWiki.
Version du 5 octobre 2015 Ă  14:15 par SkolVreizh (discuter | contributions)

(diff) ← Version prĂ©cĂ©dente | Voir la version courante (diff) | Version suivante → (diff)
Aller Ă  : Navigation, rechercher

Sommaire

La crise de l'environnement (1994)

Auteur : Pierre-Yves Le Rhun


La crise de l'environnement (2014)

Auteur : Pierre-Yves Le Rhun


Refuge de la biodiversitĂ©, ralentisseur du vent et de l’eau : Le bocage est en lambeaux

Les opĂ©rations collectives de remembrement des terres agricoles qui s’accompagnaient trop souvent de l’arasement des talus sont terminĂ©es depuis une trentaine d’annĂ©es. Leur impact sur le paysage reste trĂšs prĂ©sent : lorsqu’on voyage en Bretagne, on traverse des Ă©tendues de champs sans haies ni talus et avec peu d’arbres, mais aussi des bocages parfois encore denses. La carte ci-dessous distingue les diffĂ©rents paysages du territoire breton sur le critĂšre de leur ouverture ou de leur fermeture au regard. Établie en 1990, elle est toujours utilisable bien que le bocage continue d’ĂȘtre grignotĂ© par les initiatives individuelles d’exploitants agricoles et par l’urbanisation.

Carte-20-Atlas.jpg


Le bocage qui recouvrait la Bretagne a explosĂ© en lambeaux sĂ©parĂ©s par des zones dĂ©couvertes. Sur la cĂŽte sud, de nombreux petits bois de pins ont subsistĂ© et limitent l’impact visuel de l’arasement des talus.

Autour des villes le bocage est souvent mieux conservĂ©, par exemple autour de Rennes et de Nantes. Les propriĂ©taires fonciers y ont souvent refusĂ© le remembrement parce que le besoin ne s’en faisait pas sentir ou dans l’espoir de vendre des terrains Ă  bĂątir valorisĂ©s par le dĂ©cor vĂ©gĂ©tal de talus arborĂ©s.

Les paysages urbains sont pris en compte d’une façon globale car Ă  l’échelle de la carte il est impossible de distinguer entre un centre-ville plus minĂ©ral et des quartiers pavillonnaires, oĂč chaque maison dispose d’un jardin.

(source : Le Rhun, Atlas de Bretagne, page 20, 1990, ICB, Skol Vreizh, INSEE)


Quel avenir pour le bocage ? La pĂ©rennitĂ© de ce paysage dĂ©pend de l’entretien des talus et de la vĂ©gĂ©tation associĂ©e. Des signes d’abandon tels que le grand volume des branchages et l’invasion par le lierre, sont frĂ©quents. Ils augmentent la prise au vent et donc le risque de casse lors des tempĂȘtes.

Le bocage s’entretient par l’exploitation des arbres et arbustes. Son avenir dĂ©pend du coĂ»t de l’énergie dont l’augmentation dĂ©jĂ  entamĂ©e redonne au bois de chauffage de plus en plus d’intĂ©rĂȘt. Des agriculteurs et autres ruraux ont adoptĂ© ce mode de chauffage. Par ailleurs l’image du bocage s’est revalorisĂ©e Ă  mesure que les concepts de biodiversitĂ© et de dĂ©veloppement durable se diffusaient dans la vie sociale. Le milieu bocager est porteur de biodiversitĂ© par l’accueil qu’il offre Ă  la nature sauvage sur les talus qui encadrent le champ cultivĂ© : le bocage arborĂ© est un tissu de clairiĂšres, chacune bordĂ©e par une lisiĂšre boisĂ©e. La faune et la flore de ce milieu bocager tĂ©moignent de cette rĂ©alitĂ© : des oiseaux forestiers tels le pivert, le geai, la tourterelle des bois, le ramier, etc, y vivent et y nichent, et le chevreuil s’installe de plus en plus dans les vallĂ©es.

La revalorisation du bocage se remarque dans les lotissements rĂ©cents qui conservent les talus comme dĂ©cor vĂ©gĂ©tal et aussi dans des amĂ©nagements : le projet d’aĂ©roport de ND des Landes insĂšre les parkings dans la maille bocagĂšre conservĂ©e.

Cependant il ne faudrait pas croire que le bocage n’est pas actuellement concernĂ© par une agriculture intensive car souvent du maĂŻs pousse aussi dans ses clairiĂšres. Mais la conversion Ă  une agriculture biologique devrait ĂȘtre probablement plus facile dans le bocage que dans les zones dĂ©couvertes notamment parce que les talus et leur vĂ©gĂ©tation abritent des insectes capables de limiter la prolifĂ©ration des parasites des plantes cultivĂ©es.


La pollution diffuse n’a pas Ă©tĂ© sĂ©rieusement combattue

La persistance de marĂ©es vertes constitue un grave Ă©chec de la politique de l’eau, dont il est nĂ©cessaire de trouver les raisons. Certes l’échec n’est pas total car les eaux usĂ©es d’origine domestique et industrielle sont traitĂ©es par des stations d’épuration assez efficaces et du fait de rejets moins nocifs, la qualitĂ© moyenne des cours d’eau s’est nettement amĂ©liorĂ©e.

Parce qu’elles circulent dans des tuyaux, ces eaux usĂ©es peuvent recevoir un traitement appropriĂ© Ă  la nature de leur pollution. Ce n’est pas le cas des produits polluants d’origine agricole qui se diffusent par Ă©pandage sur des sols ou projection sur des plantes. Ils peuvent affecter la qualitĂ© de l’air, des sols et de l’eau et ils Ă©chappent Ă  tout traitement Ă  l’exception de l’eau prĂ©levĂ©e pour ĂȘtre potabilisĂ©e, c’est-Ă -dire dĂ©barrassĂ©e des polluants. La pollution diffuse ne peut ĂȘtre combattue que par la rĂ©duction, voire la suppression de l’usage des pesticides et l’arrĂȘt de la sur-fertilisation. Pourquoi n’a-t-on pas rĂ©ussi Ă  le faire ?

Rappel : la loi sur l’eau de 1992 a mis en place des structures de gestion de la ressource en eau, dont les Commissions Locales de l’Eau (CLE), chacune chargĂ©e d’établir un SchĂ©ma d’AmĂ©nagement et de Gestion de l’Eau (SAGE) sur un bassin versant d’environ 2000 km2. Il s’agit d’adapter Ă  son territoire les principes gĂ©nĂ©raux dĂ©finis par le SchĂ©ma Directeur d’AmĂ©nagement des Eaux (SDAGE) du bassin Loire-Bretagne . En 2005 la rĂ©gion Bretagne est en tĂȘte pour le nombre de SAGE, grĂące en partie Ă  l’aide financiĂšre des plans « Bretagne Eau Pure Â» successifs depuis 1990 et surtout Ă  l’intĂ©rĂȘt des citoyens pour l’amĂ©lioration de la qualitĂ© de l’eau.

Toutefois, la lenteur des rĂ©sultats obtenus par la loi de 1992 sur l’ensemble du territoire français nĂ©cessita en 2006, sous la pression europĂ©enne, une nouvelle Loi sur l’Eau et les Milieux Aquatiques (LEMA). Elle renforce la portĂ©e juridique des SAGE dont les dĂ©cisions deviennent opposables aux administrations et aux tiers. Mais il est clair aujourd’hui que la LEMA n’a pas radicalement changĂ© la donne car de nombreux SAGE fixent des objectifs qui ne sont pas Ă  la hauteur des problĂšmes.

En 2011 l’enquĂȘte, financĂ©e par l’Agence de l’Eau Loire-Bretagne et menĂ©e par France Nature Environnement, a mis en Ă©vidence que les CLE sont souvent une arĂšne oĂč s’affrontent des intĂ©rĂȘts divergents. Les reprĂ©sentants des professionnels, surtout du monde agricole, dĂ©fendent leurs intĂ©rĂȘts Ă©conomiques Ă  court terme et rechignent Ă  modifier des pratiques nuisibles Ă  la qualitĂ© de l’eau. En face les associations de protection de la nature raisonnent Ă  long terme et souhaitent un SAGE permettant d’avancer dans la voie d’un dĂ©veloppement durable.

Quant aux prĂ©sidents des CLE, qui sont des Ă©lus locaux, ils sont pour le moins prudents car dans les bassins les plus ruraux ils sont dĂ©pendants de la profession agricole pour renouveler leurs mandats. Ils ne sont pas trĂšs motivĂ©s pour obtenir un compromis sur les pratiques agricoles d’autant qu’ils ne sont pas responsabilisĂ©s : en cas d’échec, ils n’ont pas de compte Ă  rendre Ă  personne. D’autre part ils ne disposent d’aucun outil rĂ©glementaire pour appliquer un SAGE volontariste. On aboutit ainsi trop souvent Ă  des SAGE sans envergure qui ne satisfont que les agriculteurs et Ă©leveurs les plus rĂ©ticents Ă  modifier leurs pratiques.


