Géographie de la Bretagne/Le milieu naturel

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Sommaire

Le milieu naturel (1994)

Auteurs : HervĂ© RĂ©gnauld & Yves Lebahy



Le milieu naturel (2014)

Le plateau continental, un atout majeur de la Bretagne

Auteur : Jonathan Musereau


GĂ©ophysique du plateau continental

Le plateau continental se dĂ©finit comme le prolongement du continent sous la surface de la mer. Cette transition vers l'ocĂ©an se fait de façon graduelle, la profondeur pouvant augmenter de maniĂšre progressive ou plus brutale. Il s'agit Ă©galement de la partie des fonds marins et de leur sous-sol sur lesquels un État cĂŽtier a une juridiction Ă©conomique. C’est aussi un milieu variĂ©, riche et largement exploitĂ©.


Les eaux territoriales

La plupart du temps, c’est dans cette zone que s’étendent les mers dites « territoriales Â», la partie de mer cĂŽtiĂšre sous la souverainetĂ© des Etats cĂŽtiers. En pratique, la largeur des eaux territoriales est fixĂ©e Ă  12 milles (20 km) au-delĂ  du littoral. L'État cĂŽtier peut nĂ©anmoins prĂ©venir les infractions Ă  ses lois et rĂšglements douaniers, fiscaux, sanitaires ou d'immigration dans une zone dite « contiguĂ« Â» qui s’étend jusqu’à 24 milles (40 km). Au-delĂ , il peut Ă©galement disposer d’une Zone Économique Exclusive (ZEE), dont les limites maximales sont Ă©tablies Ă  200 milles (320 km) de la cĂŽte.



La nature des fonds sous-marins

La bathymĂ©trie (mesure de la profondeur de la mer) des eaux territoriales bretonnes montre que 50% de la surface sous-marine se trouve entre l'estran et -50 m, 41,5% entre -50 m et -100 m, et seulement 8,5% Ă  une profondeur supĂ©rieure Ă  100 m. Cette derniĂšre n’est toutefois pas atteinte en Manche, oĂč le plateau continental offre une pente plus douce, de mĂȘme qu’au large du Morbihan. En Ă©tudiant plus prĂ©cisĂ©ment la topographie et la gĂ©ologie des fonds marins au large des cĂŽtes bretonnes, on comprend que ces diffĂ©rences locales en termes de profondeur sont liĂ©es au fait que le Massif Armoricain se prolonge sous la mer. En effet, si ce dernier s'Ă©tend sur seulement 5 km au large du TrĂ©gor et du LĂ©on, il atteint 30 Ă  50 km dans le golfe normand-breton et face au rivage morbihannais.

En ce qui concerne la sĂ©dimentologie des fonds marins, en Bretagne nord, ainsi qu'Ă  l'extrĂ©mitĂ© ouest, les dĂ©pĂŽts grossiers (cailloutis et graviers) hĂ©rissĂ©s d'affleurements rocheux dominent. A l’inverse, les ensembles sableux et les fonds vaseux sont fortement reprĂ©sentĂ©s en Bretagne sud. Entre la vasiĂšre et le rivage, une Ă©chine rocheuse s’étend parallĂšlement au rivage et Ă©merge en certains endroits pour former un chapelet d’üles (GlĂ©nan, Groix, Houat, HoĂ«dic et Belle-Ile). La diffĂ©rence de nature des sĂ©diments entre la Manche et le Golfe de Gascogne s’explique en partie par la vitesse inĂ©gale de leurs courants marins.



Marées et courants

La Bretagne est rĂ©putĂ©e pour ses marĂ©es, la baie du Mont Saint Michel dĂ©tenant le record europĂ©en du plus grand marnage, l’amplitude entre une pleine mer et une basse mer successives. Lors des Hautes Mers de Vive-Eau Exceptionnelles (les « grandes marĂ©es Â» d’équinoxe), cette amplitude peut atteindre prĂšs de 14 m Ă  Saint Malo alors elle ne dĂ©passera pas 7,5 m Ă  Brest et plafonnera Ă  5,5 m Ă  Concarneau. Les variations de la topographie du plateau continental et l’amplitude du marnage ont une incidence majeure sur la vitesse des courants marins. Le long de la Manche et en Iroise, lors du flot (marĂ©e montante) la vitesse des courants s’élĂšve souvent Ă  7 km/h et peut atteindre 15 km/h dans les zones de rĂ©trĂ©cissement, comme au niveau du Cap FrĂ©hel (qui signifie en breton fort courant : « frĂ© Â» courant et « hel Â» haut), dans le Fromveur, entre MolĂšne et Ouessant, ou encore dans le Raz de Sein. En Bretagne Sud, la vitesse du courant de marĂ©e ne dĂ©passe guĂšre 1 Ă  2 km/h, sauf dans les estuaires (rias) ou dans des passes Ă©troites du golfe du Morbihan.



Les richesses du plateau continental

Les mers du plateau continental sont aussi le siĂšge d’écosystĂšmes produisant une profusion de vĂ©gĂ©taux (les algues) et une forte biomasse animale, des richesses exploitĂ©es et parfois surexploitĂ©es depuis longtemps. La majoritĂ© de ces animaux et vĂ©gĂ©taux vit dans les 50 premiers mĂštres, lĂ  oĂč la lumiĂšre du soleil pĂ©nĂštre facilement. En Bretagne, de par leur diversitĂ© et leur richesse, les ressources vivantes aquatiques et le benthos (organismes vivant en relation Ă©troite avec les fonds subaquatiques) ont toujours fait l’objet d’une attention toute particuliĂšre et, plus rĂ©cemment, d’une protection juridique (crĂ©ation de zones protĂ©gĂ©es).


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Les bancs de maerl

Le maerl est constituĂ© d’algues rouges calcaires de la famille des corallinacĂ©es (corail). La complexitĂ© architecturale des bancs de maĂ«rl offre une multiplicitĂ© de niches Ă©cologiques et favorise la diversitĂ© biologique. Ils constituent, avec les herbiers de zostĂšres, l’une des biocĂ©noses les plus originales et les plus diversifiĂ©es de l’Atlantique Nord. Les bancs de maĂ«rl se rĂ©vĂšlent ainsi ĂȘtre de vĂ©ritables rĂ©servoirs de biodiversitĂ©. En outre, ils reprĂ©sentent une zone de nurserie pour des espĂšces commercialement exploitĂ©es telles que les bivalves (coquille Saint-Jacques, pĂ©toncles, palourdes, praires) et les juvĂ©niles de poissons (bar, dorade, lieu, rouget
). Localement, ils peuvent constituer une source non nĂ©gligeable de matĂ©riaux de formation des plages. Plus de 900 espĂšces d’invertĂ©brĂ©s et 150 espĂšces d’algues ont Ă©tĂ© recensĂ©es sur le maĂ«rl des cĂŽtes bretonnes.



