Géographie de la Bretagne/Le tertiaire

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Sommaire

Le tertiaire (1994)

Auteur : Michel Phlipponneau




L'Ă©volution du secteur tertiaire en Bretagne de 1990 Ă  2014

Auteur : Pierre-Yves Le Rhun


Le secteur tertiaire se dĂ©finit comme l’ensemble des activitĂ©s Ă©conomiques ne relevant ni de l’agriculture, ni de l’industrie. On le subdivise en gĂ©nĂ©ral en quatre domaines : transports, commerce, services marchands et services non marchands.

En Bretagne le tertiaire en 1990 employait 896 000 personnes, soit 62 % des actifs. En 2012 cette proportion est passĂ©e Ă  74,6 % dans la rĂ©gion Bretagne. En Loire Atlantique ce pourcentage atteint 78,4 %, ce qui donne 76,02 %. pour la Bretagne intĂ©grale. La croissance du secteur tertiaire que Michel Phlipponneau signalait en 1994 s’est donc poursuivie au point que sa domination devient Ă©crasante. Les services non marchands ayant conservĂ© leur importance relative, ce sont les services marchands qui ont le plus progressĂ© par rapport aux secteurs primaire et secondaire. Les tableaux ci-dessous permettent d’apprĂ©cier l’importance acquise par les emplois du secteur tertiaire par rapport Ă  l’ensemble des actifs travaillant en Bretagne.


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On constate d’abord que le pourcentage du total des emplois tertiaires bretons est trĂšs proche de la moyenne française. Si la comparaison se fait avec les autres rĂ©gions en Ă©cartant Paris, cette moyenne s’abaisse Ă  76,1 %, soit seulement 3 points de plus que la Bretagne et moins que l’Ille et Vilaine et la Loire Atlantique. On peut donc affirmer que le « grand rattrapage Â» Ă©voquĂ© par Michel Phlipponneau est terminĂ©.

Les dĂ©partements qui comptent le plus d’emplois tertiaires sont ceux qui sont dotĂ©s des plus grandes villes. L’effet mĂ©tropole est Ă©vident en Loire Atlantique et Ille et Vilaine, et plus faiblement dans le FinistĂšre oĂč Brest n’a pas la taille de Rennes.

Il ne faudrait pas que ces tableaux donnent Ă  penser que les secteurs agricole et industriel sont d’une importance mineure, voire marginale. En fait le secteur primaire est la base d’une filiĂšre offrant de nombreux emplois dans l’industrie de transformation des produits agricoles et maritimes. Il faudrait leur ajouter les emplois des services Ă  l’agriculture et aux entreprises agro-alimentaires. Le tout constitue un ensemble d’entreprises et de salariĂ©s dont l’activitĂ© joue un rĂŽle fondamental dans l’économie de la rĂ©gion Bretagne. La mĂȘme remarque s’applique Ă  l’industrie. Les entreprises ont de plus en plus tendance Ă  confier des tĂąches Ă  des sociĂ©tĂ©s spĂ©cialisĂ©es. Lorsqu’il s’agit de fabriquer des piĂšces dĂ©tachĂ©es, c’est une activitĂ© industrielle Ă  classer dans le secteur secondaire. Mais de plus en plus de services sont sollicitĂ©s. Si les banques et assurances ont Ă©paulĂ© l’industrie depuis ses dĂ©buts, les entreprises frĂ©quemment font maintenant appel aux compĂ©tences des conseillers juridiques, des recruteurs de main d’Ɠuvre, des transporteurs, des spĂ©cialistes de l’électronique, de la communication, etc
Autant d’activitĂ©s classĂ©es dans le secteur tertiaire marchand. L’industrie demeure une base indispensable pour fixer la population en offrant ses emplois et en assurant une clientĂšle solvable aux services Ă  la population. Ce rĂŽle apparaĂźt en pleine lumiĂšre lorsque ferme une entreprise industrielle en milieu rural avec des consĂ©quences sociales dĂ©sastreuses.</font></font></p>


Une autre approche des secteurs Ă©conomiques


Pour mieux saisir l’évolution des secteurs Ă©conomiques, l’Insee les classe aussi en fonction de leur relation au territoire. Les emplois « prĂ©sentiels Â» rĂ©pondent aux besoins des habitants d’un territoire mais aussi des touristes. Ils se situent dans le bĂątiment , le commerce de dĂ©tail, la santĂ©, l’action sociale, l’éducation, les services aux personnes, l’administration. Toutes ces activitĂ©s nĂ©cessitent la prĂ©sence des acteurs sur place, d’oĂč l’adjectif «prĂ©sentiel Â».