La responsabilitĂ© de l’État est patente

Le rapport de 2010 de la Cour des Comptes met en cause la politique de l’eau qui, plutĂŽt que de financer surtout des mesures prĂ©ventives de rĂ©duction des Ă©pandages, a mis l’accent sur les mesures curatives d’épuration tout en nĂ©gligeant les consĂ©quences environnementales et sanitaires d’une eau dĂ©gradĂ©e. Le rapport souligne que les coĂ»ts trĂšs Ă©levĂ©s de dĂ©pollution des milieux aquatiques devraient inciter Ă  rĂ©duire les Ă©pandages.

La mauvaise gouvernance explique les difficultĂ©s des CLE Ă  travailler utilement faute d’un arbitre qui, dans notre systĂšme centralisĂ©, ne peut ĂȘtre qu’un agent de l’État capable d’exercer une pression suffisante sur les agriculteurs et les Ă©leveurs responsables de la pollution pour les obliger Ă  faire des concessions et aboutir ainsi Ă  un compromis pour un SAGE qui soit un rĂ©el pas en avant dans la lutte contre la pollution diffuse.

Il est donc urgentissime de changer une politique environnementale qui coĂ»te et coĂ»tera trĂšs cher aux contribuables. Il faut que les responsables aient le courage d’affronter les difficultĂ©s rĂ©elles d’un changement radical des systĂšmes de production agricole, ce qui demanderait une dizaine d’annĂ©es. Des agriculteurs ont dĂ©jĂ  opĂ©rĂ© leur conversion vers une production agricole compatible avec un environnement de qualitĂ©. La nouvelle politique disposerait ainsi d’un modĂšle Ă  proposer et de l’appui des consommateurs Ă  la recherche d’eau salubre Ă  coĂ»t raisonnable.


Prix eau potable 2007.jpg


Pourquoi un tel Ă©cart entre les dĂ©partements bretons, plus la VendĂ©e, et les dĂ©partements limitrophes du bassin versant de Loire-Bretagne ? Le prix payĂ© par le consommateur rĂ©sulte d’un ensemble de facteurs dont le poids peut varier d’une zone gĂ©ographique Ă  l’autre. Citons les principaux responsables des Ă©carts de prix:

Si la ressource est abondante, les frais de prĂ©lĂšvements sont en gĂ©nĂ©ral rĂ©duits. L’absence de grandes nappes phrĂ©atiques entraĂźne souvent l’obligation de construire un barrage sur un cours d’eau et de l’entretenir, ce qui engendre un coĂ»t supĂ©rieur au prĂ©lĂšvement dans un fleuve.

La qualitĂ© de la ressource. Plus elle est dĂ©gradĂ©e et plus sa potabilisation exige des Ă©quipements performants et des coĂ»ts de fonctionnement plus Ă©levĂ©s. C’est Ă©videmment une des causes majeures de l’eau chĂšre en Bretagne et VendĂ©e.

Il s’y ajoute la forte dispersion de l’habitat rural Ă  l’échelle de la commune, d’oĂč un rĂ©seau de distribution trĂšs ramifiĂ© Ă  poser et entretenir. Le relevĂ© des compteurs est plus coĂ»teux qu’en zone d’habitat groupĂ©.

Les dĂ©partements bretons et vendĂ©en accueillent beaucoup de touristes sur leurs littoraux dont la population estivale peut doubler. Cet afflux oblige Ă  sur-dimensionner les Ă©quipements de stockage de l’eau, de potabilisation et aussi d’épuration des eaux usĂ©es. De plus cette Ă©puration doit ĂȘtre performante pour que les rejets ne nuisent pas Ă  la qualitĂ© des eaux de baignade ou Ă  celle des huĂźtres et autres coquillages.

Le cumul de ces quatre facteurs explique que les Bretons et les VendĂ©ens subissent un surcoĂ»t du prix de l’eau du robinet qui sanctionne la dĂ©gradation de leur environnement, mais qui provient aussi de l’attraction touristique du littoral.


La répercussion des pollutions terrestres sur la qualité des eaux littorales

Mise Ă  part la Loire, le rĂ©seau hydrographique de la presqu’üle est constituĂ© de cours d’eau relativement courts reliant les collines intĂ©rieures Ă  la mer. La pollution de l’eau douce n’est donc pas exportĂ©e vers d’autres rĂ©gions, mais directement dĂ©versĂ©e dans le milieu marin cĂŽtier : il s’agit d’une auto-pollution dont les responsables sont des Bretons, mĂȘme si l’Etat s’est montrĂ© dĂ©faillant. La Loire apporte un supplĂ©ment de pollution en provenance de son grand bassin versant, mais ce n’est pas la cause principale de la dĂ©gradation des eaux littorales bretonnes.

L’étude de la dĂ©gradation de la qualitĂ© des eaux littorales est rĂ©digĂ©e par deux collaborateurs qualifiĂ©s. Les marĂ©es vertes sont traitĂ©es par GwenaĂ«l Henry qui travaille au CEVA (Centre d’Etude et de Recherches AppliquĂ©es en Algologie) de Pleubian (CĂŽtes d’Armor) et la pollution chimique et organique par Martial Catherine, qui a fait carriĂšre Ă  l’Ifremer de Nantes.


Les marĂ©es vertes : des dommages collatĂ©raux inĂ©vitables du modĂšle agricole breton ?

Une analyse de Gwenaël Henry

En Bretagne, la pollution de l'eau par les nitrates s'est aggravée aprÚs la généralisation des méthodes de production agricole intensive. Ces nouvelles pratiques sont caractérisées par un usage généralisé des engrais chimiques et par l'épandage excessif des déjections animales en raison de la concentration du cheptel sur des exploitations de trop faible superficie. Elles ont conduit au classement de 90 des 260 cantons de Bretagne en ZES (zones d'excédents structurels d'azote).

La Bretagne ne dispose que de 7,5 % de la surface agricole utile de l'hexagone (soit 2189 kmÂČ), mais sur ce mĂȘme territoire, elle concentre les Ă©levages de 62 % des porcs, de 47 % des volailles, et de 33 % des veaux. Il y a une telle concentration de bĂ©tail que certains territoires se retrouvent saturĂ©s de nitrates suite aux Ă©pandages massifs de dĂ©jections. Les riviĂšres amenant les eaux de ruissellement Ă  la mer, nous assistons Ă  la prolifĂ©ration des algues vertes (Ulva armoricana) sur nos plages depuis les annĂ©es 70. Ces algues sont plus connues sous le nom de « laitues de mer Â», d'oĂč le nom de marĂ©e verte donnĂ© Ă  ce phĂ©nomĂšne.

Celles-ci se sont adaptées de maniÚre opportuniste à la trÚs grande variété de conditions d'éclairement, de turbulence ou de richesse nutritive que présente la bande cÎtiÚre. Mais dans certains sites, l'équilibre entre les diverses espÚces d'algues s'est déplacé au profit de seulement quelques espÚces, en réponse à une modification récente des conditions environnementales. C'est notamment le cas des sites cÎtiers soumis depuis quatre décennies à une augmentation importante des apports nutritifs d'origine continentale, parfois d'origine urbaine (effluents de stations d'épuration), mais le plus souvent d'origine agricole (engrais chimiques et déjections animales).

Ce phĂ©nomĂšne est aujourd'hui bien documentĂ© et la responsabilitĂ© prĂ©dominante du secteur agricole ne peut pas ĂȘtre sĂ©rieusement mise en doute.

Les enquĂȘtes rĂ©alisĂ©es depuis 1982 par le Centre d’Etude et de Recherches AppliquĂ©es en Algologie (CERAA – CEVA aujourd'hui) de Pleubian, recensent les tonnages collectĂ©s par les communes littorales bretonnes pour le nettoyage des estrans Ă  vocation touristique.

L'IFREMER et le CEVA ont ainsi rĂ©alisĂ© la cartographie Ă  partir de multiples Ă©chantillonnages de terrain, chaque annĂ©e depuis 1997 grĂące Ă  un financement de l'Agence de l'Eau Loire-Bretagne. Une cartographie semi-quantitative des biomasses visibles en Ă©tĂ© sur le littoral breton par photographie aĂ©rienne, suivie d’opĂ©rations de contrĂŽle sur le terrain et d’enquĂȘtes auprĂšs des communes, est rĂ©alisĂ©e entre le Mont Saint Michel et la Rochelle en mai, juillet et septembre. Elles permettent ainsi de connaĂźtre le nombre de sites touchĂ©s par les prolifĂ©rations d’algues, la surface couverte par les dĂ©pĂŽts et les volumes ramassĂ©s dans les dĂ©partements.