La Grande VasiĂšre

La « Grande VasiĂšre Â» occupe la partie mĂ©diane du plateau du Golfe de Gascogne, entre la Bretagne et les Charentes. La caractĂ©ristique remarquable de cette aire de dĂ©pĂŽt est son extension sur 250 km parallĂšlement au littoral, par une profondeur d’environ 100 m. L’épaisseur de sĂ©diments peut atteindre jusqu’à 12 m. Vaste Ă©tendue chalutable, la Grande VasiĂšre est le siĂšge d’importantes pĂȘcheries de sole, merlu et langoustine, dont l’évolution des productions met en question la pĂ©rennitĂ© de leur exploitation. Si elle peut paraĂźtre appauvrie quant Ă  ses peuplements de langoustines, elle sert de nourricerie Ă  diverses espĂšces de poissons (merlu en particulier) lors de leur croissance.



Le parc naturel d’Iroise

Plus au nord, la Mer d'Iroise constitue elle aussi un lieu d’une grande richesse Ă©cologique. Elle abrite le plus grand champ d’algues marines d’Europe (plus de 300 espĂšces rĂ©pertoriĂ©es). La quasi-totalitĂ© des 120 espĂšces de poissons de la façade atlantique française et de la Manche y sont prĂ©sentes. Un quart de la population française de mammifĂšres marins y rĂ©side. Il est donc naturel de chercher Ă  protĂ©ger ce patrimoine. Dans cette dĂ©marche, le Parc Naturel Marin d’Iroise, crĂ©Ă© le 28 septembre 2007, reprĂ©sente un dispositif majeur. SituĂ© au large de la pointe du FinistĂšre, il s’étend du sud de l’üle de Sein au nord d’Ouessant. Il couvre une superficie de 3 500 km2, soit l’équivalent de la moitiĂ© du dĂ©partement du FinistĂšre. L’aire gĂ©ographique retenue pour le parc est volontairement Ă©tendue pour garantir son efficacitĂ© en termes de fonctionnement des Ă©cosystĂšmes marins. Le Parc Naturel Marin d’Iroise offre une solution viable pour veiller Ă  la conservation des richesses naturelles de l’Iroise nĂ©cessaire au dĂ©veloppement des activitĂ©s qui rendent cet espace vivant et attractif.



L’exploitation du plateau continental

Les mers bordiĂšres de la Bretagne constituent un espace trĂšs frĂ©quentĂ© par les flottes internationales de commerce (fret ou passagers) et de nombreuses embarcations de pĂȘche et de plaisance. L’intensitĂ© du trafic et les marĂ©es noires qu’il a provoquĂ© ont nĂ©cessitĂ© sa canalisation pour renforcer la sĂ©curitĂ©. Si les fonds marins se sont rĂ©vĂ©lĂ©s dĂ©pourvus de pĂ©trole ou de gaz, la zone fait l’objet de nombreuses prospections pour l’extraction de matĂ©riaux marins. Le vent et les courants marins constituent enfin des sources prometteuses de production Ă©lectrique dont l’exploitation dĂ©bute Ă  peine ou peine Ă  dĂ©buter.


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Une fréquentation accrue

Au large de la pĂ©ninsule bretonne, le rail d'Ouessant constitue un dispositif de sĂ©paration du trafic maritime qui vise Ă  canaliser le passage maritime le plus frĂ©quentĂ© du monde, empruntĂ© en 2003 par 54 200 navires et un transit quotidien d'environ 700 000 tonnes de marchandise. Suite Ă  la mobilisation publique qui a suivi la catastrophe de l'Amoco Cadiz (marĂ©e noire, 1978), le dispositif a Ă©tĂ© Ă©loignĂ© de la cĂŽte, modifiĂ© et complĂ©tĂ© : un second rail montant positionnĂ© Ă  33 milles d'Ouessant est dĂ©sormais obligatoire pour les navires transportant des produits dangereux. A cette frĂ©quentation liĂ©e au transport de marchandise, s’ajoutent celles liĂ©es Ă  la pĂȘche, une activitĂ© profondĂ©ment ancrĂ©e dans l’identitĂ© et l’économie de la Bretagne, et Ă  la plaisance trĂšs active le long des cĂŽtes.



La mer source d’énergie

Depuis 1966, la premiĂšre centrale marĂ©motrice du monde, utilise les courants trĂšs puissants de l’estuaire de la Rance (Dinard) pour gĂ©nĂ©rer de l’électricitĂ©. Le barrage de la Rance est ainsi devenu la premiĂšre source d’électricitĂ© de la rĂ©gion dans le domaine des Ă©nergies renouvelables. Il existe Ă©galement trois projets de parcs Ă©oliens “ offshore ”. L’un se situe en baie de Saint Brieuc et devrait occuper une superficie de 180 km2, un autre aurait une emprise de 80 km2 sur le Banc de GuĂ©rande et le troisiĂšme devant Belle-Ile n’a pas Ă©tĂ© retenu.

Trois projets de rĂ©cupĂ©ration de l’énergie hydrolienne ont Ă©galement vu le jour durant ces derniĂšres annĂ©es. Le premier est situĂ© au large de l’üle de BrĂ©hat et consiste Ă  tester la fonctionnalitĂ© de quatre hydroliennes immergĂ©es par -35 m de fond et distantes d’une quinzaine de km des cĂŽtes. EDF les a raccordĂ©es Ă  son rĂ©seau de distribution au moyen d'un poste de livraison d'Ă©nergie situĂ© Ă  terre. Le second projet (Hydro-gen) est portĂ© par la SARL Aquaphile, qui a mis au point des hydroliennes flottantes et amarrĂ©es par des lignes de mouillages. Il fait l’objet de tests en rade de Brest. Le troisiĂšme, gĂ©rĂ© par la sociĂ©tĂ© Hydrohelix et nommĂ© SABELLA, est implantĂ© Ă  BĂ©nodet, Ă  la sortie de l’estuaire de l’Odet. Des projets de rĂ©cupĂ©ration de l’énergie de la houle et des vagues sont enfin Ă  l’étude, comme le SEAREV lancĂ© en 2003 par le Laboratoire de MĂ©canique des Fluides (LMF) de l'Ecole Centrale de Nantes. (1)



Conclusion

Le plateau continental et les mers bordiĂšres qui le surmontent constituent un atout majeur pour les habitants de la pĂ©ninsule bretonne mais aussi un terrain de confrontation d’intĂ©rĂȘts et de risques dĂ©coulant de facteurs naturels et d’activitĂ©s humaines. PrĂ©lever des sĂ©diments marins peut fragiliser un rivage dunaire ou bouleverser un biotope propice Ă  la reproduction d’une espĂšce animale de haute valeur. La forte frĂ©quentation par des navires de toutes tailles peut provoquer des accidents parfois meurtriers ou engendrant de graves dommages sur le milieu naturel, en dĂ©pit de la sophistication des aides Ă  la navigation. Bien d’autres questions se posent Ă  propos de la gestion de cet espace marin et de l’amĂ©nagement de ses bordures. Celles-ci seront abordĂ©es dans les chapitres sur l’exploitation de la mer, l’amĂ©nagement du littoral et la crise de l’environnement.