Les emplois « productifs Â» se trouvent dans les activitĂ©s qui sont en capacitĂ© d’exporter des biens ou des services vers d’autres territoires. C’est le cas de l’agriculture, de l’industrie, du commerce de gros et des services aux entreprises, toutes activitĂ©s exposĂ©es Ă  la concurrence internationale. Cette classification a permis Ă  l’Insee (1) de mettre en Ă©vidence que, pour la pĂ©riode 1982-2011, les emplois productifs en rĂ©gion Bretagne ont diminuĂ© de 5 %, moins que la moyenne (9 %) des rĂ©gions hors Paris. Cette relative rĂ©sistance classe la Bretagne au 9Ăšme face rang des rĂ©gions. Par ailleurs l’étude confirme que l’activitĂ© productrice sollicite de plus en plus les services du secteur tertiaire. Dans la mĂȘme pĂ©riode, la rĂ©gion Bretagne est au 7Ăšme rang des rĂ©gions pour la croissance des emplois liĂ©s au territoire (+52 % contre +45 % pour la moyenne des rĂ©gions). Leur importance augmente constamment : de 54 % des emplois en 1982 Ă  65 % en 2011 en Bretagne. (2)


1982-2011 : quel bilan de l’évolution spatiale des emplois en Bretagne ?


Les 4 cartes suivantes sont en pj sur le mail de CanĂ©vĂ©t (dans l’ordre 4 3 2 1 )





Lorsqu’il s’agit d’étudier cette Ă©volution spatiale, c’est Ă©videmment l’échelle des zones d’emplois (ZE) qui s’impose. Elles sont au nombre de 22 en Bretagne, dont 18 en rĂ©gion administrative. La superficie des bassins d’emploi dĂ©pend de la taille des agglomĂ©rations et de l’ampleur de leur Ă©talement, ce qui apparaĂźt clairement sur la carte : Rennes et Nantes sont au centre de ZE beaucoup plus vastes que les autres. Au contraire, en l’absence d’une ville moyenne, le Centre-Bretagne ne comprend que des petites ZE.


La croissance de la totalité des emplois en Bretagne

Carte 2 zede.emploi total.pdf

De 1982 Ă  2011 en rĂ©gion Bretagne l’emploi total croĂźt de 25,6 %, plus que la moyenne française (20 % hors Paris) et au 8Ăšme rang des rĂ©gions. Mais les diffĂ©rences entre les ZE sont grandes. A l’ouest la croissance est nettement infĂ©rieure Ă  la moyenne rĂ©gionale. Trois ZE ont mĂȘme perdu des emplois tandis que quatre autres n’ont que faiblement progressĂ©. A l’est la croissance est forte dans le triangle Nantes-Rennes-Vannes qui est aussi l’espace dont la population augmente le plus. Seules deux petites ZE Ă©loignĂ©es des grandes agglomĂ©rations sont Ă  la traĂźne, FougĂšres qui perd des emplois et ChĂąteaubriant qui peine Ă  conserver les siens. La carte fait un bilan global de l’évolution de l’emploi. Il s’agit maintenant de distinguer dans chaque ZE entre les emplois liĂ©s au territoire et ceux qui sont soumis Ă  la concurrence.


La forte croissance des emplois liés au territoire

Sur tout le territoire rĂ©gional, les emplois « prĂ©sentiels Â» ont augmentĂ© de 52 % en moyenne (et davantage avec la Loire Atlantique) dans la pĂ©riode 1982-2011, mais les Ă©carts dans les taux de croissance sont trĂšs importants. Dans la ZE de Redon l’augmentation atteint 79 % et seulement 20 % dans la ZE de Carhaix. Le contraste est-ouest de la carte de l’emploi total se retrouve sur celle des emplois « prĂ©sentiels Â» Ă  quelques nuances prĂšs. A l’est un bloc compact cumule les plus forts taux de croissance Ă  l’exception des deux ZE en difficultĂ© de FougĂšres et ChĂąteaubriant. A l’ouest la croissance est trĂšs nettement plus faible, surtout dans le triangle Morlaix-Guingamp-Carhaix .