Bezhin Glas lodenn.jpg

Les Ă©chouages d’algues vertes concernent principalement les cĂŽtes nord et ouest de la Bretagne, alors que la cĂŽte sud est plus Ă©pargnĂ©e. La baie du Mont Saint-Michel et l’estuaire de la Loire sont alimentĂ©s par des rĂ©seaux hydrographiques moins chargĂ©s en nitrates, ainsi que le montrent les teneurs moyennes contrĂŽlĂ©es dans les eaux de surface Ă  l’est de la Bretagne. Les algues vertes de la Baie de Bourgneuf s’échouent au sud, du cĂŽtĂ© de Noirmoutier, hors du territoire de la Loire-Atlantique. (carte rĂ©alisĂ©e par Gwenael Henry)

Mais les quantités d'algues échouées sont trÚs différentes des quantités d'algues ramassées car les échouages sont soumis à de fortes fluctuations saisonniÚres, conséquence des conditions météorologiques, des cycles lunaires et de la physiologie des algues alors que les opérations de ramassage sont décidées par les communes en fonction de la nuisance perçue, de la pression touristique, des conditions d'accÚs aux plages, des possibilités d'élimination des algues et des coûts. Les quantités collectées sont donc trÚs variables selon les années et se situent autour de 60 000 m3 par an. Le coût total déclaré pour le ramassage se monte ainsi en moyenne à un million cinq cent mille euros.

2012 histo.jpg

Le ramassage d’algues vertes concerne principalement les cĂŽtes nord et ouest de la Bretagne. En Ille et Vilaine et Morbihan les quantitĂ©s ramassĂ©es sont rĂ©duites. La Loire-Atlantique n’est pas prise en compte mais la carte des Ă©chouages permet de dire que le ramassage y est Ă©galement limitĂ©. Le volume global a plutĂŽt tendance Ă  augmenter.

Retrouver une eau de qualitĂ© ?

En principe la « Directive nitrates Â» dĂ©finit des mesures et des actions visant Ă  protĂ©ger la qualitĂ© de l’eau, en vue d’atteindre les objectifs de la Directive cadre sur l’eau. Elle a donc crĂ©Ă© un ensemble rĂ©glementaire permettant de prĂ©venir les risques de transfert de nitrates vers le milieu naturel. Le quatriĂšme programme « Directive nitrates Â» rĂ©sulte d’une concertation engagĂ©e depuis fĂ©vrier 2008 dans le cadre du Grenelle de l'environnement, entre l’État et la profession agricole.

On peut alors lĂ©gitimement s'interroger sur la cohĂ©rence des actions du gouvernement qui promeut l'encadrement des pratiques d'Ă©pandage en 2008, et qui adopte le dĂ©cret 2011-63 le 17 janvier 2011 pour dĂ©voyer la loi de modernisation de l’agriculture votĂ©e le 27 juillet 2010.

On se souvient du tollĂ© qu'avait soulevĂ© en juin 2010 l'amendement dĂ©posĂ© par le dĂ©putĂ© Marc Le Fur dans le cadre du dĂ©bat sur cette loi Ă  un moment oĂč les problĂšmes de santĂ© publique engendrĂ©s par la putrĂ©faction des algues vertes venait d'ĂȘtre tragiquement rĂ©vĂ©lĂ©s.

En surproduction structurelle, le cheptel actuel (bovins, porcins, volailles) en Bretagne produit plus de 48 millions de tonnes de dĂ©jections par an, soit l’équivalent d’une population de 70 millions d’habitants ! Encore plus de porcs et de poulets hors sol, c’est encore plus de dĂ©jections animales, donc de phosphore et de nitrate.

Alors que de nombreuses installations de porcheries ou d'autres élevages de grosse taille suscitent des oppositions locales, l'association Eau et RiviÚres de Bretagne (ERB) avait écrit au Premier ministre en Juin dernier pour lui demander de ne pas assouplir cette réglementation.

Pourtant par un dĂ©cret paru le 27 dĂ©cembre 2013, c'est un gouvernement socialiste qui a relevĂ© de 450 Ă  2 000 places le seuil Ă  partir duquel les Ă©levages industriels de porcs doivent obtenir une autorisation. Ainsi, 90 % des Ă©levages de porcs existants pourront dorĂ©navant s'Ă©tendre sans enquĂȘte publique, sans Ă©tude d'impact sur l'environnement, sans avis des services de l’État en charge de la protection de la santĂ© publique ou de l'environnement! Ce dĂ©cret ajoute un nouveau recul rĂ©glementaire aprĂšs la diminution des surfaces exigĂ©es pour l'Ă©pandage du lisier (dĂ©cret du 11 octobre, et la suppression de l'interdiction d'extension dans les zones d'excĂ©dent structurel de lisier.

Comment peut-on espĂ©rer rĂ©cupĂ©rer une eau de qualitĂ© acceptable et voir les marĂ©es vertes refluer dans de telles conditions ?


Sources :


La qualitĂ© du milieu marin littoral : un bilan contrastĂ©

Une analyse de Martial Catherine

Les rĂ©seaux de surveillance du milieu marin, tels qu’ils sont connus aujourd’hui, ont Ă©tĂ© mis en place Ă  partir de 1975 pour les contaminants chimiques et de 1976 pour les eaux de baignade et les zones de production de coquillages les plus contaminĂ©es ou insalubres. Les premiers Ă©pisodes de toxines diarrhĂ©iques observĂ©s en Bretagne sud en 1983 ont Ă©tĂ© Ă  l’origine de la crĂ©ation du rĂ©seau de surveillance du phytoplancton et des phycotoxines (REPHY) Ă  l’Ifremer.

Actuellement, les rĂ©seaux de surveillance en place ont pour objectifs d’assurer une surveillance de l’environnement au titre de la DCE (Directive Cadre sur l’Eau), de rĂ©pondre aux obligations de certaines conventions rĂ©gionales marines, aux exigences de la rĂ©glementation sanitaire concernant le contrĂŽle de la qualitĂ© des eaux de baignade, de la salubritĂ© des zones de pĂȘche et de production conchylicoles. La DCSMM (Directive Cadre StratĂ©gie pour le Milieu Marin), publiĂ©e en 2008, englobera l’ensemble des conventions marines, directives et rĂšglements relatifs au milieu marin et littoral. L’idĂ©e est d’aller vers une approche plus globale et Ă©cosystĂ©mique afin de tendre vers les meilleures conditions pour un dĂ©veloppement durable Ă  l’horizon 2020.


Surveillance du phytoplancton et des phycotoxines

Les risques pour la santĂ© humaine sont actuellement liĂ©s Ă  la prĂ©sence, en Bretagne, de trois familles de toxines : les toxines lipophiles, incluant les toxines DSP (Diarrheic Shellfish Poisoning), les toxines paralysantes PSP (Paralytic Shellfish Poisoning), les toxines amnĂ©siantes ASP (Amnesic Shellfish Poisoning). Les prolifĂ©rations (ou « blooms Â») de microalgues produisant des toxines ont des effets nĂ©fastes sur la santĂ© humaine (nausĂ©es, vomissements, diarrhĂ©es, douleurs abdominales, maux de tĂȘte,
) en cas d’intoxication bĂ©nigne quand les concentrations de toxines mesurĂ©es dans les coquillages dĂ©passent les seuils sanitaires officiels. Certaines espĂšces de phytoplancton (Dinophysis) produisent des toxines et occasionnent des nuisances Ă  de faibles concentrations.


Martial-1.jpg


Les Ă©pisodes de toxicitĂ© lipophile, incluant les toxines diarrhĂ©iques DSP, sont relativement stables depuis plus d’une vingtaine d’annĂ©es. Suite Ă  l’évĂ©nement de 1983, 3 Ă  4000 intoxications diarrhĂ©iques recensĂ©es en baie de Vilaine, la mise en place du rĂ©seau REPHY et la prise de mesures de protection des consommateurs a permis de rĂ©duire Ă  nĂ©ant, ou presque, les cas d’intoxication. Les Ă©pisodes toxiques liĂ©s Ă  diverses espĂšces de Dinophysis sont observĂ©s en Bretagne ouest et sud d’avril Ă  fin septembre. La figure 1 prĂ©sente une image des concentrations maximale de Dinophysis pour une annĂ©e moyenne. Le FinistĂšre se caractĂ©rise par de faibles valeurs de toxicitĂ© en toxines lipophiles, Ă  l’exception des gisements de tellines (baie de Douarnenez, anse de Dinan), des filiĂšres Ă  moules (baies de Camaret et Concarneau). A contrario, dans le Morbihan, les toxines DSP peuvent persister trĂšs longtemps au-delĂ  du seuil sanitaire dans les coquilles Saint-Jacques des coureaux de Groix, par exemple.