(1) pour davantage d’information sur l’énergie maritime, consultez le chapitre Transports & Energie : http://www.skolvreizh.com/wiki/G%C3%A9ographie_de_la_Bretagne/Les_r%C3%A9seaux#Transports_.26_.C3.89nergie_.282014.29


Orientations bibliographiques :

  • AUGRIS C., CRESSARD A. P. (1991). Les matĂ©riaux marins. Mines & CarriĂšres, vol. 73.
  • FOLLIOT B. (2004). « La Grande VasiĂšre Â» : Etude sĂ©dimentologique de deux secteurs septentrionaux. MĂ©moire de DEA, UniversitĂ© Lille 1, 50 p.
  • GRALL J. (2002). BiodiversitĂ© spĂ©cifique et fonctionnelle du maerl: rĂ©ponses Ă  la variabilitĂ© de l'environnement cĂŽtier. ThĂšse de doctorat, UniversitĂ© de Bretagne Occidentale, Brest 300 p.
  • GUILCHER A. (1954). Morphologie littorale et sous-marine. Collection Orbis, P.U.F., Paris, 216 p.
  • HILY C., CONNAN S., RAFFIN C. (1999). Atlas des herbiers zostĂšres de Bretagne : Inventaire des sites, de la faune et de la flore. Rapport de contrat DIREN Bretagne/UBO, 229 pp.
  • PINOT J. P. (1998). La gestion du littoral. Institut OcĂ©anographique, Paris, 2 tomes, 759 p.



Webographie :




Les risques « naturels Â» en Bretagne (2014)

Auteurs :

- Alain HENAFF, maßtre de conférences de géographie, Institut Universitaire Européen de la Mer, Université de Bretagne Occidentale, Littoral-Environnement-Télédétection-Géomatique - Géomer-Brest Umr 6554 CNRS

- Catherine MEUR-FEREC, professeure des Universités en géographie, Institut Universitaire Européen de la Mer, Université de Bretagne Occidentale, Littoral-Environnement-Télédétection-Géomatique - Géomer-Brest Umr 6554 CNRS


Les "risques naturels"

Il semble important de revenir briĂšvement sur l’appellation « risques naturels Â» qui est trĂšs largement utilisĂ©e, notamment au niveau institutionnel et rĂ©glementaire, lorsque l’on se rĂ©fĂšre Ă  des alĂ©as considĂ©rĂ©s comme Ă©tant d’origine naturelle (sĂ©ismes, tempĂȘtes, glissements de terrain, etc.) (MinistĂšre de l'AmĂ©nagement du Territoire et de l'Environnement, 1997). Le qualificatif "naturel" s’utilise alors par opposition aux risques dits "technologiques".

Cependant cette expression n’a pas strictement de sens pour le gĂ©ographe car, si certains alĂ©as sont indubitablement d’origine naturelle (volcans ou sĂ©ismes), le risque, qui rĂ©sulte de la prĂ©sence d'enjeux sociĂ©taux, ne peut ĂȘtre qualifiĂ©, Ă  proprement parler, de "naturel" (Meur-Ferec, 2008). De plus, de nombreux alĂ©as qui apparaissent a priori naturels, comme l’érosion ou les inondations, sont, dans les milieux fortement anthropisĂ©s, sensiblement influencĂ©s par les amĂ©nagements humains. R. D’Ercole et P. Pigeon rappellent ainsi "l’évidente anthropisation des alĂ©as dits naturels". (voir la bibliographie)



En raison de sa gĂ©ographie physique (climat, gĂ©ologie, hydrographie), la Bretagne est relativement peu exposĂ©e aux risques dits « naturels Â», comparativement aux autres rĂ©gions de France mĂ©tropolitaine et d’outre-mer. La rĂ©gion est, en effet, Ă©pargnĂ©e par plusieurs alĂ©as comme les tsunamis, les cyclones, les Ă©ruptions volcaniques, les coulĂ©es de lave, les avalanches, et les crues nivales, et relativement Ă©pargnĂ©e par les risques de retrait et gonflement d’argiles, grandes inondations de plaines, crues torrentielles, effondrement sur cavitĂ©s, etc., c’est-Ă -dire une grande partie de ce qu’il est commun d’appeler les « risques naturels Â» (cf. encart). Par contre, le linĂ©aire cĂŽtier trĂšs Ă©tendu du massif armoricain, plus ou moins bĂąti, confĂšre Ă  cette rĂ©gion une vulnĂ©rabilitĂ© particuliĂšre aux risques littoraux associĂ©s, entre autres phĂ©nomĂšnes gĂ©nĂ©rateurs, aux tempĂȘtes.

Les inondations, notamment dans les secteurs estuariens et les cours d’eau, sont aussi un des alĂ©as les plus frĂ©quents en Bretagne. Enfin, d'aprĂšs les recherches menĂ©es sur les sĂ©ismes historiques Ă  l’échelle nationale, le risque sĂ©isme, bien que gĂ©nĂ©ralement de faible intensitĂ© dans la rĂ©gion, concerne la totalitĂ© des communes de Bretagne.

Ces risques naturels sont recensĂ©s Ă  travers plusieurs documents administratifs Ă©laborĂ©s gĂ©nĂ©ralement Ă  l’échelle communale. Deux d’entre-eux, les Dossiers DĂ©partementaux sur les Risques Majeurs (DDRM), d’une part, et l’inventaire des ArrĂȘtĂ©s de Catastrophe Naturelle (CatNat), d’autre part, sont, malgrĂ© un certain nombre de limites, particuliĂšrement intĂ©ressants Ă  prendre en compte pour la connaissance, Ă  la fois dans le temps et dans l’espace, des risques naturels rĂ©gionaux.

Les DDRM du FinistĂšre (2006), du Morbihan (2009), de l’Ille-et-Vilaine (2004), des CĂŽtes-d’Armor (2005) et de la Loire-Atlantique (2008), rĂ©alisĂ©s Ă  diffĂ©rentes dates et mis Ă  jour au fur et Ă  mesure de l’acquisition des nouvelles connaissances, inventorient ainsi les risques identifiĂ©s dans chaque commune selon la typologie des risques naturels Ă©tablie par Prim.net (http://www.prim.net/). L’examen de ces documents montre ainsi, qu’en moyenne seulement 2,8 risques sont identifiĂ©s par commune. NĂ©anmoins, au moins un risque naturel est identifiĂ© dans chacune des 1489 communes de la rĂ©gion.