Le recul des emplois soumis Ă  la concurrence internationale

Carte 4 zede emploi concurrence.pdf

Pendant la pĂ©riode 1982-2011, la rĂ©gion Bretagne perd 5,1 % de ses emplois « productifs Â» et l’incorporation de la Loire Atlantique, qui progresse lĂ©gĂšrement, annule pratiquement la perte. Cette moyenne relativement honorable dissimule la gravitĂ© du recul de ces emplois dans l’ouest de la pĂ©ninsule. Seul le bloc de l’est rĂ©ussit Ă  les maintenir Ă  l’exception de trois ZE, celle de FougĂšres trĂšs touchĂ©e, ChĂąteaubriant et Redon qui le sont moins. A l’ouest, le recul est gĂ©nĂ©ral et particuliĂšrement dans le triangle dĂ©jĂ  citĂ© auquel s’ajoute la ZE de Lannion. Cette zone a perdu plus du tiers de ses emplois « productifs Â» et comme ce recul n’a pas Ă©tĂ© suffisamment endiguĂ© par la trop faible croissance des emplois « prĂ©sentiels Â», elle a perdu des postes de travail. C’est vĂ©ritablement une zone en crise Ă©conomique et sociale qui s’est manifestĂ©e en 2014 par l’explosion des « Bonnets rouges Â». Ce mouvement a aussi touchĂ© la ZE de Quimper oĂč la perte d’emplois est Ă©galement prĂ©occupante. Il est urgent qu’un plan de relance Ă©conomique soit mis en place.


Sources :

(1) Dans Insee Analyses Bretagne N°15 fĂ©vrier 2015, une Ă©tude d’Isabelle Baudequin « Trente ans de mutations dans les territoires bretons Â»

(2) La comparaison de ces donnĂ©es avec les tableaux prĂ©cĂ©dents n’est pas possible, les bases en sont trĂšs diffĂ©rentes.


Les transports

Les transports sont des services marchands qui constituent un rouage indispensable au fonctionnement de l’économie du territoire, et de plus en plus vital Ă  l’heure de la mondialisation. Ce secteur assure les dĂ©placements des hommes et des marchandises Ă  des Ă©chelles spatiales trĂšs variables et cela avec des actifs en nombre assez limitĂ©.


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Les diffĂ©rences entre les dĂ©partements sont trĂšs fortes. Les emplois sont quatre fois plus nombreux en Loire Atlantique qu’en CĂŽtes d’Armor. L’explication provient de la diffĂ©rence en nombre d’habitants mais elle ne suffit pas : en 2012, le peuplement de la Loire Atlantique (1 309 000 hab.) n’est qu’un peu plus de deux fois supĂ©rieur Ă  celui des CĂŽtes d’Armor (598 000 hab.). En effet la croissance des plus grandes agglomĂ©rations de Bretagne leur impose la nĂ©cessitĂ© d’allonger et de densifier leurs rĂ©seaux des transports en commun pour endiguer la congestion par les automobiles des axes de circulation routiĂšre. A Nantes le tramway et les bus nĂ©cessitent 1 800 employĂ©s, deux fois plus que le mĂ©tro et les bus Ă  Rennes (850), presque quatre fois plus qu’à Brest (460) oĂč se construit une ligne de tramway, et sept fois plus qu’à Lorient (261).


Le commerce

En 1994 l’activitĂ© commerciale Ă©tait en pleine mutation. Les GMS (Grandes et Moyennes Surfaces de vente) se multipliaient en pĂ©riphĂ©rie des villes et mĂȘme dans les petites, au dĂ©triment des petits magasins. En France, sur la pĂ©riode 1980-2010 le chiffre d’affaires des GMS a plus que doublĂ©, passant de moins de 30 milliards d’euros Ă  70 en 2003 et depuis elle plafonne. Pendant ce temps le chiffre des petites surfaces a progressivement baissĂ© de 10 Ă  5 milliards € en 2010. (1) En 2014 la France comptait 12 570 hypermarchĂ©s gĂ©nĂ©ralistes avec des rayons alimentaires, 7 860 spĂ©cialistes de la personne (loisirs, culture
) et 6 830 consacrĂ©s Ă  l’habitation (bricolage, jardinerie, mobilier
). (2


L’ensemble des commerces emploie en Bretagne plus de 200 000 salariĂ©s :

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La nature des activitĂ©s commerciales explique que la rĂ©partition des emplois se calque sur celle de la population. Le poids de l’aire urbaine nantaise fait que la Loire-Atlantique compte un tiers (32 %) des salariĂ©s.