Des toxines paralysantes PSP ont Ă©tĂ© observĂ©es pour la premiĂšre fois en 1988 en France dans les Abers (FinistĂšre nord), mais Ă  ce jour, aucune intoxication PSP associĂ©e Ă  des coquillages provenant de zones françaises n’a Ă©tĂ© rapportĂ©e. Les Ă©pisodes de toxicitĂ© PSP sont trĂšs rares sur l’ensemble du littoral breton depuis plus d’une dizaine d’annĂ©e. Cependant en 2012, l’espĂšce toxique Alexandrium minutum a Ă©tĂ© identifiĂ©e sur l’ensemble des secteurs surveillĂ©s du FinistĂšre Ă  des concentrations atteignant parfois plusieurs dizaines de millions de cel/L au printemps et surtout en Ă©tĂ©, ce qui a conduit Ă  la fermeture des zones conchylicoles de la rade de Brest, pour la premiĂšre fois, et de l’Aber Wrac’h. L'Ă©pisode de la rade de Brest a conduit Ă  des toxicitĂ©s trĂšs Ă©levĂ©es dans les moules (8 320 ÎŒg/kg), susceptibles de provoquer des intoxications trĂšs graves, voire mortelles. Une efflorescence de 42 millions de cel/L d’Alexandrium a Ă©tĂ© mesurĂ©e en amont de la riviĂšre de Daoulas fin juillet 2012. Les moules ont concentrĂ© jusqu’à quinze fois le seuil sanitaire. En Loire-Atlantique, les coquilles Saint-Jacques au large du Croisic ont dĂ©passĂ© le seuil sanitaire PSP d’avril 2010 Ă  mai 2012.

Les toxines ASP (toxines amnĂ©siantes) ont Ă©tĂ© observĂ©es pour la premiĂšre fois en France en 2000, en mer d’Iroise et baie de Douarnenez, mais aucune intoxication ASP associĂ©e Ă  des coquillages provenant de zones françaises n’a Ă©tĂ© rapportĂ©e Ă  ce jour. MalgrĂ© des configurations variables d’une annĂ©e Ă  l’autre, on peut observer une toxicitĂ© des coquillages tous les ans en Bretagne ouest et sud, touchant trĂšs majoritairement les coquilles Saint-Jacques (gisements de la rade de Brest, de la baie de Quiberon et Belle Ăźle en particulier). La concentration maximale (183 mg/kg.) sur la pĂ©riode a Ă©tĂ© relevĂ©e en rade de Brest en 2007. Les Ă©pisodes de toxicitĂ© ASP touchent essentiellement les coquilles Saint-Jacques, tous les ans depuis 2006, Ă  l’exception de l’annĂ©e 2010 annĂ©e atypique oĂč diverses espĂšces de coquillages ont Ă©tĂ© affectĂ©es et concernent de nombreuses zones en Bretagne ouest et sud. Les pĂ©riodes de contamination souvent trĂšs longues, peuvent durer plusieurs mois aprĂšs disparition de l’espĂšce toxique responsable. Par exemple dans les secteurs d’Audierne, Concarneau et Quiberon, les Ă©pisodes 2012 ont Ă©tĂ© un prolongement des Ă©pisodes 2011, avec des concentrations de Pseudo-nitzschia dĂ©passant le million de cellules par litre. La contamination des coquilles Saint Jacques de l’archipel des GlĂ©nan a persistĂ© de 2010 Ă  2012.

Les prolifĂ©rations de microalgues non-toxiques ont aussi des effets nuisibles sur l’environnement quand les concentrations sont supĂ©rieures Ă  un ou plusieurs millions de cellules d’algues par litre d’eau. La consĂ©quence est gĂ©nĂ©ralement une diminution de l’oxygĂšne disponible, ce qui peut parfois conduire Ă  des mortalitĂ©s d’animaux marins (poissons, coquillages,
). Ces blooms, peuvent aussi se manifester par une coloration de l’eau de mer qui varie selon l’espĂšce responsable.

Il est difficile de conclure, Ă  moyen terme, Ă  une Ă©volution dans les prolifĂ©rations de microalgues tant leur dĂ©veloppement est sensible aux conditions hydro-climatiques et aux apports de nutriments trĂšs variables d’une annĂ©e Ă  l’autre. En moyenne, plus de 60 blooms de phytoplanctons ont Ă©tĂ© observĂ©s sur l’ensemble des sites surveillĂ©s en Bretagne depuis une dizaine d’annĂ©e et environ une centaine en 2012, bien rĂ©partie sur tout le littoral. Un bloom de diatomĂ©es Attheya armatus a atteint 11 millions de cel/L en baie d’Audierne, au cours de l’automne, provoquant des eaux colorĂ©es brunes semblables Ă  des taches d’hydrocarbures. Sur le littoral de Penestin, le dinoflagellĂ© Lepidodinium chloroforum a atteint 5 Ă  7 millions de cel/L, formant ainsi des eaux colorĂ©es « vertes fluo Â» Ă  l’embouchure de la Vilaine et provoquant une chute des teneurs en oxygĂšne dans l’eau. En Loire-Atlantique, l’étĂ© 2012 a Ă©galement Ă©tĂ© marquĂ© par de nombreuses eaux colorĂ©es Ă  Lepidodinium chlorophorum atteignant jusqu’à 23 millions de cel/L Ă  La Baule.

La frĂ©quence des blooms phytoplanctoniques et les concentrations maximales observĂ©es sont des Ă©lĂ©ments d’apprĂ©ciation de la dĂ©gradation des Ă©cosystĂšmes. Les donnĂ©es mesurĂ©es (pĂ©riode 2007-2012) par le REPHY pour l’indicateur phytoplancton (concentrations en chlorophylle et frĂ©quence des blooms) ont permis de classer les masses d’eau retenues au titre du contrĂŽle de surveillance DCE. Il en ressort que plus de 96 % des 26 masses d’eaux du littoral breton Ă©valuĂ©es sont en Ă©tat « trĂšs bon Â» ou « bon Â», une seule en « Ă©tat moyen Â» (baie de Vilaine). En effet, la plupart des eaux de transition et estuariennes (zones de mĂ©lange eau douce/eau marine), gĂ©nĂ©ralement de moins bonne qualitĂ©, n’ont pu ĂȘtre Ă©valuĂ©es faute de donnĂ©es suffisantes pour une Ă©valuation fiable.


Directive cadre sur l’eau (dce) et classement des masses d’eau

Les classements (bilan provisoire) effectuĂ©s au titre du premier plan de gestion de 6 ans (pĂ©riode 2007-2012) pour l’état Ă©cologique des 37 masses d’eau du littoral breton (22 masses d’eau cĂŽtiĂšres et 15 masses d’eau de transition) retenues dans le programme de surveillance DCE sont donnĂ©s dans le tableau 1.

Les Ă©lĂ©ments de qualitĂ© permettant de dĂ©finir l’état Ă©cologique d’une masse d’eau sont constituĂ©s aussi bien dâ€˜Ă©lĂ©ments biologiques (phytoplancton, macroalgues, angiospermes, invertĂ©brĂ©s benthiques de substrats meubles, poissons) que physico-chimiques (oxygĂšne dissous, tempĂ©rature, nutriments, turbiditĂ©) ou hydromorphologiques (profondeur, marnage, courant,
). Une masse d’eau est Ă©valuĂ©e selon 5 classes de qualitĂ© de trĂšs bon Ă  mauvais pour les indicateurs physico-chimiques et biologiques et selon 2 classes de qualitĂ© (trĂšs bon et bon) pour les indicateurs hydromorpho-sĂ©dimentaires. C’est le critĂšre le moins bon classĂ© de l’un des paramĂštres des indicateurs qui dĂ©termine le classement final.


Martial-2.jpg


L’état Ă©cologique des masses d’eaux cĂŽtiĂšres et de transition est prĂ©sentĂ© figure 2. L’état des lieux officiel de ces masses d’eau est effectuĂ© par l’Agence de l’eau. La majoritĂ© des dĂ©classements de l’état Ă©cologique des masses d’eau du littoral breton a pour cause le dĂ©veloppement des marĂ©es vertes dues aux ulves (laitues de mer) et aux entĂ©romorphes (algues filamenteuses). Le fond de la baie de Saint-Brieuc, la riviĂšre de Pont l’AbbĂ© et la baie de Douarnenez doivent leur Ă©tat mĂ©diocre Ă  ces blooms d’algues vertes opportunistes. Le mauvais Ă©tat de la baie de Lannion est dĂ» aux ulves cantonnĂ©es Ă  de faibles profondeurs et au nombre important d’algues opportunistes. Ces quatre masses d’eau correspondent aux secteurs bretons les plus touchĂ©s par les marĂ©es vertes. La qualitĂ© Ă©cologique mĂ©diocre de la masse d’eau de la baie de Vilaine est due aux marĂ©es vertes et Ă  l’influence de la turbiditĂ© qui limite le dĂ©veloppement d’autres algues comme les laminaires.


Martial-3.jpg


La DCE fixe comme objectif gĂ©nĂ©ral l’atteinte, Ă  l’horizon 2015, d’un bon Ă©tat Ă©cologique des masses d’eau souterraines et de surface, dont les eaux cĂŽtiĂšres et de transition (mĂ©lange d’eau douce et d’eau de mer). Les Ă©tats membres doivent donc prĂ©venir toute dĂ©gradation supplĂ©mentaire, prĂ©server et amĂ©liorer l’état des Ă©cosystĂšmes aquatiques.