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En l’occurrence, il s’agit, dans ce cas, du risque sismique pour lequel l’alĂ©a est surtout important en Loire-Atlantique. A l’inverse, dans certaines communes, de 10 Ă  13 risques ont Ă©tĂ© reconnus. Le risque le plus commun est, comme sur le territoire mĂ©tropolitain, l’inondation qui est identifiĂ©e dans 870 communes (58,4 %). Viennent ensuite les phĂ©nomĂšnes liĂ©s Ă  l’atmosphĂšre identifiĂ©s dans 766 communes (51,4 %), parmi lesquels les tempĂȘtes et les grains, dont le risque intĂ©resse 394 communes (26,5 % des communes de la rĂ©gion). De maniĂšre surprenante, les risques littoraux de submersion et d’érosion littorale ne paraissent pas numĂ©riquement importants. En effet, sur les 446 communes littorales que comptent les cinq dĂ©partements considĂ©rĂ©s, ces risques littoraux sont identifiĂ©s respectivement dans seulement 62 et 14 communes alors que la carte des alĂ©as Ă©tablie Ă  partir des donnĂ©es Eurosion met en Ă©vidence 126 communes dont le linĂ©aire cĂŽtier est soumis Ă  l’érosion, au sein desquelles les enjeux humains et bĂątis ont Ă©tĂ© progressivement accumulĂ©s en arriĂšre du trait de cĂŽte pour plus de 80 d’entre-elles. Ces enjeux sont constituĂ©s par les personnes et les biens installĂ©s sur ces territoires : zones bĂąties rĂ©sidentielles ou Ă  vocation Ă©conomique (industries, artisanat ou exploitations agricoles) et rĂ©seaux qui les desservent. Tous sont susceptibles d'ĂȘtre impactĂ©s par ces alĂ©as. Pour le risque d'Ă©rosion du trait de cĂŽte, tout comme pour le risque de submersion, les dĂ©nominations utilisĂ©es posent problĂšme car il apparaĂźt que l’érosion du trait de cĂŽte et le recul des falaises sont, dans nombre de cas, assimilĂ©s au risque mouvement de terrain, tandis que le risque inondation dans certaines communes n’est pas systĂ©matiquement distinguĂ© en submersion ou inondations liĂ©es aux eaux continentales, d’oĂč l’apparente absence de risques cĂŽtiers dans certaines communes littorales.

Des confusions apparaissent ainsi dans la dĂ©nomination des risques qui brouillent de maniĂšre importante la comparaison d’une commune Ă  l’autre et, plus encore, d’un dĂ©partement Ă  l’autre. De ce fait, la distribution gĂ©ographique des diffĂ©rents risques identifiĂ©s dans la rĂ©gion montre une certaine hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© dans leur recensement Ă  l’échelle des dĂ©partements. MalgrĂ© l’anciennetĂ© de ces dĂ©marches de recensement des risques naturels, il apparaĂźt que les limites administratives l’emportent encore sur la rĂ©alitĂ© de la distribution des phĂ©nomĂšnes. Ainsi, visiblement, leur identification a Ă©tĂ© plus poussĂ©e dans les communes des CĂŽtes-d’Armor. C’est le cas en particulier pour le risque atmosphĂ©rique et pour les risques littoraux qui ne sont, par exemple, pas identifiĂ©s en tant que tels dans le FinistĂšre.

Cette approche par les DDRM n’est, par consĂ©quent, pas suffisante tant que, d’une part, l’homogĂ©nĂ©isation du recueil de l’information servant Ă  dĂ©finir les risques naturels ne sera pas rĂ©alisĂ©e Ă  l’échelle rĂ©gionale et nationale, et que d’autre part, chaque risque naturel identifiĂ© sera, par ailleurs, attribuĂ© Ă  l’ensemble du territoire communal mĂȘme si, comme c’est souvent le cas, il ne concerne qu’une petite partie de la commune. Ainsi, pour certains alĂ©as tels que les inondations pour lesquels une cartographie prĂ©cise des zones affectĂ©es a pu ĂȘtre, Ă  l’heure actuelle, rĂ©alisĂ©e, il apparaĂźt que les territoires concernĂ©s sont gĂ©nĂ©ralement limitĂ©s aux fonds de vallĂ©e sur des sections de cours d’eau. Enfin, en attribuant un ou des risques Ă  un territoire communal, une information relative Ă  l’intensitĂ© des alĂ©as faciliterait la comprĂ©hension de leur distribution gĂ©ographique.

L’analyse et la cartographie des statistiques d’ArrĂȘtĂ©s de « catastrophe naturelle Â» (Catnat) par commune inventoriĂ©e dans la base de donnĂ©es Gaspar Ă©tablie Ă  partir de 1982, permet de disposer d’un second indicateur de risques « naturels Â». Gaspar a Ă©tĂ© Ă©tablie dans le but de construire une mĂ©moire des catastrophes naturelles passĂ©es en France et, de ce fait, de constituer une information de rĂ©fĂ©rence sur les alĂ©as et les dommages consĂ©cutifs de leur survenue. Y sont ainsi consignĂ©s tous les arrĂȘtĂ©s de catastrophe naturelle enregistrĂ©s depuis 1982 pour chaque commune de France (http://macommune.prim.net/gaspar/). En Bretagne, selon la typologie de ces Catnat (1982 Ă  2010), ce sont les inondations associĂ©es Ă  des coulĂ©es de boue (2777 communes concernĂ©es), les tempĂȘtes (1275 communes concernĂ©es) ainsi que les inondations associĂ©es Ă  des coulĂ©es de boue et des mouvements de terrain (1117 communes concernĂ©es) qui, donnent lieu au plus grand nombre d’arrĂȘtĂ©s.


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Les chocs mĂ©caniques liĂ©s Ă  l’action des vagues associĂ©s ou non Ă  des inondations, des coulĂ©es de boue ou encore des mouvements de terrain justifient ensuite quelques centaines d’arrĂȘtĂ©s de Catnat, tandis que les autres phĂ©nomĂšnes ne reprĂ©sentent plus que quelques dizaines de cas, voire quelques cas isolĂ©s (effondrements de terrain, Ă©boulements rocheux, sĂ©ismes, etc
). Tous types confondus, de 1982 Ă  2010, la totalitĂ© des communes de la rĂ©gion a Ă©tĂ© concernĂ©e par au moins un arrĂȘtĂ© tandis que 13 d’entre-elles ont connu entre 11 et 13 arrĂȘtĂ©s de Catnat en 28 ans, soit une reconnaissance d’état de catastrophe naturelle tous les 2 ans environ pour ces derniĂšres, la moyenne pour l’ensemble des communes s’établissant aux environs de 4 (3,96) en 28 ans, soit un arrĂȘtĂ© tous les 7 ans. Depuis 1982, aucune annĂ©e n’a Ă©tĂ© exemptĂ©e d’au moins un arrĂȘtĂ© et l’annĂ©e 2002, avec seulement 4 Catnat, est l’annĂ©e la moins pourvue. A l’inverse, les annĂ©es 1987 (1276 cas), 1995 (743 cas) et les annĂ©es successives 1999, 2000 et 2001 (respectivement 1542, 260 et 311 cas) ont Ă©tĂ© particuliĂšrement marquĂ©es par les catastrophes naturelles (ouragan, tempĂȘtes et inondations). A cĂŽtĂ© de ces annĂ©es trĂšs dĂ©favorables, les annĂ©es 2008 et 2010, bien qu’affectĂ©es, entre autres, par les fortes tempĂȘtes Johanna puis Xynthia, notamment sur les communes littorales de la rĂ©gion, apparaissent modĂ©rĂ©ment marquĂ©es (respectivement 168 et 226 arrĂȘtĂ©s de Catnat) : leur intensitĂ© n'a pas atteint celle de l'ouragan des 15 et 16 octobre 1987, qui pour la derniĂšre moitiĂ© du 20e siĂšcle reste la rĂ©fĂ©rence en la matiĂšre.

