Géographie de la Bretagne/Quel aménagement du territoire ?

De SkolVreizhWiki.
Version du 5 octobre 2015 Ă  14:43 par SkolVreizh (discuter | contributions)

(diff) ← Version prĂ©cĂ©dente | Voir la version courante (diff) | Version suivante → (diff)
Aller Ă  : Navigation, rechercher

Sommaire

Quel amĂ©nagement du territoire ? (1994)

Auteur : Pierre-Yves Le Rhun



Bretagne 2014 : desserrer les freins pour avancer vers une Ă©conomie durable et ouverte sur le monde (2014)

Auteur : Pierre-Yves Le Rhun

La « GĂ©ographie et AmĂ©nagement de la Bretagne Â» de 1994 se termine par deux pages de synthĂšse sur une stratĂ©gie de dĂ©veloppement susceptible d’assurer l’avenir de la rĂ©gion. Vingt ans plus tard, Ă  la lecture des chapitres de « La Bretagne face Ă  la mondialisation Â», on constate que des progrĂšs ont Ă©tĂ© accomplis mais que, sur le chemin d’une Ă©conomie compatible avec l’environnement naturel et humain, certains problĂšmes n’ont pas Ă©tĂ© rĂ©solus Il s’agit maintenant de cerner les traits dominants d’une Bretagne confrontĂ©e Ă  la mondialisation, ses principaux atouts comme ses handicaps, dont le plus lourd est la faiblesse du pouvoir rĂ©gional.


La valorisation de la production agricole toujours trop restreinte

Le gros de la production agricole intensive et des Ă©levages industriels se situe encore dans le bas de gamme. La pollution qu’ils Ă©mettent a cependant commencĂ© Ă  refluer mais il faudrait un effort soutenu pendant une dizaine d’annĂ©es pour que les activitĂ©s agricoles et agro-alimentaires deviennent compatibles avec la vie dans les sols et les milieux aquatiques, avec la qualitĂ© de l’eau et de l’air, et avec la santĂ© des consommateurs. Et c’est urgent !

En effet la dĂ©gradation de la santĂ© publique dans les pays dĂ©veloppĂ©s (obĂ©sitĂ©, diabĂšte, cancers, maladies cardio-vasculaires, allergies
) prend une telle ampleur que les gouvernements vont ĂȘtre amenĂ©s Ă  intervenir pour que la chaĂźne de production alimentaire fournisse des aliments salubres et que cessent les campagnes publicitaires poussant Ă  des consommations exagĂ©rĂ©es, notamment de produits laitiers. Les pays dont les producteurs sauront s’adapter aux modifications de la demande, gagneront des parts de marchĂ©. Le mouvement, dĂ©jĂ  lancĂ© avec les produits « Bio Â», devrait s’amplifier avec des produits « salubres Â» garantis rĂ©ellement bons pour la santĂ© de la population et pour la qualitĂ© des milieux naturels.


Quelques exemples d’autres dĂ©fis Ă  relever

La pollution diminue mais bien trop lentement par rapport aux rĂ©gions agricoles du nord de l’Europe. Il faut arriver Ă  passer Ă  la vitesse supĂ©rieure. Les actions pour limiter la consommation Ă©lectrique par une meilleure isolation des logements sont trop faibles, les chauffe-eau solaires peu frĂ©quents. Le constat est plus positif pour la production d’énergies renouvelables, grĂące surtout aux projets d’éoliennes en mer et peut-ĂȘtre d’hydroliennes. L’exploitation de la ressource en algues et micro-organismes des eaux littorales pourrait fournir de nombreux emplois d’aprĂšs les spĂ©cialistes. Pour l’instant son exploitation reste marginale. L’ouverture Ă  l’Europe et au monde nĂ©cessite de bonnes liaisons terrestres, maritimes et aĂ©riennes. Les modes de transport Ă©voluent : le dĂ©senclavement est un chantier perpĂ©tuel. Il faut favoriser le cabotage inter-europĂ©en, les plate-formes plurimodales



Les nouvelles industries naissent dans les plus grandes villes

On observe un dynamisme industriel liĂ© Ă  la recherche scientifique et Ă  l’application de ses rĂ©sultats principalement Ă  Nantes et Rennes oĂč se trouvent les Ă©quipes de chercheurs universitaires et des Grandes Ecoles d’ingĂ©nieurs. Dans ce voisinage favorable se crĂ©ent ou s’implantent les NTIC (Nouvelles technologies de l’information et de la communication) et des entreprises innovantes sur d’autres crĂ©neaux. On peut se rĂ©jouir du dynamisme des deux mĂ©tropoles rĂ©gionales et de leur alliance qui devrait le conforter, car cet essor limite le dĂ©part de la Bretagne de jeunes diplĂŽmĂ©s. Cependant on pourrait s’inquiĂ©ter des faibles retombĂ©es sur les autres villes bretonnes. En fait rien n’empĂȘche les entreprises, les villes et les Pays d’entrer dans les rĂ©seaux d’information scientifique en se groupant pour participer au financement des structures de recherche et dĂ©veloppement. C’est dĂ©jĂ  la stratĂ©gie de l’association « Produit en Bretagne Â» (4).