Les contaminants chimiques : rĂ©duction sensible

Les rĂ©sultats de la surveillance chimique, mesurĂ©s dans les coquillages par le rĂ©seau d’observation de la contamination chimique (ROCCH) de l’Ifremer, montre une stabilisation des rĂ©sultats sur l’ensemble des sites surveillĂ©s du littoral breton. Les concentrations mesurĂ©es sont trĂšs infĂ©rieures aux seuils sanitaires des rĂšglements (CE) 466/2001 et (CE) 221/2002 concernant les coquillages destinĂ©s Ă  la consommation humaine. Les teneurs en cadmium et plomb sont en trĂšs lĂ©gĂšre dĂ©croissance sur l’ensemble du littoral pour la dĂ©cennie actuelle tandis que celle du mercure est stable et trĂšs infĂ©rieure au seuil sanitaire (2,5 mg/kg/poids sec). En 2012, seule la partie sud de la rade de Brest (site de l’embouchure de l’Aulne), montre des teneurs en cadmium (4,31 mg/kg/poids sec) et en plomb (5,35 mg/kg/poids sec) proches des limites rĂ©glementaires, soit respectivement 5 mg et 7,5 mg/kg/poids sec. Cette contamination proviendrait des anciennes activitĂ©s miniĂšres de plomb argentifĂšre des monts d’ArrĂ©e (Huelgoat, Poullaouen) situĂ©es sur le bassin versant de la riviĂšre d’argent.

Le renforcement des rĂ©glementations de l’usage du cadmium et l’arrĂȘt de certaines activitĂ©s notoirement polluantes se sont traduits par une baisse gĂ©nĂ©rale des niveaux de prĂ©sence observĂ©s. Pour le plomb, les baisses les plus significatives ont Ă©tĂ© observĂ©es pendant la dĂ©cennie prĂ©cĂ©dente suite Ă  l’introduction et la gĂ©nĂ©ralisation des essences sans plomb.

L’état chimique de la qualitĂ© des eaux littorales, mesurĂ© au titre de la DCE (plan de gestion 2007-2012), repose sur la mesure de 41 substances dans l’eau filtrĂ©e ou l’eau brute rĂ©parties en 4 familles : 13 pesticides, 4 mĂ©taux lourds et leurs composĂ©s, 24 polluants industriels et autres polluants. Une masse d’eau peut ĂȘtre classĂ©e en bon Ă©tat ou en mauvais Ă©tat. Si une seule des 41 substances chimiques est en mauvais Ă©tat la masse d’eau est donc classĂ©e en mauvais Ă©tat.


Martial-4.jpg


Cinq masses d’eau du littoral breton sont classĂ©es en mauvais Ă©tat chimique (Figure 3). Il s’agit de l’estuaire de la Loire, dont le mauvais Ă©tat est liĂ© au dĂ©passement de la norme pour deux types d’hydrocarbures (le benzoperylĂšne et l’indĂ©nopyrĂšne), puis de 4 sites contaminĂ©s par de fortes concentrations en tributylĂ©tain dans les coquillages (seuil admis 12 ”g/kg poids sec) : Le Goyen (29 ”g/kg poids sec), l’Aber BenoĂźt (41”g/kg poids sec), l’Aulne (110 ”g/kg poids sec) et l’Elorn (210 ”g/kg poids sec) dont les eaux sont Ă©galement contaminĂ©es par l’octylphĂ©nol. Le tributylĂ©tain a Ă©tĂ© utilisĂ© dans de nombreuses applications industrielles (peintures antisalissures, traitement des eaux industrielles, conservation des textiles), tandis que l’octylphĂ©nol entre dans la composition des dĂ©tergents, Ă©mulsifiants, encres et peintures.

Par ailleurs, des tendances dĂ©croissantes ont Ă©tĂ© clairement observĂ©es par le RNO (rĂ©seau national de l’Ifremer pour l’observation de la contamination chimique) concernant le DTT (dichloro-diphĂ©nyl-trichloroĂ©thane) dans les annĂ©es 80 (interdit en 1972), le Lindane (ÎłHCH : gamma hexachlorocyclohexane) dans les annĂ©es 2000 (interdit en 1998) et les PCB (PolychlorobiphĂ©nyles) rĂ©glementĂ©s en 1987. Les contaminations les plus significatives en lindane sont localisĂ©es sur le littoral finistĂ©rien. A l’inverse, des tendances croissantes semblent apparaĂźtre pour le cuivre qui pourrait retrouver une nouvelle utilisation comme substance active dans les peintures anti-salissures en remplacement du TBT, Ă  prĂ©sent interdit.

Les niveaux de contamination des coquillages par les PCB et les HAP (hydrocarbures aromatiques polycycliques) dĂ©croissent depuis le dĂ©but des annĂ©es 2000. Les sites de l’embouchure de l’Elorn et de la rade de Lorient, situĂ©s Ă  proximitĂ© d’une zone portuaire, prĂ©sentent les concentrations de PCB et HAP les plus Ă©levĂ©es. Les contaminations des zones portuaires (ports de commerce, ports de pĂȘche) par le TBT, le cuivre, les HAP et les PCB (en baisse sur la pĂ©riode 2007-2012), sont confirmĂ©s par le rĂ©seau national de surveillance de la qualitĂ© des eaux et des sĂ©diments des ports maritimes (REPOM) mis en place en 1997 par le ministĂšre du dĂ©veloppement durable. Les activitĂ©s industrielles des bassins portuaires (peintures antisalissures des navires, carĂ©nage et rĂ©paration navale) en sont les causes. Les ports de plaisance sont moins touchĂ©s.

Afin d’atteindre un bon Ă©tat chimique des masses d’eau cĂŽtiĂšres et de transition, Ă  l’horizon 2015, les Ă©tats membres doivent prĂ©venir toute dĂ©gradation supplĂ©mentaire, rĂ©duire progressivement la pollution pour les substances prioritaires et, sur le long terme, supprimer les rejets de substances dangereuses prioritaires.


Surveillance des contaminations microbiologiques

La contamination bactĂ©rienne des coquillages, mesurĂ©e par le rĂ©seau de contrĂŽle microbiologique REMI de l’Ifremer, a pour objectif la surveillance sanitaire de l’ensemble des zones de production classĂ©es par l’administration Ă  des fins d’exploitation professionnelle, le classement sanitaire Ă©tant du ressort de la prĂ©fecture. Le contrĂŽle porte sur la recherche et le dĂ©nombrement des bactĂ©ries tests de contamination fĂ©cale Escherichia coli (E. coli) dans 100g de coquillages.

L’évolution des classements sanitaires des zones de production conchylicoles (Ă©levage et gisements naturels) sur la pĂ©riode 1997-2007 (Figure 4), montrent globalement une forte augmentation des zones A et une rĂ©duction des zones C. Pour l'ensemble de la Bretagne, les zones A passent de 17 % Ă  45 % et le nombre de zones C de 19 % Ă  8 %. Ceci est dĂ» Ă  une dĂ©rive dans l'application stricte de la rĂ©glementation sanitaire. En effet, les classements figurant dans les arrĂȘtĂ©s prĂ©fectoraux ne sont plus conformes aux rĂ©sultats obtenus et Ă  l'Ă©valuation de la qualitĂ© des zones transmise par les laboratoires de l'Ifremer. D’autre part, le nombre total de zones de production a plus que doublĂ©, passant de 114 Ă  240 (soit + 210%) de 1997 Ă  2007, du fait d’un morcellement excessif des zones dans les riviĂšres et les petits estuaires, ce qui perturbe la comparaison.


Martial-5.jpg

L’étude statistique de l’évolution de la qualitĂ© des zones conchylicoles faite sur 10 ans par l’Ifremer, pour la mĂȘme pĂ©riode (1997-2007), montre que 17 zones d’élevage et de gisements naturels de coquillages ont tendance Ă  se dĂ©tĂ©riorer tandis que 6 zones seulement ont une qualitĂ© qui s’amĂ©liore, sur un total d’environ 110 zones disposant de donnĂ©es suffisantes. Au total, sur des donnĂ©es comparables, il y a peu d’évolution car prĂšs de 80% des zones de production de coquillages ont un niveau de qualitĂ© (A, B ou C) stable.

Du point de vue de la santĂ© des consommateurs, seul un trĂšs petit nombre de zones de production sont Ă  l’origine de toxi-infections alimentaires collectives (TIAC) ces vingt derniĂšres annĂ©es. Il s’agit de zones des secteurs suivants : Cancale, baie de Morlaix, petite mer de GĂąvres, riviĂšres d’Etel et de Crac’h, Golfe du Morbihan. Certaines des TIAC ont pour origine des coquillages pĂȘchĂ©s en zone interdite ou dĂ©conseillĂ©e pour la pĂȘche de loisir. PhĂ©nomĂšne rare, deux Ă©pidĂ©mies dues au virus de l’hĂ©patite A, ayant pour origine la baie de Paimpol, ont Ă©tĂ© recensĂ©es (33 malades en 1999 et 108 malades en 2007).