Les inondations qui sont le type de catastrophe naturelle le plus fréquent dans la région sont particuliÚrement intéressantes à suivre du point de vue de leur distribution géographique et de leur chronologie.


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Ce type d’analyse spatio-temporelle rĂ©alisĂ©e Ă  l’échelle rĂ©gionale montre tout l’intĂ©rĂȘt de l’utilisation des Catnat comme indicateur de risque naturel. A travers les cartographies produites, il est ainsi possible de mettre en Ă©vidence non seulement les annĂ©es propices aux inondations mais Ă©galement l’emprise gĂ©ographique et le « dĂ©placement Â» de ces catastrophes naturelles (en gardant en tĂȘte que ce sont les territoires communaux qui sont concernĂ©s par les arrĂȘtĂ©s et pas uniquement les lieux ayant subi l’inondation). En 1995 les inondations ont concernĂ© la presque totalitĂ© de la rĂ©gion. En 2000 et 2001 elles se sont produites successivement Ă  l’ouest puis au sud de la rĂ©gion.

NĂ©anmoins, cette source de donnĂ©es pose aussi plusieurs problĂšmes mĂ©thodologiques. D’une part, cette base de donnĂ©es inventorie les arrĂȘtĂ©s ministĂ©riels de reconnaissance des Ă©tats dits de « catastrophe naturelle Â» qui font suite aux demandes des maires en vue de l’indemnisation des victimes par les assurances. Il ne s’agit donc pas de statistiques sur les alĂ©as, ni mĂȘme sur les dommages rĂ©els, mais sur les demandes d’indemnisation qui fluctuent selon la rĂ©activitĂ© des communes, leurs connaissances des procĂ©dures et les pressions exercĂ©es par les riverains.

D’autre part, la typologie des alĂ©as utilisĂ©e dans cette base, si elle convient aux procĂ©dures d’indemnisation, ne correspond pas toujours Ă  la rĂ©alitĂ© du terrain. Elle diffĂšre par ailleurs quelque peu de la nomenclature utilisĂ©e pour la dĂ©finition des risques naturels et connaĂźt, dans son utilisation, les mĂȘmes travers liĂ©s au vocabulaire dĂ©finissant les risques qui conduit, par exemple, Ă  distinguer ou non les processus littoraux des processus continentaux. Il est par exemple quasiment impossible d’y distinguer un processus d’érosion cĂŽtiĂšre d’un glissement de versant. Beaucoup de prĂ©cautions sont donc nĂ©cessaires pour analyser ces donnĂ©es qui nous fournissent nĂ©anmoins des indications prĂ©cieuses sur les risques naturels.

Les principaux alĂ©as « naturels Â» Ă  laquelle la Bretagne est exposĂ©e sont donc les inondations, l’érosion cĂŽtiĂšre et les submersions. Ces alĂ©as ont pour origine des phĂ©nomĂšnes mĂ©tĂ©orologiques (vents, prĂ©cipitations, pression atmosphĂ©rique) et leurs effets sur la mer (vagues, houles et surcotes marines), ainsi qu’à des phĂ©nomĂšnes astronomiques (marĂ©es). Lorsque ceux ceux-ci sont conjuguĂ©s (tempĂȘte et pleine mer de vive-eau) ils entraĂźnent souvent d'importants dĂ©gĂąts sur les cĂŽtes et les fonds d’estuaires anthropisĂ©s. Par ailleurs, les tempĂȘtes peuvent aussi engendrer des dommages, Ă  la fois sur le continent, et en mer en termes de naufrages et, parfois, de marĂ©es noires. Ce fĂ»t le cas, pour ne citer que les plus tristement cĂ©lĂšbres et les plus importantes d'entre elles, en 1967 avec le Torrey-Canyon (cĂŽtes de Granit Rose), en 1978 avec l'Amoco-Cadiz (de la baie d'Audierne Ă  la baie de Saint-Brieuc), en 1999 avec l'Erika (quelques secteurs de cĂŽte du sud et de l'est de la rĂ©gion), et en 2002 avec le Prestige (cĂŽtes sud de la rĂ©gion).

Mais les alĂ©as seuls ne permettent pas d’analyser les risques : il est en effet nĂ©cessaire de les croiser avec les enjeux (c'est-Ă -dire les biens exposĂ©s Ă  l’alĂ©a) pour comprendre la vulnĂ©rabilitĂ© d’un territoire. Les arrĂȘtĂ©s de catastrophes naturelles, de plus en plus frĂ©quents reflĂštent moins une croissance des alĂ©as qu’une faible maĂźtrise des enjeux et tout particuliĂšrement des constructions rĂ©alisĂ©es ces derniĂšres dĂ©cennies dans des secteurs exposĂ©s Ă  de forts alĂ©as.



L’émergence du risque

La frange cĂŽtiĂšre est caractĂ©risĂ©e par une mobilitĂ© permanente et particuliĂšrement rapide Ă  l’échelle du temps gĂ©ologique, mais aussi Ă  l’échelle humaine. ParallĂšlement, depuis le dix-huitiĂšme siĂšcle, des enjeux sans cesse grandissants se sont concentrĂ©s sur cet espace Ă©troit et mouvant.

Recul du trait de cĂŽte vers la terre, glissement des installations humaines vers la mer, Ă©volution naturelle et l’occupation humaine du rivage ont abouti au cours du siĂšcle passĂ© Ă  un prĂ©visible "tĂ©lescopage". Ces dynamiques convergentes sont Ă  l’origine de l’émergence, puis de la multiplication des risques liĂ©s Ă  la mobilitĂ© du trait de cĂŽte, qui tendent Ă  se gĂ©nĂ©raliser sur la plupart des littoraux urbanisĂ©s du monde. Elles sont explicitĂ©es dans le texte placĂ© dans le TIROIR MILIEU NATUREL.