Les conditions internes et externes à remplir pour relever les défis

Pour une action Ă  la mesure des problĂšmes Ă  rĂ©soudre, le Conseil RĂ©gional devrait ĂȘtre en capacitĂ© de rĂ©aliser deux opĂ©rations majeures :

- l’élaboration d’un plan rĂ©gional de dĂ©veloppement d’une durĂ©e de 10 ans, ce qui est de l’ordre de la durĂ©e nĂ©cessaire pour mener Ă  bien la dĂ©pollution des milieux naturels terrestres et marins. Ce plan facilitera la transition progressive du systĂšme productiviste actuel vers un systĂšme dont la finalitĂ© sera la production d’aliments salubres dans le cadre d’un environnement restaurĂ©. Cette voie est la seule possible. Elle est dĂ©jĂ  empruntĂ©e par des pays comme le Danemark : il y a lĂ  des exemples Ă  Ă©tudier.

- un grand emprunt rĂ©gional dĂ©fiscalisĂ© fournirait les moyens d’intervenir efficacement pour rĂ©aliser le plan par des prĂȘts et subventions. Actuellement l’épargne est abondante mais elle se place surtout dans les assurances-vie qui prĂȘtent Ă  l’Etat pour financer ses dĂ©ficits. La dĂ©fiscalisation permettrait d’inciter fortement les Ă©pargnants Ă  investir une partie de leur Ă©pargne dans l’économie rĂ©gionale sans prendre grand risque. (1)

Il est Ă©vident que l’appui de l’Etat Ă  ces actions rĂ©gionales est indispensable : la dĂ©fiscalisation dĂ©pend de lui seul. L’Etat pourrait agir de deux façons :

- soit il dĂ©centralise en accordant aux rĂ©gions françaises une autonomie comparable Ă  celles de la plupart des rĂ©gions europĂ©ennes (2). Le discrĂ©dit du pouvoir central est tel qu’il n’est pas exclu qu’il procĂšde Ă  cette rĂ©forme pour se relancer. On se souvient des mesures (dont le Plan routier breton) accordĂ©es Ă  la Bretagne en Mai 1968.

- soit il accorde Ă  la Bretagne le « droit Ă  l’expĂ©rimentation Â» prĂ©vu par la loi et que rĂ©clament les Ă©lus du Conseil RĂ©gional, assorti Ă©videmment des ressources financiĂšres permettant d’exercer ce droit.


La Bretagne est l’une des rĂ©gions les plus propices pour expĂ©rimenter l’autonomie

Pour s’en convaincre, il suffit de consulter le sondage d’opinion rĂ©alisĂ© par l’Institut TMO-RĂ©gions dans les cinq dĂ©partements de la Bretagne historique pour l’association Bretagne culture diversitĂ© (BCD) en dĂ©cembre 2013 (AccĂšs au sondage complet sur bcdiv.org). Les Bretons se caractĂ©risent par leur faible xĂ©nophobie, leur peu d’attirance pour le Front National, et un fort dĂ©sir d’ouverture sur le monde (Ă  71% contre 42% des Français). Pour eux l’Union EuropĂ©enne est une chance Ă  saisir et ils ont votĂ© en ce sens lors des consultations sur l’Europe. Leur puissant attachement Ă  la Bretagne va de pair avec leur attachement Ă  la France.

D’autre part la Bretagne a dĂ©montrĂ© aprĂšs la guerre 39-45 sa capacitĂ© Ă  prendre en charge son avenir en rassemblant dans le CELIB (ComitĂ© d’études et de liaison des intĂ©rĂȘts bretons) les Ă©lus de toutes tendances pour prĂ©parer un plan rĂ©gional de relance Ă©conomique. Cette action fut Ă  l’origine d’un dĂ©but de dĂ©centralisation rĂ©gionale en France. Aujourd’hui la Bretagne est l’une des rĂ©gions oĂč la demande d’autonomie est la plus forte et l’Etat ne prendrait aucun risque rĂ©el en y rĂ©pondant.