Les sites de pĂȘche Ă  pied de loisir sont surveillĂ©s et classĂ©s par les dĂ©lĂ©gations territoriales de l’agence rĂ©gionale de santĂ© (ARS) sur des critĂšres adaptĂ©s du rĂšglement pour le classement des zones de production, oĂč ce type de pĂȘche Ă  pied est bien souvent pratiquĂ©. La comparaison des classements entre les annĂ©es 1998, annĂ©e oĂč la surveillance a Ă©tĂ© Ă©tendue sur l’ensemble de la Bretagne, et 2012 (Figure 5) montre une dĂ©gradation des sites de pĂȘche Ă  pied matĂ©rialisĂ©e par une forte diminution des zones A de 18% Ă  6%, une augmentation des zones B de 72% Ă  80% et des zones C de 10% Ă  14%. Les pollutions diffuses Ă  toucher le littoral ou en fond de baie et d’estuaires ainsi que les dysfonctionnements ponctuels de rĂ©seaux d’assainissement lors d’épisodes de forte pluviomĂ©trie en sont les causes.


Martial-6.jpg

La qualitĂ© des eaux de baignade : nette amĂ©lioration

Le contrĂŽle sanitaire des eaux de baignade, effectuĂ© par les dĂ©lĂ©gations territoriales de L'ARS (Agence RĂ©gionale de SantĂ©) de mai Ă  fin septembre, est basĂ© sur les critĂšres de la directive 76/160/CEE. Il porte sur la recherche et le dĂ©nombrement des bactĂ©ries tests de contamination fĂ©cale (E. coli et entĂ©rocoques intestinaux) dans 100mL d’eau. Leur prĂ©sence en nombre important dans l'eau indique un niveau Ă©levĂ© de contamination des eaux de baignade par des eaux usĂ©es (rejets de station d’épuration, postes de relevage, rĂ©seau d’assainissement dĂ©fectueux) ou des apports d’eaux contaminĂ©es via les rĂ©seaux de collecte des eaux pluviales, les fossĂ©s et les cours d’eau. Une contamination Ă©levĂ©e traduit la prĂ©sence possible de microorganismes pathogĂšnes et un risque sanitaire accru. Le risque microbiologique associĂ© Ă  la baignade est liĂ©, principalement, Ă  la prĂ©sence dans l'eau de virus et bactĂ©ries pathogĂšnes responsables de gastroentĂ©rites et, dans une moindre mesure, d'affections respiratoires et otho-rhino-laryngĂ©es, ainsi que de dermatites. Notons cependant, que le principal risque sur le littoral concerne les noyades qui sont souvent dues Ă  des imprudences, sans oublier l’exposition excessive et prolongĂ©e au soleil qui entraĂźne des brĂ»lures de la peau et parfois des hydrocutions.

La comparaison des classements des eaux de baignade en mer entre les annĂ©es 1994 et 2012 (Figure 6) montre une nette amĂ©lioration de la qualitĂ© de l’ensemble des sites de baignade du littoral breton qui se traduit par une forte augmentation des sites A (bonne qualitĂ©) de 51% Ă  70%, une nette rĂ©duction des sites B (qualitĂ© moyenne) de 42% Ă  28% et des sites C (momentanĂ©ment polluĂ©) de 7% Ă  moins de 3%. Ceci tĂ©moigne des efforts rĂ©alisĂ©s par les collectivitĂ©s locales et les services de l’état dans le domaine de l’assainissement des eaux usĂ©es sur l’ensemble du littoral, et aussi dans le contrĂŽle de l’assainissement individuel.


Martial-7.jpg

Le mode de classement basĂ© sur la directive 76/160/CEE, effectuĂ© Ă  l’issue de la saison estivale, a pris fin en 2012. DorĂ©navant, elle prendra en compte les critĂšres de la directive 2006/7/CE, en particulier les rĂ©sultats des 4 derniĂšres saisons estivales afin d’obtenir un classement plus reprĂ©sentatif de la qualitĂ© des eaux, ne se limitant pas Ă  une saison estivale. A la fin de l'annĂ©e 2015, la directive fixe comme objectif d'atteindre une qualitĂ© au moins suffisante pour toutes les eaux de baignade. Pour celles classĂ©es insuffisantes, une dĂ©cision de fermeture du site est prise si l’eau de baignade se maintient dans ce classement pendant cinq annĂ©es consĂ©cutives.


Sources :

  • Amouroux I., C. Belin, D. Claisse, A. Daniel, E. Fleury, C. Galland-Henaff, P. Le Mao, L. Miossec, 2013. QualitĂ© du Milieu Marin Littoral, SynthĂšse Nationale de la Surveillance 2012, Ifremer/Nantes, ODE/DYNECO/VIGIES/13.13
  • Amouroux I., 2008. Document de prescription "Surveillance microbiologique". Inventaire cartographique des points de prĂ©lĂšvements REMI et des listes de zones classĂ©es et surveillĂ©es, Ifremer/Nantes.
  • Marchand M., I. Amouroux, E. BĂ©dier, C. Belin, D. Claisse, G. Durand & D. Soudant, 2009. QualitĂ© du Milieu Marin Littoral - SynthĂšse Nationale de la Surveillance, Ifremer/Nantes, RST.DYNECO/VIGIES/09.12
  • Bilan national du rĂ©seau national de surveillance de la qualitĂ© des eaux et des sĂ©diments des ports maritimes (RÉPOM) de 1997Ă  2006. MinistĂšre de l’écologie, de l’énergie, du dĂ©veloppement durable et de la mer, CETMEF/DELCE/DEML, PlouzanĂ©.
  • Bulletins rĂ©gionaux et nationaux de la surveillance de l’Ifremer http://envlit.ifremer.fr/documents/bulletins
  • Etat des lieux 2013 du bassin Loire-Bretagne Ă©tabli en application de la directive cadre sur l’eau. AE comitĂ© de bassin Loire-Bretagne http://www.eau-loire-bretagne.fr/sdage/sdage_2016_2021/etat_des_lieux
  • Les zones de baignade. Bilan 2012 de l’Agence rĂ©gionale de santĂ© Bretagne (ARS) http://ars.bretagne.sante.fr/Baignade.79414.0.html
  • QualitĂ© des eaux de baignade 2012. Agence rĂ©gionale de santĂ© (ARS) Pays de la Loire http://www.ars.paysdelaloire.sante.fr/Eaux-de-baignade.159597.0.html
  • RĂ©seau national de surveillance de la qualitĂ© des eaux et des sĂ©diments dans les ports maritimes (RÉPOM): qualitĂ© des sĂ©diments. DonnĂ©es 2007 – 2012, DREAL Bretagne et DREAL Pays de la Loire.
  • Surveillance du Milieu Marin : Travaux du rĂ©seau national d'observation de la qualitĂ© du milieu marin. Ifremer/Nantes, Bulletin RNO, Ed. 2006.

Sites Internet :


Conclusion : malgrĂ© tout, des raisons d’espĂ©rer

Auteur : Pierre-Yves Le Rhun

La Bretagne a Ă©tĂ© la rĂ©gion de France oĂč la qualitĂ© de l’eau Ă©tait la plus dĂ©gradĂ©e. Depuis une dizaine d’annĂ©es la situation s’amĂ©liore nettement et elle n’est pas pire que dans d’autres rĂ©gions comme la Beauce qui pratiquent une agriculture trĂšs intensive. Cependant la Bretagne s’en distingue : une dynamique y est enclenchĂ©e.

Des rĂ©sultats encourageants ont Ă©tĂ© obtenus grĂące Ă  l’Agence de l’eau Loire-Bretagne et aux collectivitĂ©s territoriales mais aussi grĂące aux efforts consentis par des agriculteurs pour limiter les apports d’azote et de phosphore et l’usage des pesticides, et par ailleurs le mouvement de conversion Ă  l’agrobiologie s’amplifie. La forte rĂ©duction en quelques annĂ©es des apports de phosphore dans les riviĂšres est le fait d’agriculteurs de plus en plus nombreux qui, prenant conscience de son taux Ă©levĂ© dans leurs sols, ont luttĂ© contre le ruissellement en Ă©vitant de laisser les champs nus en hiver, et de façon gĂ©nĂ©rale ont modifiĂ© leurs pratiques culturales pour limiter les pesticides et les engrais chimiques dont le phosphore. C’est un exemple qui tĂ©moigne du dĂ©but d’une prise en compte de la nĂ©cessitĂ© de conjuguer agriculture et Ă©cologie.

Des amĂ©liorations des eaux littorales ont Ă©tĂ© obtenues par rĂ©duction des pollutions chimiques et organiques grĂące Ă  des stations d’épuration plus efficaces. Du coup la qualitĂ© des eaux de baignade est Ă  un niveau satisfaisant ou trĂšs bon, ce qui constitue un grand atout pour une rĂ©gion de tourisme balnĂ©aire.

L’heure est aussi Ă  la rĂ©animation de liens entre la campagne et la ville d’un mĂȘme territoire, soit par vente directe, soit via le supermarchĂ© ou la supĂ©rette, ou encore via la restauration collective (cantines scolaires, hĂŽpital, etc). Bref, Ă  cĂŽtĂ© de la logique Ă©conomique du marchĂ©, se dĂ©veloppe une logique Ă©co-territoriale qui intĂšgre la qualitĂ© Ă©cologique et la proximitĂ© territoriale pour mieux coller Ă  la demande croissante de la clientĂšle locale.