En Bretagne, comme dans beaucoup de rĂ©gions françaises littorales et (ou) touristiques, la multiplication des constructions en zones inondables ou submersibles reste la cause principale de l’augmentation de la vulnĂ©rabilitĂ© ; les derniĂšres tempĂȘtes comme Johanna en 2008 et plus cruellement Xynthia en 2010 l’ont rĂ©cemment rappelĂ©. Une meilleure culture du risque intĂ©grant la comprĂ©hension et l’acceptation des dynamiques naturelles, cĂŽtiĂšres et hydrologiques, permettrait de rĂ©duire la demande de constructions en zones exposĂ©es. La rĂ©cente directive europĂ©enne « inondation Â»1, ainsi que la relance et la rĂ©vision des PPRL (Plans de PrĂ©vention des Risques Littoraux) suite au drame de Xynthia devraient Ă©galement contribuer Ă  renforcer la vigilance sur la maĂźtrise de l’occupation des sols et donc Ă  diminuer la vulnĂ©rabilitĂ© des territoires.



L'ouragan des 15-16 octobre 1987 en Bretagne

La Bretagne est sous l'influence des flux atmosphĂ©riques d'ouest des latitudes tempĂ©rĂ©es dans lesquels, notamment en saison hivernale, se dĂ©veloppent des tempĂȘtes en association avec des perturbations actives. Ces Ă©vĂ©nements mĂ©tĂ©orologiques sont nĂ©cessairement associĂ©s Ă  de faibles pressions atmosphĂ©riques. La tempĂȘte correspond Ă  la force 10 de l’échelle anĂ©momĂ©trique de Beaufort avec des vents dont la vitesse moyenne est supĂ©rieure Ă  89 km/h, soit 48 nƓuds. Elle est qualifiĂ©e de violente tempĂȘte lorsque la force 11 (vitesse de vents de 103 Ă  117 km/h) est atteinte, puis d'ouragan pour la force 12 (vitesse de vent dĂ©passant les 118 km/h). La puissance du vent Ă©tant proportionnelle au carrĂ© de sa vitesse, lorsque sa vitesse double, sa puissance destructrice est multipliĂ©e par quatre. Ainsi, pour une vitesse de 50 km/h, sa puissance est de 13 kg/mÂČ. Elle est de 51 kg/mÂČ pour un vent de 100 km/h et passe Ă  204 kg/mÂČ pour un vent de 200 km/h. Ce sont les tempĂȘtes de forte intensitĂ© et de faible frĂ©quence d'apparition qui ont les plus forts impacts et qui, de fait, marquent le plus les mĂ©moires. A cet Ă©gard, la forte tempĂȘte qui a traversĂ© la Bretagne du sud au nord dans la nuit du 15 au 16 octobre 1987 reste une rĂ©fĂ©rence.

Ouragan1987 Trajectoires-1.jpg


Elle fut qualifiĂ©e d'ouragan puisque les vents ont, sur une grande partie de sa trajectoire continentale, dĂ©passĂ© le seuil des 118 km/h pour atteindre localement des vitesses proches de 220 km/h tandis que la pression atmosphĂ©rique s'abaissait Ă  948 hPa. En mer, des vagues de 12 Ă  18 m ont alors Ă©tĂ© observĂ©es en Manche. Elle provoqua la mort de 4 personnes et des dommages considĂ©rables au bĂąti, aux rĂ©seaux aĂ©riens d'Ă©lectricitĂ© et de tĂ©lĂ©phone, aux installations portuaires,
 et Ă  la forĂȘt bretonne. Le quart de cette forĂȘt fut alors dĂ©vastĂ©.

Ouragan1987 Vents-1.jpg


Dans les rĂ©gions littorales, les tempĂȘtes les plus redoutĂ©es sont celles qui associent des vents de mer de forte intensitĂ©, de basses pressions atmosphĂ©riques et une pleine mer de vives eaux. Ce sont lĂ  les conditions propices Ă  la gĂ©nĂ©ration d'une surcote, c'est-Ă -dire Ă  une Ă©lĂ©vation supplĂ©mentaire du niveau de la mer par rapport au niveau prĂ©dit par les annuaires de marĂ©e et, par consĂ©quent, Ă  une augmentation des risques cĂŽtiers d'Ă©rosion et de submersion ainsi que le renforcement du risque d'inondation Ă  l’intĂ©rieur des terres par ralentissement des Ă©coulements fluviatiles. Lors de l'ouragan de 1987, la surcote engendrĂ©e par les vents violents poussant la mer vers les cĂŽtes (surcote dite anĂ©momĂ©trique) et l'Ă©lĂ©vation du niveau de la mer liĂ©e aux faibles pressions atmosphĂ©riques (surcote baromĂ©trique) se sont conjuguĂ©es. C'est, au final, une surcote totale de 1,45 m qui a Ă©tĂ© enregistrĂ©e par le marĂ©graphe de Brest.


Ouragan1987 Surcotes-1.jpg

Une surcote d'une telle ampleur, qui ne tient pas compte de l'Ă©lĂ©vation supplĂ©mentaire liĂ©e Ă  la hauteur des vagues gĂ©nĂ©rĂ©es par les vents violents, n'avait jamais Ă©tĂ© mesurĂ©e auparavant. A titre de comparaison, cette surĂ©lĂ©vation est proche de la surcote de 1,53 m enregistrĂ©e Ă  La Rochelle et dĂ©passe celle de 1,16 m observĂ©e en fĂ©vrier 2010 Ă  Saint-Nazaire lors de la tempĂȘte Xynthia qui s'est produite avec des coefficients de marĂ©e de 102.ConjuguĂ©e Ă  une pleine mer de vives-eaux, la surcote associĂ©e Ă  l'ouragan de 1987 aurait certainement produit une onde de tempĂȘte et alourdit les bilans humains et matĂ©riels. Par chance, les coefficients de la marĂ©e de ces deux jours Ă©taient faibles : 25 et 24.

CoĂŻncidant avec des coefficients de marĂ©e de 106 le matin et 104 l'aprĂšs midi, la tempĂȘte Johanna du 10 mars 2008 a produit de trĂšs nombreux dommages sur les littoraux du nord-ouest de la France et particuliĂšrement sur la rĂ©gion. De nombreux cas de submersion se sont produits du sud de la Bretagne Ă  la Haute-Normandie, de fortes Ă©rosions du trait de cĂŽte ont Ă©tĂ© observĂ©es dans le FinistĂšre et des dommages importants sur les habitations, les infrastructures portuaires et les ouvrages de dĂ©fense contre la mer ont pu ĂȘtre alors constatĂ©s.

Directive 2007/60/CE 23 octobre 2007.




RĂ©fĂ©rences bibliographiques :

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TIROIR : Milieu naturel


La cĂŽte, territoire Ă  risques

Auteur : Catherine Meur-FĂ©rec



L’émergence du risque

La frange cĂŽtiĂšre est caractĂ©risĂ©e par une mobilitĂ© permanente et particuliĂšrement rapide Ă  l’échelle du temps gĂ©ologique, mais aussi Ă  l’échelle humaine (cf. chapitre I, partie 2.2). ParallĂšlement, depuis le dix-huitiĂšme siĂšcle, des enjeux sans cesse grandissants se sont concentrĂ©s sur cet espace Ă©troit et mouvant (cf. chapitre I, partie 2.3).