La mondialisation impose l’union des acteurs impliquĂ©s dans l’économie bretonne

Le dĂ©coupage administratif rĂ©gional a entraĂźnĂ© le dĂ©tricotage de nombreux liens entre la Loire-Atlantique et la rĂ©gion Bretagne ainsi que la forte limitation des Ă©changes d’informations par la tĂ©lĂ©vision et la radio rĂ©gionales, et par le quotidien Ouest-France, qui ont calquĂ© leurs zones de diffusion sur les limites administratives. VoilĂ  qu’aujourd’hui apparaĂźt la nĂ©cessitĂ© de rĂ©unir les forces vives de la rĂ©gion pour exister sur le plan national et international, ĂȘtre considĂ©rĂ© comme un partenaire et bĂ©nĂ©ficier Ă©ventuellement d’aide financiĂšre des pouvoirs publics. Il faut donc retricoter les liens et cette action est dĂ©jĂ  engagĂ©e, par exemple : - l’alliance de Nantes et Rennes - le projet de regroupement des universitĂ©s de Bretagne et des Pays de Loire - le pĂŽle Mer de Bretagne s’élargit en avril 2014 aux Pays de Loire et Ă  la Basse Normandie...


Les Bonnets Rouges : le grain de sable ?

En 2013, l’installation de portiques de l’éco-taxe sur les axes routiers a provoquĂ© une violente rĂ©action populaire. Le mouvement des Bonnets Rouges s’est structurĂ© et une cinquantaine de comitĂ©s locaux ont tenu des « Etats GĂ©nĂ©raux Â» le 8 mars 2014 Ă  Morlaix et formulĂ© 11 revendications (3). Cette contestation radicale a dĂ©jĂ  obligĂ© le gouvernement Ă  suspendre la perception de l’éco-taxe sur l’ensemble du territoire français. Le pouvoir politique pourra-t-il refuser encore longtemps une vraie dĂ©centralisation ?


(1) Des prĂ©cisions sur l’intĂ©rĂȘt d’un emprunt dĂ©fiscalisĂ© tirĂ©es du livre du fiscaliste Pierre Lacombade et d’un article de Michel Duthoit.(cf. TIROIR)

(2) Des extraits d’un texte de Jean-Jack Queyranne.(cf. TIROIR)

(3) Les 11 revendications des Bonnets Rouges. (cf. TIROIR)

(4) Une analyse de « Produit en Bretagne Â» par Michel Nicolas et Pierre-Yves Le Rhun. (cf. TIROIR)



TIROIR : « Quel amĂ©nagement ? Â»

Documents consultables dans ce tiroir :


D’une Ă©pargne excessive vers un emprunt dĂ©fiscalisĂ©

Dans un Point de vue intitulĂ© « Trop d’épargne nuit Ă  la relance Â», (Ouest-France du 6 novembre 2012) Michel Duthoit, prĂ©sident de l’Association pour le dĂ©veloppement des relations sociales (Adres), Ă©crit: « â€Špresque 4 000 milliards d’euros : c’est lĂ  le montant de l’épargne placĂ©e des Français Â». Et plus loin : « â€Šle budget public total annuel de la France, SĂ©curitĂ© sociale comprise, tourne autour des 800 milliards
 Notre dette publique
 culmine Ă  1 600 milliards d’euros. 
Nous sommes co-dĂ©tenteurs du record du monde de l’épargne avec un taux de 17% de revenus ainsi mis Ă  l’écart Â».

Michel Duthoit s’interroge : « â€Šil est lĂ©gitime de se garantir autant que possible mais n’y a-t-il pas, au regard de l’intĂ©rĂȘt mĂȘme de ceux qu’on veut protĂ©ger, Ă  leur procurer plutĂŽt de quoi travailler que de les assister ? Â» et il indique une solution : « Comment peut-on influer sur ce recours excessif Ă  l’épargne ? 
Une seule voie paraĂźt possible : l’incitation financiĂšre
 Pourquoi ne pas soulager au moins en partie l’impĂŽt de ceux qui dĂ©caisseraient ? Â».

Tout Ă  fait d’accord avec cette proposition, en complĂ©tant ainsi la phrase : « â€Šqui dĂ©caisseraient pour investir dans les entreprises et notamment dans un emprunt public destinĂ© Ă  soutenir la crĂ©ation d’emplois Â» .

Cette rĂ©flexion Ă©tait dĂ©jĂ  exprimĂ©e dans « Au nom des jeunes, plaidoyer pour l’emploi d’abord Â», un livre, Ă©ditĂ© en 1995 par la PensĂ©e Universelle, du fiscaliste Pierre Lacombade dans lequel il soutenait qu’il fallait attirer l’argent placĂ© dans des assurances-vie vers un grand emprunt national dĂ©fiscalisĂ© pour l’investir dans le dĂ©veloppement Ă©conomique. HĂ©las il prĂȘchait chez les sourds.