La Bretagne Ă©tant fortement exportatrice de produits alimentaires, sa clientĂšle Ă©trangĂšre est prĂ©dominante et probablement de plus en plus sensible Ă  la qualitĂ© des conditions de production. Il est Ă©vident que les pollutions et les marĂ©es vertes vont Ă  l’encontre de la promotion de la Bretagne et de ses produits. Il est donc impĂ©ratif de les combattre dans l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral des Bretons et en particulier des Ă©leveurs et de toute l’économie agroalimentaire, car la rĂ©gion est en concurrence directe avec les producteurs du nord de l’Europe qui ont pris de l’avance pour concilier production et Ă©cologie. Par exemple, les Danois et les Bavarois ont dĂ©montrĂ© que sur l’azote et les pesticides, de bonnes pratiques agricoles « peuvent ĂȘtre instituĂ©es efficacement Â» (Commissariat gĂ©nĂ©ral au dĂ©veloppement durable).


Sources :

  • JC Lefeuvre et N Pion, 2009 « L’eau douce en France Â» 116 p Editions Milan, Terre sauvage.
  • Rapport Cour des Comptes 2010, chapitre sur les instruments de financement de la gestion durable de l’eau.
  • France Nature Environnement, EnquĂȘte de 2011, « Blocages et jeu d’acteurs dans les SAGE du bassin Loire-Bretagne Â».
  • Commissariat gĂ©nĂ©ral au dĂ©veloppement durable, Etudes et documents N°52, septembre 2011
  • Agence de l’eau Loire-Bretagne
  • R. Layadi, 2004 « La rĂ©gion stratĂšge, le dĂ©veloppement durable, un projet pour la Bretagne Â» Presses universitaires de Rennes Conseil scientifique de l’environnement de Bretagne (CSEB)
  • Portail de l’information environnementale (Bretagne Environnement).
  • Association Eau et RiviĂšres. Association Bretagne Vivante
  • Presse quotidienne Ouest-France et Le TĂ©lĂ©gramme.



TIROIR : Crise de l’environnement


De l’eau « potable Â» Ă  l’eau salubre

Auteur : Pierre-Yves Le Rhun, gĂ©ographe, IGARUN, UniversitĂ© de Nantes

La qualitĂ© de l’eau destinĂ©e Ă  l’alimentation humaine est d’une importance vitale pour l’humanitĂ©. Dans les pays disposant de moyens financiers et d’une technologie avancĂ©e, la fourniture Ă  la population d’une eau potable est en principe assurĂ©e. Pour autant la qualitĂ© de l’eau du robinet n’est pas aussi bonne qu’elle devrait l’ĂȘtre et l’information des consommateurs reste lacunaire dans un domaine dont la complexitĂ©, rĂ©elle, n’est pas un obstacle insurmontable pour communiquer sur les donnĂ©es de base.

Dans cet esprit, des scientifiques, des juristes et des personnes qualifiĂ©es ont fondĂ© en avril 2012 le Criieau (ComitĂ© de recherche et d’information indĂ©pendantes sur l’eau). Constatant que les normes actuellement en vigueur ne permettent pas d’apprĂ©cier l’impact sanitaire de l’eau du robinet sur la population, cette association se propose d’élaborer des normes basĂ©es sur des tests biologiques et de nouvelles mĂ©thodes d’évaluation de la qualitĂ© de l’eau du rĂ©seau. La dĂ©marche se veut rigoureusement scientifique et totalement indĂ©pendante des acteurs impliquĂ©s dans le domaine de l’eau. Elle s’accompagne d’une volontĂ© de diffuser une information sĂ©rieuse et libre sur les eaux Ă  usage alimentaire.


Les normes actuelles en question

En France les normes de qualitĂ© sont basĂ©es sur une soixantaine de paramĂštres physico-chimiques, organoleptiques et microbiologiques et elles fixent pour chacun le seuil Ă  ne pas dĂ©passer pour que l’eau soit dĂ©clarĂ©e potable. Cette mĂ©thode ne suffit pas Ă  garantir la bonne qualitĂ© de l’eau alimentaire et, Ă  la suite d’interventions de scientifiques, la commission Environnement du Conseil de l’Europe s’est saisi de la question en 2009. Parmi les arguments Ă©voquĂ©s, on relĂšve :

- le dĂ©passement frĂ©quent des seuils, le grand nombre des substances non prises en compte. Alors que dans les eaux brutes peuvent se trouver plusieurs milliers de polluants avec des diffĂ©rences selon les bassins versants, seulement quelques dizaines sont dosĂ©es, leur toxicitĂ© est Ă©valuĂ©e sĂ©parĂ©ment alors que peut se crĂ©er une synergie d’action entre plusieurs polluants.

- les seuils de toxicitĂ© ignorent l’effet cumulatif des faibles doses sur l’organisme humain.

VoilĂ  ce qui motive les fondateurs du Criieau Ă  rĂ©clamer « une analyse globale via des tests biologiques, seuls Ă  mĂȘme d’apprĂ©cier de maniĂšre fiable l’impact toxique d’une eau polluĂ©e donnĂ©e sur le vivant ».(1) Bien entendu, cela ne suffirait pas Ă  assurer de l’eau de qualitĂ© au robinet mais cela fournirait aux gestionnaires des rĂ©seaux de distribution l’information scientifique indispensable pour progresser dans cette voie. Cette information est Ă©galement nĂ©cessaire aux responsables des agences de bassin et autres acteurs concernĂ©s, notamment les Ă©lus de tous niveaux, pour amĂ©liorer l’état des eaux brutes.


La potabilisation des eaux brutes à l’usine de traitement des eaux

Le processus de traitement se dĂ©roule en plusieurs Ă©tapes :

- Ă©limination des substances organiques par filtration sur bacs de sable, puis floculation et prĂ©cipitation en utilisant des sels d’aluminium ou de fer.

- piégeage des pesticides et autres polluants sur charbon actif.

- désinfection pour éliminer les bactéries et virus pathogÚnes, par ozonation dans certaines usines, par le chlore dans les autres.

- rĂ©glage du PH. En Bretagne l’aciditĂ© des roches du sous-sol se transmet Ă  l’eau naturelle, ce qui la rend agressive pour les conduites et les appareils mĂ©nagers. L’adjonction de chaux permet de neutraliser cette aciditĂ©.

- chloration finale. L’action du chlore permet d’assurer la dĂ©sinfection et la protection de l’eau contre d’éventuels polluants le long des conduites du rĂ©seau de distribution, un rĂŽle comparable aux conservateurs de produits alimentaires.

Quelle est donc la qualitĂ© rĂ©elle de l’eau Ă  la sortie de l’usine des eaux ? A ce stade, l’eau traitĂ©e est rĂ©putĂ©e potable selon les normes en vigueur. Cette qualitĂ© est vĂ©rifiĂ©e par des analyses dont les rĂ©sultats sont transmis Ă  l’administration et portĂ©s Ă  la connaissance des abonnĂ©s. En rĂ©alitĂ©, cette eau dite potable contient encore des polluants dont l’analyse a rĂ©vĂ©lĂ© les teneurs, mais aussi d’autres produits toxiques sur lesquels il n’existe aucune information, pas plus sur leur prĂ©sence que sur leur teneur. Cependant, puisque le traitement a opĂ©rĂ© une purification plus ou moins efficace des eaux brutes, on peut seulement espĂ©rer que les polluants clandestins ne sont plus prĂ©sents qu’à faibles doses.


Un transit à risques dans le réseau de distribution

Au dĂ©part de l'usine aprĂšs la chloration, l’eau n’a aucune odeur et aucun goĂ»t de chlore. et pourtant, au robinet, il se peut que la mĂȘme eau sente le chlore. Dans ce cas c’est le dosage du chlore qui en est souvent la cause.

Lors de la chloration, la matiĂšre organique rĂ©siduelle est oxydĂ©e par le chlore mais il faut qu’il subsiste dans l’eau une teneur suffisante de chlore libre (environ 0,1 ppm) pour oxyder d’éventuelles substances organiques prĂ©sentes dans le rĂ©seau. Si cette teneur est trop faible, l’oxydation sera incomplĂšte et conduira Ă  la constitution de chloramines qui sont les responsables des Ă©manations chlorĂ©es et du goĂ»t de chlore au robinet. Lorsque la teneur s’abaisse encore plus, il risque de se former des trihalomĂ©thanes potentiellement cancĂ©rigĂšnes. Pour Ă©viter ces inconvĂ©nients, il faudrait augmenter la dose de chlore, ce qui est plus facile que de rĂ©duire les intrusions de matiĂšre organique dans le rĂ©seau.