Les GMS gĂ©nĂ©ralistes mĂ©ritent plus d’attention que les autres : en vendant une masse de produits alimentaires, elles participent Ă  la filiĂšre vitale qui ravitaille la population. Leurs surfaces n’ont pas cessĂ© d’augmenter pendant la pĂ©riode 1999-2009 :


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L’ensemble des surfaces de vente des GMS s’est accru de prĂšs de 300 000 m2 de 1999 Ă  2009, soit 32 % d’augmentation. Un tel rythme de croissance est trĂšs supĂ©rieur Ă  celui de la population rĂ©gionale (+7 %). La Loire Atlantique comptait 54 hypers en 2008 et 60 en 2014. La puissance des grands groupes explique que ce dĂ©partement soit celui qui en France a le moins d’épiceries-supĂ©rettes par rapport Ă  sa population. Les autres dĂ©partements bretons ne sont guĂšre mieux pourvus en magasins de proximitĂ© dont le dĂ©clin est en partie compensĂ© par la vitalitĂ© des marchĂ©s en plein air. Dans ce crĂ©neau la Loire Atlantique serait mĂȘme champion des dĂ©partements français.


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Carte des hypermarchés (mail de Canévet)


On constate sans surprise que la rĂ©partition spatiale des hypermarchĂ©s se calque sur celle de la population, dans la logique d’une stratĂ©gie commerciale. Nantes et Rennes sont trĂšs bien pourvues, les cĂŽtes sont attractives par leur densitĂ© dĂ©mographique et la marĂ©e touristique, bien que brĂšve, est un plus Ă  exploiter. Dans la Bretagne centrale, on trouve plutĂŽt des supermarchĂ©s dont la taille est plus adaptĂ©e aux faibles densitĂ©s du peuplement. La densitĂ© des GMS est telle que l’on pouvait s’attendre Ă  l’arrĂȘt des extensions ou implantations. Au contraire, dans un contexte de concurrence acharnĂ©e, les grandes enseignes ont Ă©largi le champ de leurs activitĂ©s et diversifiĂ© leur gamme alimentaire.


La course aux « drives Â»

En 2003 Auchan lança un nouveau concept de magasin : le client passe sa commande par internet et va la chercher dans un « drive Â» oĂč elle est placĂ©e dans le coffre de sa voiture. Il peut aussi se faire livrer Ă  domicile. Les grands groupes se sont lancĂ©s dans la crĂ©ation de drives incorporĂ©s Ă  l’hypermarchĂ© ou construits dans leur zone d’attraction. En 2014 leur nombre en France (2031) dĂ©passait celui des hypers (2022). (3) En Bretagne en 2014, les 306 de la rĂ©gion plus les 94 de Loire Atlantique font 400 drives, presque le double du nombre des hypers. Cela correspond Ă  une nouvelle projection de l’offre de vente sur l’espace rural. C’est ainsi que l’on trouve des drives dans des chefs-lieux de canton



La multiplication des « supĂ©rettes Â» au centre des villes

Ce sont des supermarchĂ©s dont la surface de vente ne dĂ©passe pas 1 000 m2. Les grandes enseignes ont compris l’intĂ©rĂȘt de possĂ©der un rĂ©seau de supĂ©rettes au plus prĂšs de la clientĂšle. De plus elles fonctionnent sans vastes parkings : les clients se dĂ©placent Ă  pied ou par les transports urbains. Certes la gamme des produits est peu diversifiĂ©e mais elle correspond aux besoins courants des mĂ©nages urbains. Les supĂ©rettes constituent le magasin principal d’une partie des clients, et pour les autres c’est un magasin complĂ©mentaire d’une grande surface.


Les grandes surfaces entrent en force sur le marchĂ© « Bio Â»

En rĂ©gion Bretagne la filiĂšre « Bio Â» connaĂźt une croissance soutenue, par exemple de +8,4 % entre 2007 et 2009. On comptait en 2010 148 magasins dĂ©diĂ©s exclusivement aux produits « Bio Â». Les deux tiers sont des indĂ©pendants et le tiers restant est composĂ© d’associations dont Biocoop est de loin la plus importante. Dans l’ensemble ces magasins ont le choix de leurs fournisseurs et privilĂ©gient les producteurs locaux. (4) Pour alimenter la filiĂšre, les surfaces agricoles françaises ont progressĂ© et dĂ©passĂ© en 2012 le million d’hectares, ce qui reste insuffisant pour satisfaire une demande renforcĂ©e par de puissants acteurs. En effet, face Ă  cet engouement pour la qualitĂ© « Bio Â», les grandes surfaces ont ripostĂ© en crĂ©ant des rayons pour produits « Bio Â» et parfois des extensions de surface de vente. Pour se procurer de la marchandise en quantitĂ© et Ă  prix compĂ©titifs, il a fallu importer, surtout d’Italie et d’Espagne oĂč il semble bien que les normes imposĂ©es aux producteurs « bio Â» soient moins strictes qu’en France. Quoi qu’il en soit, le « Bio Â» gĂ©nĂšre du profit et contribue Ă  donner une meilleure image de la grande distribution.