Sur la base de ces rĂ©flexions d’économistes compĂ©tents, et sachant qu’en Bretagne aussi l’épargne est abondante, il serait donc rationnel et trĂšs opportun qu’un emprunt rĂ©gional dĂ©fiscalisĂ© puisse ĂȘtre lancĂ© par le Conseil RĂ©gional de Bretagne.


"Réformer l'Etat, c'est accorder l'autonomie régionale" (J.J. Queyranne, président de la Région RhÎne-Alpes)

Extraits d’un Point de vue publiĂ© dans Le Monde du 5 septembre 2005


Dans cet article J-J. Queyranne constate, avec exemples Ă  l’appui, l’incapacitĂ© de l’État Ă  se rĂ©former : « Partout se dessine l’image d’une France oĂč les capacitĂ©s d’innovation, de crĂ©ativitĂ©, de solidaritĂ© ne demandent qu’à s’exprimer. Mais elles se trouvent confrontĂ©es Ă  une organisation et Ă  une culture centralisĂ©es qui ne correspondent plus aux nĂ©cessitĂ©s de notre Ă©poque Â».

Il plaide pour une: « vĂ©ritable rĂ©gionalisation. Elle impose de faire sauter quatre verrous. D’abord, il faut pouvoir lĂ©gifĂ©rer au niveau local. Le transfert de pouvoirs normatifs vers les rĂ©gions est l’une des premiĂšres grandes Ă©volutions dont nous avons besoin. Ils restent aujourd’hui la prĂ©rogative de l’État, alors que la diversitĂ© des situations justifierait, comme en Espagne ou en Italie, que l’élaboration de certaines lois ou rĂšglements revienne au conseils rĂ©gionaux
 Il faut des budgets Ă  la hauteur des besoins. Les finances locales constituent le deuxiĂšme point de blocage de l’action rĂ©gionale. Aujourd’hui les rĂ©gions ne perçoivent que 6% de la fiscalitĂ© locale et leurs budgets sont misĂ©rables. Partenaire de la Lombardie, de la Catalogne et du Bade-Wurtemberg au sein des « Quatre moteurs pour l’Europe Â», la rĂ©gion RhĂŽne-Alpes dispose d’un budget trĂšs amputĂ© par rapport Ă  ses homologues : six fois moins que le budget lombard, huit fois moins que le catalan, dix fois moins qu’au Bade-Wurtemberg
 La rĂ©partition des responsabilitĂ©s pourrait aussi obĂ©ir Ă  une logique plus fonctionnelle. Notre organisation fait exception par sa complexité  Il faut enfin moderniser les fonctionnements institutionnels. Des mesures s’imposent, propres Ă  lĂ©gitimer l’existence politique des rĂ©gions. Comme un renforcement de la limitation du cumul des mandats
 Â»

Et J-J. Queyranne de conclure ainsi :

« Face Ă  la crise de l’État et de la dĂ©mocratie reprĂ©sentative, la rĂ©gionalisation est une alternative. Elle ne se rĂ©duit pas Ă  des questions d’organisation de territoires ou de redistribution des compĂ©tences. Elle reprĂ©sente la forme moderne de la citoyennetĂ©. Elle peut donner un nouveau souffle Ă  l’action publique en ces temps de doutes et contribuer Ă  faire bouger la France qui en a grand besoin Â».

L’ensemble de ce texte est d’un fĂ©dĂ©raliste convaincu, bien que l’expression « une France fĂ©dĂ©rale Â» ne soit pas employĂ©e. RĂ©digĂ© en 2005, il reste pertinent en 2014 car la rĂ©forme de l’État reste Ă  faire alors que le Parti Socialiste dispose maintenant du pouvoir d’« accorder l’autonomie rĂ©gionale Â».


États gĂ©nĂ©raux des Bonnets Rouges

Morlaix, 8 mars 2014


Les onze revendications

A) Maintenir la gratuitĂ© des routes en Bretagne et supprimer dĂ©finitivement l’éco-taxe.

B) LibĂ©rer les Ă©nergies et soutenir l’emploi par l’allĂšgement des charges et des contraintes administratives.

C) En finir avec le dumping social et les distorsions de concurrence en Europe.

D) Relocaliser les décisions et les pouvoirs économiques en Bretagne.

E) Développer des infrastructures et des modes alternatifs de transport avec un rééquilibrage Ouest/Est.

F) Appropriation par les Bretons de la filiÚre énergie et développement des énergies renouvelables.

G) Relocaliser la finance.

H) Officialiser la langue et la culture bretonnes.