Recul du trait de cĂŽte vers la terre, glissement des installations humaines vers la mer, l’évolution naturelle et l’occupation humaine du rivage ont abouti au cours du siĂšcle passĂ© Ă  un prĂ©visible "tĂ©lescopage". Ces dynamiques convergentes sont Ă  l’origine de l’émergence, puis de la multiplication des risques liĂ©s Ă  la mobilitĂ© du trait de cĂŽte, qui tendent Ă  se gĂ©nĂ©raliser sur la plupart des littoraux urbanisĂ©s du monde. (Meur-FĂ©rec et Morel, 2004 (1)).



Cette émergence des risques est le fruit des dynamiques spatio-temporelles de l'éco-sociosystÚme cÎtier. Ainsi, "en fonctionnant, les composantes d'un systÚme géographique se transforment et suscitent des phénomÚnes d'émergence" (Lussault, 1997). Dans les théories de la complexité (Dauphiné, 2003), "l'émergence est assimilable à l'apparition de nouvelles propriétés dans un ensemble donné". Dans le systÚme complexe de l'espace cÎtier, l'émergence au dix-neuviÚme siÚcle, puis l'accroissement au vingtiÚme siÚcle, des risques constituent bien une "nouveauté". Toujours selon A. Dauphiné, "Ce qui qualifie un phénomÚne émergent, c'est une propriété collective, mais absente dans chaque élément du systÚme." L'élément "naturel" du systÚme, d'une part, ne présente pas de caractÚre de risque puisque la mobilité du trait de cÎte ne pose de problÚme que lorsqu'il y a des enjeux. L'élément "humain", d'autre part ne présente pas en soi non plus un risque, puisque c'est sa position prÚs de la cÎte qui le rend vulnérable. C'est donc bien le fonctionnement du systÚme, combinant deux dynamiques convergentes, qui conditionne l'émergence de l'objet risque sur le territoire cÎtier. Ce sont les conditions de cette émergence que V. November (2002) appelle "la spatialité du risque". Les risques liés à la mobilité du trait de cÎte seraient ainsi des risques trÚs fortement "territorialisés" puisque attachés et intrinsÚquement liés à des particularités territoriales.



Les logiques du choix d'investir ce territoire Ă  risques

MĂȘme si chacun n'en mesure pas l'ampleur, les risques cĂŽtiers, et les difficultĂ©s de gestion ainsi que les coĂ»ts financiers qui en dĂ©coulent, sont connus depuis plus d'un siĂšcle, au moins des propriĂ©taires fonciers et des services de l'État. Les archives du Service Maritime des ports de Boulogne et Calais, entre autres, tĂ©moignent de la relativitĂ© de cette "nouveautĂ©". Ainsi, le rapport d’un ingĂ©nieur des travaux publics fait Ă©tat de la situation critique soulevĂ©e dĂšs 1884 par les propriĂ©taires de dunes qui avaient perdu plus de 30 mĂštres de terrain en moins de 20 ans (figure 17).


Rapport-1885.jpg


On peut alors se poser la question : pourquoi la pression urbaine et touristique reste-t-elle aussi forte sur ce territoire Ă  risques qu'est la frange cĂŽtiĂšre ? (Meur-FĂ©rec, 2002 (2))

Une des raisons principales pour s'installer à proximité immédiate du trait de cÎte est certainement l'agrément que procure cette situation. La vue sur mer, l'accÚs direct à la plage constituent ce que les économistes appellent des aménités, trÚs prisées dans nos sociétés urbaines contemporaines (Longuépée, 2003). Cet héliotropisme (Corlay, 1995) est exploité par les agences immobiliÚres (figure 18) qui jouent sur cette attirance pour la mer en mettant en avant une "situation exceptionnelle face à l'océan", "les pieds dans l'eau", etc.


Voix du Nord.jpg


Pourtant, la mer est un Ă©lĂ©ment ambivalent dans le systĂšme des risques cĂŽtiers. Vecteur d'amĂ©nitĂ©s, elle est aussi source de risques (Morel, Deboudt, Herbert, LonguĂ©pĂ©e., Meur-FĂ©rec, 2004 (3)). En effet, la mer est d'une part le moteur des alĂ©as cĂŽtiers (submersion, Ă©rosion), mais d'autre part, ses ressources (pĂȘche, ports) et les amĂ©nitĂ©s procurĂ©es par sa proximitĂ© (vue, bain, ambiance) sont Ă  l'origine de la multiplication des enjeux sur la frange cĂŽtiĂšre. Ainsi, c'est le caractĂšre ambivalent de la mer qui gĂ©nĂšre Ă  la fois les alĂ©as et les enjeux dont la combinaison crĂ©e les risques cĂŽtiers. Si l'eau Ă©tait seulement dangereuse, personne ne chercherait Ă  s'installer Ă  proximitĂ© et si elle Ă©tait uniquement source d'agrĂ©ments, il n'y aurait pas d'alĂ©a et donc aucun risque (4).

Un autre argument de poids pour investir en bord de mer est l'intĂ©rĂȘt Ă©conomique Ă©vident, du moins Ă  court terme. Un restaurant, un hĂŽtel, un bar ou un logement aura beaucoup plus de valeur Ă©conomique s'il donne directement sur le front de mer. À titre d'exemple, Ă  Bray-Dune (59), le prix de vente dans un immeuble neuf bĂąti sur le digue est en moyenne de 1500 €/mÂČ avec vue "sur l'arriĂšre" contre 2 300 €/mÂČ cĂŽtĂ© mer. La vue sur mer entraĂźne donc ici, Ă  elle seule, une plus value de l'ordre de 50 % (Agence des Dunes, Dunkerque, communication personnelle, 2003).

Mais l'Ă©chelle de temps Ă  laquelle se fait ce calcul nuance le raisonnement. Si l'on se place dans une logique de court ou moyen terme (celui d'une vie humaine au maximum), les arguments pour l'occupation du rivage, qui sont surtout le fait des particuliers et des entreprises privĂ©es, l'emportent largement. En revanche, dans un raisonnement Ă  long terme d'amĂ©nagement et de dĂ©veloppement "durables", qui Ă©mane normalement des collectivitĂ©s territoriales et surtout de l'État, le bilan pencherait plutĂŽt vers les "contre".