Les GMS et l’identitĂ© bretonne

Les GMS de Bretagne se distinguent par leur utilisation de l’identitĂ© rĂ©gionale. Presque tous les hypermarchĂ©s adhĂšrent Ă  « Produit en Bretagne Â» et s’engagent donc Ă  soutenir les productions des membres de cette association. (5) Le sentiment d’appartenance Ă  la Bretagne, trĂšs prĂ©sent dans la population, est un fertile terrain de vente pour les produits rĂ©gionaux, d’autant que le label PEB garantit leur qualitĂ© et leur provenance. En promouvant la production rĂ©gionale, il est incontestable que les GMS contribuent Ă  consolider l’économie et notamment les emplois du secteur alimentaire. Cependant l’ouverture au « Bio Â» et l’adhĂ©sion Ă  PEB ne rĂšglent pas vraiment un problĂšme de fond commun Ă  la plupart des pays dits dĂ©veloppĂ©s .


Le problĂšme fondamental est celui de la qualitĂ© de l’alimentation humaine

La concurrence entre les enseignes porte essentiellement sur les prix de vente. Leurs centrales d’achat exercent une forte pression sur les industriels agro-alimentaires, lesquels recherchent les produits agricoles les moins chers. Il en rĂ©sulte que les agriculteurs intensifient leurs productions Ă  force d’intrants chimiques et cherchent Ă  agrandir leurs exploitations, d’oĂč une baisse de qualitĂ© des produits et un plus fort impact sur l’environnement. A l’autre bout de la chaĂźne alimentaire, la baisse des prix est apprĂ©ciĂ©e par les consommateurs, surtout les plus modestes. Mais elle s’accompagne d’une forte dĂ©gradation de la qualitĂ© nutritionnelle des aliments qui se traduit par la multiplication de maladies telles que l’obĂ©sitĂ©, le diabĂšte, le cancer, etc. (6) La situation en Bretagne n’est pas vraiment diffĂ©rente des autres rĂ©gions et pays d’Europe ou d’AmĂ©rique. A noter cependant que depuis 2013 l’enseigne U a commencĂ© Ă  commercialiser quelques aliments certifiĂ©s de bonne qualitĂ© nutritionnelle. Une lueur d’espoir? La responsabilitĂ© des grands groupes de la distribution est Ă©videmment engagĂ©e. Celle de l’Etat français aussi. Certes il n’est pas le seul : sur ce point les gouvernements de la plupart des pays dĂ©veloppĂ©s sont aux abonnĂ©s absents, comme si la santĂ© publique ne dĂ©pendait pas de la qualitĂ© nutritionnelle des aliments mis Ă  la portĂ©e de tous. (7)


  1. Insee « 30 ans de vie Ă©conomique et sociale Â»</font> </sup>
  2. Atlas de la distribution 2015 édité par Libre Service Actualités (LSA)
  3. Les Echos 25-03-2014<
  4. Inter Bio Bretagne, Observatoire régional de la préparation et de la distribution bio
  5. Lire dans le tiroir du chapitre « Quel amĂ©nagement ? Â» une analyse de « Produit en Bretagne Â» par M. Nicolas et P.Y. Le Rhun
  6. Lire dans le tiroir « Agriculture Â» un texte de P.Y. Le Rhun « Une alimentation salubre accessible Ă  tous ? Â»
  7. Ce mutisme s’explique par la capacitĂ© d’un trĂšs puissant groupe de pression international de contrĂŽler, dans le domaine alimentaire, la recherche, les publications scientifiques et les commissions d’experts. Sur ce point, l’analyse de M.M. Robin « Le monde selon Monsanto Â» Ed. La DĂ©couverte/Arte Ed. 2008 et le tĂ©moignage de G.E. SĂ©ralini et J. Douzelet « Plaisirs cuisinĂ©s ou poisons cachĂ©s Â» Ed. Actes Sud 2014.