I) Renforcer l’expĂ©rimentation, le dialogue, la transparence et le « vivre ensemble Â» en Bretagne.

J) Doter la Bretagne de ses propres médias audiovisuels et numériques.

K) Une Bretagne forte à cinq départements avec relocalisation des décisions politiques.

Ces revendications sont issues d’environ 15 000 « dolĂ©ances Â» adressĂ©es aux organisateurs des États GĂ©nĂ©raux. Elles ne sont pas classĂ©es par ordre d’importance ou par thĂšme et sont ici prĂ©sentĂ©es dans une liste publiĂ©e dans la presse.

Une forte demande d’autonomie s’exprime Ă  travers six revendications (D, F, G, H, J, K). C’est Ă  l’évidence l’aspiration majeure qui caractĂ©rise un mouvement rĂ©gionaliste, que l’on pourrait aussi qualifier de fĂ©dĂ©raliste s’il concernait toute la France (3). On remarque que le verbe relocaliser revient plusieurs fois. L’association « Produit en Bretagne Â» a popularisĂ© ce terme exprimant un lien causal entre l’acte d’acheter des produits fabriquĂ©s en Bretagne et le retour ou le maintien de l’emploi dans la rĂ©gion. Dans les revendications, il peut plus largement signifier dĂ©centralisation, en ne prĂ©cisant pas au bĂ©nĂ©fice de quel territoire, la RĂ©gion, le DĂ©partement ou le Pays.

Trois autres revendications sont prĂ©sentes sur la liste :

1) La volontĂ© de dĂ©senclavement qui persiste fort logiquement dans la Bretagne occidentale, qui supporte les frais de transport les plus Ă©levĂ©s (A et E), 2) La demande d’avancĂ©es Ă©cologiques enracinĂ©es dans la rĂ©gion (E et F) mais des questions de fond comme la pollution ne sont pas abordĂ©es (pour ne pas diviser le mouvement ?). 3) Le soutien aux entreprises (B et C). Le dumping social vise ici les entreprises allemandes, notamment les abattoirs, qui emploient des travailleurs de l’Est avec des salaires de l’Est, d’oĂč les distorsions de concurrence avec les abattoirs bretons.

Quant au « vivre ensemble Â» (I), c’est une aspiration qui ne concerne que les Bretons eux-mĂȘmes et non une revendication adressĂ©e au pouvoir central.

Note :

Signalons un livre publiĂ© par les Éditions Dialogues en janvier 2014, « L’automne des Bonnets Rouges : de la colĂšre au renouveau Â», rĂ©digĂ© par trois enseignants de l’UniversitĂ© de Bretagne Occidentale (Jacques Baguenard, professeur de droit constitutionnel et de sciences politiques, Erwann Charles et HervĂ© Thouement, maĂźtres de confĂ©rences en sciences Ă©conomiques) et RenĂ© PĂ©rez, journaliste).

Dans Hebdo Bourse Plus du 24 janvier 2014, le professeur J. Baguenard dĂ©clare : « je considĂšre qu’un systĂšme ne se modifie que par la dynamique de sa pĂ©riphĂ©rie. Quand le premier ministre Ă©voque la possibilitĂ© d’avoir une expĂ©rimentation durable par chaque et pour chaque rĂ©gion, on est en train de secouer le prĂȘt-Ă -porter pour faire du sur-mesure. C’est Ă©videmment la consĂ©quence directe de la mobilisation en pĂ©riphĂ©rie
Le dĂ©fi des Bonnets Rouges, c’est qu’ils transforment leur exaspĂ©ration en force de proposition en fĂ©dĂ©rant une sorte d’états gĂ©nĂ©raux du renouveau pour la Bretagne Â».



« Produit en Bretagne Â» : Analyse d’une puissante organisation innovante et spĂ©cifique

Par Michel Nicolas (politologue - Université Rennes 2) & Pierre-Yves Le Rhun (géographe - Université de Nantes)

ProduitEnBretagne.png


Les opérateurs économiques agités par la culture

Texte de Michel Nicolas in «Breizh, la Bretagne revendiquée, des années 1980 à nos jours» (extraits) Editions Skol Vreizh 2012. p 178 et ss.