Ceci nous amĂšne Ă  considĂ©rer qu'il est essentiel, pour comprendre, d'identifier les acteurs qui profitent de la prise de risques et ceux qui prennent les risques (November, 2004 ; Ziegler et al., 1983). Ce ne sont souvent pas les mĂȘmes. Ainsi par exemple, les promoteurs immobiliers bĂątissent, puis vendent, les appartements Ă  des particuliers qui assureront les frais d'entretien et se retourneront vers les pouvoirs public en cas de catastrophe "naturelle" (dĂ©fense contre la mer financĂ©e essentiellement par des crĂ©dits publics, fonds d'indemnisation) (cf. partie 1.2.2). En cas de risque avĂ©rĂ©, on assiste classiquement Ă  un glissement de la sphĂšre du privĂ© (promoteur, exploitants, particuliers) vers celle du public.

En sus de l'attrait de la mer et des arguments économiques qui y sont liés, l'occupation du trait de cÎte reflÚte un certain déni des contraintes naturelles. Ainsi, la méconnaissance parfois, mais surtout la non prise en compte de la mobilité intrinsÚque des cÎtes est un facteur de la croissance des risques cÎtiers. Les fortes contraintes environnementales de la frange cÎtiÚre n'ont souvent pas été perçues dans toute leur importance, soit en raison d'une mémoire collective trop courte, soit à cause d'une confiance aveugle dans l'ingénierie ou l'interventionnisme des pouvoirs publics (Miossec, 1993). Ce déni des contraintes naturelles, qui se matérialise encore par des projets de nouvelles constructions dans des zones de fort aléa (Berck, 62), accroßt considérablement les enjeux et donc la vulnérabilité.

Certaines rĂ©actions sont rĂ©vĂ©latrices de cette dĂ©responsabilisation et de cette insouciance. Ainsi, les personnes concernĂ©es semblent souvent ne pas avoir pris conscience du risque avant l'Ă©vĂ©nement catastrophique, d'oĂč un sentiment de surprise ou de colĂšre, voire un vĂ©ritable traumatisme. Ainsi, dans La Voix du Nord du 27/09/2001 au sujet de l'Ă©rosion de la falaise de Wimereux (62), on dĂ©crit des " propriĂ©taires dĂ©sireux de comprendre ce qui se passe et dont le moral, pour certains, semble s'effriter aussi vite que la falaise ". On parle aussi de " coĂ»ts humains difficilement supportables " comme le " dĂ©racinement qu'il (le risque d'Ă©rosion) laisse prĂ©sager pour de trĂšs vieilles familles locales, souvent issues de la pĂȘche, et trĂšs attachĂ©es Ă  leur quartier " (La Gazette du Nord-Pas-de-Calais, 6-9 oct 2001). On peut s'Ă©tonner cependant que d'anciennes familles de pĂȘcheurs n'aient aucune notion sur l'Ă©rosion des falaises cĂŽtiĂšres


On touche lĂ  un autre type de raisonnement, l'appropriation du territoire, souvent prĂ©sentĂ©e comme ancestrale, traditionnelle et identitaire. Ces arguments sont essentiellement avancĂ©s par des particuliers, des associations de propriĂ©taires possĂ©dant des constructions en bord de mer ou des Ă©lus dĂ©fendant leur Ă©lectorat. On constate en effet que, mĂȘme si les propriĂ©tĂ©s sont manifestement sujettes Ă  l'Ă©rosion, inondables ou en voie d'ensablement, elles seront nĂ©anmoins, et peut ĂȘtre d'autant plus, dĂ©fendues et investies. Cette rĂ©action frĂ©quente peut ĂȘtre illustrĂ©e par le cas des Bas-champs de Cayeux (80) oĂč " la protection de 1 600 hectares de terres agricoles, habitĂ©es par une dizaine de personnes, est estimĂ©e Ă  130 millions de francs pour les dix annĂ©es Ă  venir " (Regrain, 1992). Cette position de dĂ©fense acharnĂ©e relĂšve Ă  la fois d'un attachement Ă  un patrimoine personnel, souvent transmis par hĂ©ritage, mais aussi probablement d'une volontĂ© de ne pas cĂ©der devant les forces de la nature. Ainsi par exemple, au sujet de maisons menacĂ©es d'effondrement en sommet de falaise, le maire de Wimereux dĂ©fendait en 2001 les travaux de protection : " Pas question de ne rien faire. La municipalitĂ© veut absolument prĂ©server ce quartier urbanisĂ© " (La Voix du Nord, 14/09/2001). " Sans ces constructions, nous laisserions faire la nature " (La Gazette Nord-Pas-de-Calais, 6-9 oct. 2001). Cette position s'apparente Ă  un rĂ©flexe de dĂ©fense de la propriĂ©tĂ©, parfois en dehors de toutes considĂ©rations Ă©conomiques et Ă©thiques. Ainsi, mĂȘme si les coĂ»ts de dĂ©molition et d'indemnisation (gĂ©nĂ©ralement supportĂ©s par la collectivitĂ©) sont bien infĂ©rieurs aux coĂ»ts de protection, les propriĂ©taires essaient gĂ©nĂ©ralement, dans un premier temps du moins, de protĂ©ger ou de faire protĂ©ger leurs biens.

Les raisons sont donc multiples pour s'implanter et défendre ses positions sur la frange cÎtiÚre. Pourtant, elles sont aussi nombreuses, surtout à long terme, pour ne pas le faire. Finalement, c'est l'équilibre dynamique de chaque situation, de chaque sous éco-socio-systÚme cÎtier, qui détermine au cas par cas les décisions en matiÚre de construction et de défense du bùti. La passion des débats reflÚte en tous cas la force de l'appropriation et de l'investissement du territoire cÎtier.

Dans ce contexte, de quelles façons les politiques publiques peuvent-elles contrĂŽler, ou tout au moins rĂ©guler l'occupation de la cĂŽte et gĂ©rer l'accroissement de la vulnĂ©rabilitĂ© face aux risques naturels ? Comment peuvent-elles tenter d'inverser la tendance d'un bilan oĂč les avantages Ă  s'installer sur la frange cĂŽtiĂšre restent pour beaucoup (mais pas pour la collectivitĂ©) supĂ©rieurs aux inconvĂ©nients ?



Notes :

1) Meur-FĂ©rec C. et Morel V. (2004) L'Ă©rosion sur la frange cĂŽtiĂšre : un exemple de gestion des risques. Nature Science et SociĂ©tĂ© 12, p. 263-273.

2) Meur-Férec C, (2002) L'occupation du littoral, ou le choix d'investir un territoire à risques. Océanis, n° 28, 1-2, p. 115-137.

3) Morel V., Deboudt Ph., Herbert V., LonguĂ©pĂ©e J.,Meur-FĂ©rec C. (2004) L’ambivalence de l’eau, vecteur d’amĂ©nitĂ©s et de risques, sur les territoires cĂŽtiers. Acte du sĂ©minaire "Les territoires de l'eau", UniversitĂ© d'Artois, 26 mars 2004. Revue Ă©lectronique DĂ©veloppement Durable et Territoires, p 142-155.

4) Cette logique s'applique également sur le bord des cours d'eau, comme l'a démontré J. Longuépée dans sa thÚse de doctorat en économie (2003).



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