Les banques et assurances

En France les effectifs de ce secteur atteignaient environ 300 000 emplois dans la pĂ©riode 2007-2009. Certes une partie des tĂąches a Ă©tĂ© rĂ©duite par l’informatique mais la diversification des offres de services a limitĂ© la baisse des effectifs. Ce sont des mĂ©tiers aux trois quarts fĂ©minisĂ©s qui embauchent des jeunes de plus en plus diplĂŽmĂ©s. Ces grandes tendances se retrouvent en Bretagne. En 2012 le secteur Banques et Assurances comptait 52 755 salariĂ©s rĂ©partis comme indiquĂ© par le tableau suivant.


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Sans surprise la répartition des emplois se calque sur les populations départementales et ceci parce que les banques et assurances sont devenues des services de proximité. Chaque banque a multiplié les agences au plus prÚs de la clientÚle. Cependant la différence de 7 000 emplois entre l'Ille et Vilaine et la Loire Atlantique demande explication.

La Loire Atlantique, qui comptait en 1990 moins du tiers du total des emplois, en dĂ©tient 36,7 % en 2012 et l'Ille et Vilaine 23,4 %, soit un Ă©cart de 13,3 points. En nombre d'habitants par rapport Ă  la population bretonne, la Loire Atlantique fait 28,7 % et l'Ille et Vilaine 22,1 %, soit un Ă©cart de 6,6 points. Il est Ă©vident que l'ampleur de la diffĂ©rence entre les Ă©carts provient de la prĂ©sence de services financiers relativement puissants Ă  Nantes qui a depuis 1990 sensiblement renforcĂ© sa position de plus grande place financiĂšre de Bretagne et de l'Ouest.

Le trait le plus distinctif des banques de Bretagne est leur souci de soutenir le processus de développement économique lancé par "Produit en Bretagne". En effet 7 banques ont adhéré à cette association: Caisse d'Epargne, Crédit Agricole, Crédit Maritime, Crédit Mutuel, CIC, Groupama et Banque Populaire Atlantique. Elles peuvent offrir aux entreprises adhérentes des conditions préférentielles car les conditions sélectives pour entrer dans l'association sont un gage d'un potentiel intéressant de croissance.(1)

  1. "Produit en Bretagne">, une analyse par M. Nicolas et P.-Y. Le Rhun, dernier tiroir de l'Armoire bretonne, in Géographie Numérique de la Bretagne, Ed. Skol Vreizh 2014.


La répartition géographique des emplois de haut niveau

Dans les aires urbaines un quart des emplois relĂšvent de 5 fonctions : gestion, conception et recherche, services intellectuels, commerce entre les entreprises, culture et loisirs. Les cadres qui travaillent dans ces fonctions mĂ©tropolitaines (les CFM) sont relativement nombreux (37 % du personnel des 5 fonctions). Le tableau suivant compare leur importance dans quatre aires urbaines :


Tertiaire-8.jpg

De 1982 Ă  2006, la proportion de cadres a quasiment doublĂ© dans les trois aires urbaines rĂ©gionales. mais comme celle de Paris augmente aussi, l’écart ne se rĂ©sorbe pas beaucoup. Or la disproportion est Ă©norme : Lyon, la plus grande ville de « province Â» a dix fois moins de cadres que Paris. Rennes et Nantes, qualifiĂ©es de mĂ©tropoles rĂ©gionales, sont bien plus modestes. Toutefois en additionnant leurs cadres, elles se hissent aux deux tiers de Lyon. D’oĂč l’intĂ©rĂȘt d’une alliance qui a tant tardĂ© mais qui progresse, de façon Ă  se prĂ©senter comme une mĂ©tropole bipolaire susceptible d’ĂȘtre mieux Ă©coutĂ©e au niveau des ministĂšres parisiens. Les CFM sont cadres dans des services marchands ou des administrations, chefs d’entreprises et les cadres des professions intellectuelles. Ce sont des dĂ©tenteurs de pouvoir et leur rĂ©partition entre les villes reflĂšte les effets d’une hypercentralisation sĂ©culaire de la France au bĂ©nĂ©fice d’une capitale et au dĂ©triment des villes de « province Â». Le remĂšde ne peut venir que d’une rĂ©elle dĂ©centralisation accordant une large autonomie aux rĂ©gions. (1)

(1) dans le tiroir « Quel amĂ©nagement ? Â», lire les propos de J.J. Queyranne, prĂ©sident de la rĂ©gion RhĂŽne-Alpes




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