Pendant longtemps la culture a Ă©tĂ© considĂ©rĂ©e comme n'entretenant que des liens trĂšs informels avec le dĂ©veloppement Ă©conomique. Une telle conception procĂ©dait du libĂ©ralisme comme du marxisme qui renvoyait la culture au rang de « superstructure Â». C'est peu dire que ce schĂ©ma est dĂ©sormais dĂ©passĂ©. La croissante prĂ©valence de l'american way of life montre assez les liens que la culture entretient avec la puissance Ă©conomique Ă©tasunienne (1), le phĂ©nomĂšne jouant autant comme cause que comme effet. Il peut ĂȘtre observĂ© Ă  tous les Ă©chelons oĂč s'inscrivent les politiques et les activitĂ©s Ă©conomiques : Union europĂ©enne, Etat ou Ă©chelons infra-Ă©tatiques. Les produits matĂ©riels sont associĂ©s Ă  des reprĂ©sentations mentales, des identifications culturelles voire des fantasmes et des croyances. Ainsi naĂźt l'image de marque, imprĂ©gnĂ©e non seulement de la qualitĂ© intrinsĂšque des produits, mais aussi de l'environnement culturel auquel ils sont associĂ©s. Comment en effet se dĂ©sintĂ©resser de la part d'identitĂ© culturelle enchĂąssĂ©e dans un produit marchand, dĂ©terminant un « marquage culturel Â» repĂ©rable tant par la population locale que par le marchĂ© extĂ©rieur ?

Il y a aussi une pertinence Ă  chercher Ă  Ă©valuer en quoi une culture peut avoir pour effet de favoriser ou freiner le dĂ©veloppement Ă©conomique, et comment se rĂ©alise l'articulation entre un contexte socioculturel local et certains savoir-faire. Pendant longtemps l'application de certains archĂ©types Ă  la Bretagne a eu pour effet d’opposer pĂ©rennisation de l'identitĂ© culturelle et dĂ©veloppement Ă©conomique, selon l’antonymie « tradition/modernitĂ© Â». La situation est dĂ©sormais totalement inversĂ©e.

La nature maritime de la Bretagne, son environnement, la facilitĂ© Ă  la repĂ©rer sur une carte, la qualitĂ© d’une image trĂšs anciennement attestĂ©e, tout cela a favorisĂ© son identification positive au sein du village planĂ©taire. L'idĂ©e de connoter la qualitĂ© des produits bretons aux mĂ©rites allĂ©guĂ©s de la Bretagne n'est d'ailleurs pas nouvelle. DĂšs 1932, en effet, le projet est conçu par les Chambres de Commerce de crĂ©er la marque « Bretagne Â» pour faire face Ă  une mĂ©vente de primeurs. A la LibĂ©ration le mouvement breton se trouve Ă  l'origine d'une initiative comparable. Il encourage l'achat de produits bretons dans la perspective de favoriser le dĂ©veloppement ou, Ă  tout le moins, assurer le maintien d'un marchĂ© intĂ©rieur : il s'agit alors d'accompagner la modernisation et le dĂ©veloppement Ă©conomique de la rĂ©gion. C'est ainsi que, dĂšs l'aprĂšs-guerre, certains amorcent une campagne sur le mot d'ordre « achetez breton Â». Les premiers succĂšs du CELIB sont pour le Mouvement Breton un encouragement Ă  lancer une campagne plus ambitieuse en faveur des produits locaux. Dans le cadre de cette action, L'Avenir de la Bretagne rapporte en 1962 avoir mis en place 200 panneaux incitatifs.

Pourtant, malgrĂ© une conjoncture propice, le CELIB se trouvant Ă  son apogĂ©e, la campagne est loin de produire les effets escomptĂ©s. Le CELIB confie le soin de perpĂ©tuer l'initiative au ComitĂ© Interprofessionnel de Propagande pour les Produits Bretons. La gamme proposĂ©e est trĂšs large, s'Ă©tendant aux conserves, salaisons, produits laitiers, biscuiteries et diverses productions artisanales (faĂŻences, Ă©bĂ©nisterie, tissage, broderie...) et mĂȘme Ă  une centaine de restaurants. La marque Bretagne privilĂ©gie la qualitĂ©, ce qui implique une sĂ©lection trĂšs stricte et des contrĂŽles rigoureux. MalgrĂ© cela, le label « Bretagne qualitĂ© Â» tombe en dĂ©suĂ©tude Ă  la fin des annĂ©es 1960.

L'idĂ©e est reprise en dĂ©cembre 1984 par l'association «made in Breizh Â» animĂ©e par DaniĂšle Floc’hlay-Novello. Elle regroupe des entreprises aussi diffĂ©rentes que Brittany Ferries, les Constructions Modernes d'Armor, Hyperrallye ou la SICA de Saint-Pol-de-LĂ©on. L'objectif est de « promouvoir les entreprises et les cultures en Bretagne (...), prendre en charge l'image d'une Bretagne conquĂ©rante et audacieuse Â». Cette fois l'idĂ©e est plus clairement affirmĂ©e d'associer les produits Ă  une image positive de la Bretagne. Mais le dĂ©but de la dĂ©cennie 1980 n'est guĂšre porteur et l'entreprise tourne court.