D'oĂč provient cette matiĂšre organique ? De multiples causes liĂ©es Ă  des nĂ©gligences comme un siphonnage d'eau sale chez un utilisateur lors d'une chute de pression sur le rĂ©seau (tuyau plongeant dans un rĂ©servoir polluĂ©, etc.) ou l’intervention sur le rĂ©seau de certains plombiers qui n'effectuent pas la dĂ©sinfection rĂ©glementaire au permanganate de potassium aprĂšs leur intervention et qui posent des tuyaux non nettoyĂ©s.

Lors de fortes pluies, les eaux brutes sont trĂšs chargĂ©es en matiĂšre organique dont l’élimination par l'usine est momentanĂ©ment insuffisante.

La prĂ©sence de matiĂšre organique entraĂźne le dĂ©veloppement rapide de biofilms bactĂ©riens sur la paroi interne des tuyaux du rĂ©seau public et des rĂ©seaux privĂ©s. Construits par des amibes non pathogĂšnes, ces biofilms ne menacent pas la qualitĂ© de l’eau.

Une cause de contamination permanente provient de l’existence de bras morts. Sur chaque conduite d'eau potable se greffent les nombreux branchements des abonnĂ©s dont certains ne sont pas utilisĂ©s sur des pĂ©riodes parfois longues. L'eau ainsi piĂ©gĂ©e entre le branchement et le compteur se dĂ©grade tout en restant en contact avec la conduite au niveau du branchement. Le biofilm peut s’épaissir et des lĂ©gionnelles infecter les amibes : il est prudent de purger la conduite pour disposer d’une eau saine. Cette cause de pollution pourrait ĂȘtre rĂ©duite en imposant aux propriĂ©taires absentĂ©istes de faire purger pĂ©riodiquement leur conduite d'arrivĂ©e.

Lorsque l’eau du robinet a le « goĂ»t de chlore Â», cela signifie qu’elle ne bĂ©nĂ©ficie plus que d’une faible protection antibactĂ©rienne puisque la chloramine a un pouvoir dĂ©sinfectant 25 fois infĂ©rieur Ă  celui du chlore libre, et de plus elle ne protĂšge pas contre les virus. On comprend dĂšs lors le recours aux eaux de source en bouteille et aux purificateurs d’eau Ă  domicile


Les conditions à remplir pour fournir au robinet de l’eau salubre


Eau-salubre.jpg


Une eau salubre se dĂ©finit comme une eau consommable sans dommage sur la santĂ© des hommes et des animaux, pour toute la durĂ©e de leur existence et pour celle de leur descendance. Le Dr Claude Danglot prĂ©cise que c’est « une eau mĂ©dicalement potable qui ne rend pas malades Ă  long terme tous ceux qui la consomment Â». Mettre Ă  la disposition de la population une eau salubre doit ĂȘtre l’un des principaux objectifs d’une politique de santĂ© publique, surtout devant la dramatique augmentation des cancers dont l’une des causes est l’insuffisante qualitĂ© de l’eau dite « potable Â».


Pour un bon fonctionnement du processus d’élaboration de l’eau salubre, il est nĂ©cessaire de disposer d’une ressource d’eau brute de bonne qualitĂ©, ce qui passe par trois conditions majeures :

a) qu’un traitement des eaux usĂ©es, bien exĂ©cutĂ© par des stations d’épuration, permette soit le rejet de l’eau Ă©purĂ©e dans les riviĂšres sans en perturber la qualitĂ© biologique, soit un recyclage.

b) que les effluents des élevages ne soient pas épandus sur les terres au-delà de leurs besoins en fertilisants pour éviter les pertes de nitrates et phosphates vers le réseau fluvial et les nappes phréatiques.

c) que les cultures ne soient plus assistĂ©es chimiquement. On doit mettre fin au recours systĂ©matique aux pesticides dont la rĂ©manence est souvent longue et la dispersion gĂ©nĂ©ralisĂ©e dans l’air, le sol, les nappes, les cours d’eau. les retenues et les baies.


En Bretagne la faible capacitĂ© des nappes phrĂ©atiques oblige Ă  barrer les riviĂšres pour garantir la fourniture d’eau brute pendant l’étĂ©. Si elles reçoivent des eaux trop chargĂ©es en fertilisants, les retenues sont exposĂ©es au risque d’eutrophisation qui se traduit par la formation d’une Ă©norme quantitĂ© de matiĂšre vĂ©gĂ©tale. Il devient alors difficile, voire impossible, Ă  l’usine des eaux de l’éliminer totalement, alors que c’est la condition de base d’une bonne potabilisation. D’oĂč l’obligation d’arrĂȘter de sur-fertiliser les champs.


Les solutions existent mais leur généralisation prendra du temps

a) les stations d’épuration n’éliminent pas les nitrates et phosphates, ni les pesticides et les produits pharmaceutiques tels que les hormones oestrogĂšnes, des substances susceptibles mĂȘme Ă  faible dose de perturber la vie aquatique. Le lagunage, rĂ©pandu en milieu rural, est plus performant mais le meilleur Ă©purateur est la « rhizosphĂšre Â» brevetĂ©e en 1974 par le Pr Kickuth et souvent utilisĂ©e en Europe mais trĂšs peu en France (cf sources). L’épuration est assurĂ©e par les racines de roseaux (phragmites). Comme la plupart des villes bretonnes sont situĂ©es en fond d’estuaire, il est possible de complĂ©ter ou remplacer la station d’épuration par une rhizosphĂšre assez facile Ă  insĂ©rer dans le paysage d’une ria puisqu’elle se prĂ©sente comme une roseliĂšre. La qualitĂ© du traitement permet le rejet sans risque en riviĂšre, ou un recyclage : utilisation comme eau douce industrielle, ou pour irrigation, ou encore comme eau brute pour la potabilisation.

b) les dĂ©jections animales dans les Ă©levages industriels sont exploitables pour produire de l’énergie et un fertilisant. La fermentation de lisier et de vĂ©gĂ©taux dans un mĂ©thaniseur produit du mĂ©thane dont la combustion fournit de la chaleur ou de l’électricitĂ©. Cette solution a Ă©tĂ© massivement adoptĂ©e par les Ă©leveurs allemands (7 000 mĂ©thaniseurs en 2012 contre 90 en France). Il a fallu attendre 2013 pour que l’Etat français lance un plan d’aides Ă  la construction de 1 000 mĂ©thaniseurs, se montant Ă  deux milliards d’euros de subventions et l’Union EuropĂ©enne y contribuera aussi. Mais le mĂ©thaniseur n’élimine pas les fertilisants (nitrate, phosphate, potasse) qui se retrouvent donc dans le rĂ©sidu de la fermentation, le « digestat Â», qu’il faut traiter avant Ă©pandage. Pour Ă©viter la sur-fertilisation et les fuites de fertilisants vers les riviĂšres et les nappes, il est impĂ©ratif que les excĂ©dents d’engrais agricole issu des mĂ©thaniseurs soient exportĂ©s par les cantons de grande densitĂ© animale vers des zones intĂ©ressĂ©es par ce fertilisant. Pour rĂ©ussir un tel projet il faudra que les Ă©leveurs s’impliquent fortement.

c) la qualitĂ© de l’eau au robinet dĂ©pend au premier chef de l’état de l’environnement dans le bassin versant qui fournit les eaux brutes. Cette dĂ©pendance Ă©troite est l’une des principales raisons qui obligent Ă  modifier les pratiques d’un systĂšme agricole oĂč la protection des vĂ©gĂ©taux est assurĂ©e par des pulvĂ©risations de pesticides. Les pollutions diffuses sont impossibles Ă  traiter au niveau de l’exploitation agricole car elles transitent hors de tout contrĂŽle dans le bassin versant pour aboutir dans les nappes phrĂ©atiques, les riviĂšres et la mer littorale. Il n’y a pas d’autre solution alternative que l’agrobiologie. Elle a fait ses preuves : le respect du sol et de la nature peut assurer de bons rendements et une bonne rentabilitĂ©. Mais il faudra du temps pour rĂ©ussir cette rĂ©volution agricole et encore davantage pour retrouver un milieu naturel salubre : une dizaine d’annĂ©es en moyenne pour les nappes phrĂ©atiques aprĂšs l’abandon des pesticides.


Sources principales :

  • Yann Olivaux, La nature de l’eau, 570 p., Ed. RĂ©surgence, 2010 (l’auteur, biophysicien de formation, est l’un des membres fondateurs du Criieau).
  • Entretien avec le Dr Claude Danglot (docteur en mĂ©decine et ingĂ©nieur hydrologue, Ă©galement membre fondateur du Criieau) Le site du Criieau : www.criieau.fr
  • Le rapport Eau de boisson du WWF sur le site www.wwf.fr
  • PrĂ©sentation de la rhizosphĂšre : P.Y Le Rhun, La pollution microbienne sur le littoral breton, 7 p. Revue Penn ar Bed N°156, mars 1995 de la SociĂ©tĂ© pour l’Etude et la Protection de la Nature en Bretagne « Bretagne Vivante Â».



Retour Ă  la Page d'accueil

Outils personnels
Espaces de noms

Variantes
Affichages
Actions
Navigation
BoĂźte Ă  outils