Un peu plus tard la CRCI et l'institution rĂ©gionale elle-mĂȘme dĂ©veloppent une campagne sur le thĂšme « Bretagne tonique Â» et « Bretagne nouvelle vague Â», dans un contexte oĂč la bonne image de la rĂ©gion continue Ă  prospĂ©rer. En 1991 un sondage effectuĂ© par la SOFRES pour le Reader’s Digest rĂ©vĂšle en effet que, au regard de toute une sĂ©rie de critĂšres, la Bretagne occupe la premiĂšre position au hit-parade des 22 rĂ©gions. Il en ressort que 80% des personnes interrogĂ©es disent avoir « beaucoup Â» ou « assez de sympathie Â» pour les Bretons. (2)

En novembre 1993, enfin, une nouvelle association est lancĂ©e par bon nombre d'entreprises (notamment les groupes Even, Leclerc, Le TĂ©lĂ©gramme de Brest) et d'opĂ©rateurs Ă©conomiques. Elle reprend l'idĂ©e de la marque Bretagne, dans l’idĂ©e de promouvoir les produits bretons en s'appuyant sur une sĂ©lection rigoureuse autour d’une exigence de qualitĂ©.

L’association naĂźt officiellement en janvier 1995. Elle regroupe 30 membres issus des milieux industriels de l'agroalimentaire et des distributeurs sur les cinq dĂ©partements bretons. Elle s'Ă©largit par la suite Ă  des sociĂ©tĂ©s de services et de biens culturels. DĂ©but 2012 elle compte 288 adhĂ©rents, dont 127 issus de l’agroalimentaire, reprĂ©sentant plus de 100 000 salariĂ©s et 3500 produits estampillĂ©s du logo reprĂ©sentant un phare en blanc, jaune et bleu. (3) Trois entreprises sur quatre sont des PME de moins de 250 salariĂ©s. Le tout reprĂ©sente un chiffre d’affaires de l’ordre de 15 milliards d’euros. Y sont associĂ©s aussi bien des industriels de l'agroalimentaire que des sociĂ©tĂ©s de distribution, des sociĂ©tĂ©s de services, des sociĂ©tĂ©s des biens d'Ă©quipement de la personne ou des sociĂ©tĂ©s de biens culturels : livres et presse, disques, films, festivals. On y trouve pĂȘle-mĂȘle Coop-Breizh, Les Editions du TĂ©lĂ©gramme, Les Editions Ouest-France, Keltia Musique, le Festival interceltique de Lorient, les Transmusicales de Rennes, ou le Festival des chants de marins de Paimpol.

La culture entre dans Produit en Bretagne dĂšs 1998, quand Jean-Claude Simon, PrĂ©sident fondateur, demande Ă  Jakez Bernard (Label productions) de crĂ©er un CollĂšge Culture. DĂ©but 2008 l’association s’est dotĂ©e d’un logo spĂ©cifique « Culture et CrĂ©ation Â». Elle lance le 13 novembre 2008 le premier catalogue culturel regroupant et valorisant ses produits. «En conciliant identitĂ© culturelle bretonne et dĂ©veloppement Ă©conomique, les maisons d'Ă©dition, de production et de diffusion bretonnes participent Ă  la dynamisation de l'Ă©conomie de notre rĂ©gion. Une action groupĂ©e dans ce secteur va permettre de mieux dĂ©velopper et de profiter de l’atout fabuleux dont bĂ©nĂ©ficie la Bretagne : son identitĂ© et sa vitalitĂ© culturelle» .(4)

Le 7 juin 2011 une nouvelle initiative est prise: crĂ©er une filiale baptisĂ©e «Bretagne Excellence» afin de commercialiser Ă  l’international sous cette appellation une large gamme de produits de qualitĂ©.

En 1997 l'association conduit une Ă©tude sur l'image de la Bretagne. Il en ressort que «69% des Bretons accordent de l'importance Ă  l'identitĂ© culturelle de leur rĂ©gion». (5) L'identification Ă  la Bretagne Ă  travers les produits locaux se rĂ©vĂšle Ă©galement trĂšs Ă©troite, 73,6% des Bretons rĂ©pondant positivement Ă  la question : «A prix et qualitĂ© comparables, choisissez-vous le produit d'origine bretonne ?». Le but recherchĂ© est de dĂ©clencher et d'accompagner un mouvement de nature affective en faveur de la rĂ©gion, en rĂ©action au phĂ©nomĂšne de mondialisation. Selon une Ă©tude TMO rĂ©alisĂ©e en juin 2007, l’association est connue de 90 % de la population en Bretagne et de 21 % de celle d’Île-de-France. L’enquĂȘte menĂ©e en 2011 montre que « Produit en Bretagne Â» atteint dans la rĂ©gion un taux de 97% de notoriĂ©tĂ©, et de 49% en Île-de-France.

Le lancement de l'association Produit en Bretagne s'inscrit dans le cadre d'une plus vaste stratĂ©gie d'opĂ©rateurs Ă©conomiques qui, par ailleurs, prennent l'initiative de crĂ©er l’Institut de Locarn, Cultures et stratĂ©gies internationales (6) inaugurĂ© en septembre 1994. Il affiche pour ambition de rĂ©unir les acteurs Ă©conomiques les plus importants et les plus dynamiques, dans le cadre d'une plus vaste stratĂ©gie d'opĂ©rateurs Ă©conomiques en vue de « concevoir et diffuser un nouveau modĂšle de dĂ©veloppement qui ne soit pas fondĂ© seulement sur l'Ă©conomie et la finance mais repose aussi sur les rĂ©alitĂ©s culturelles de la rĂ©gion Â» (7) .

L'image de la bretonnitĂ© a radicalement changĂ©. MarquĂ©e d'une empreinte positive et articulĂ©e avec des perspectives d'avenir, elle se trouve dĂ©sormais indissociablement liĂ©e Ă  la modernitĂ© Ă©conomique. Il n'est que d’observer la banalisation, sinon l'usage presque systĂ©matique, du drapeau breton, des hermines ou du triskell pour se convaincre que les enseignes marchandes intĂšgrent le symbolisme breton ou celtique comme Ă©lĂ©ment valorisant de l'activitĂ© commerciale.

Le milieu publicitaire n'est pas en reste, allant mĂȘme jusqu’à faire usage de la langue bretonne, sinon comme outil de communication verbale, du moins comme support implicite du message, comme signe symbolique destinĂ© Ă  souligner une appartenance. Le conseil rĂ©gional lui-mĂȘme s’engage, puisque c’est avec son concours que le 28 janvier 2011 est lancĂ©e Ă  Rennes une « marque de territoire Â», la premiĂšre du genre dans une rĂ©gion. La « marque Bretagne Â» est conçue pour accroĂźtre l’attractivitĂ© de la Bretagne.


Notes :

  • Ainsi s'explique par exemple la vogue surprenante pour la fĂȘte de Halloween, encore totalement inconnue en France jusqu'au milieu des annĂ©es 1990.
  • Sondage effectuĂ© du 24 au 28 mai 1991, selon la mĂ©thode des quotas, auprĂšs d'un Ă©chantillon national de 1000 personnes. Il n'est pas jusqu'Ă  la commune lĂ©onarde de Plouguerneau (environ 6000 habitants) qui ne se voie dĂ©cerner le «Prix de l'Europe pour 1990» : les villes ayant obtenu ce prix prĂ©cĂ©demment n'Ă©taient rien moins que Turin, Strasbourg et Bordeaux.
  • « Pour intĂ©grer le rĂ©seau, [
] une commission Ă©value les demandes Ă  l’aune du respect des valeurs de l’association : qualitĂ© de la production ou du service, respect d’engagements sociaux et environnementaux notamment. L’entreprise doit vĂ©ritablement « produire en Bretagne Â». Dans le textile, la barre est fixĂ©e Ă  100 % made in Breizh Â». Interview de Jacques Bernard, prĂ©sident de l’association « Produit en Bretagne Â», Ouest-France, 6- 7 fĂ©vrier 2010. Afin de tenir compte du fait que 70 % de ses adhĂ©rents sont des exportateurs, l’association a le projet de crĂ©er une filiale qui dĂ©velopperait une marque commune de vente Ă  l’export.
  • Source : BaromĂštre d'image de la Bretagne. Bretagne, que dit-on de toi ? Association Produit en Bretagne. Étude rĂ©alisĂ©e par des Ă©tudiants de l’École SupĂ©rieure de Commerce de Brest, 1997.
  • Ibidem
  • Canton de MaĂ«l-Carhaix, CĂŽtes-d'Armor. Au titre des think tanks en Bretagne, on peut citer aussi le « Club des 30 Â» ainsi que l'association des « DĂźners celtiques Â», lesquels se dĂ©roulent Ă  Paris.
  • SupplĂ©ment Ă  Enjeux du monde, septembre 1994.EurorĂ©gions.Le modĂšle Locarn.



Puissance et stratégie de «Produit en Bretagne»

Texte inédit de Pierre-Yves Le Rhun, géographe



Une clĂ© du succĂšs : l’adhĂ©sion massive des grandes enseignes de vente

L’association crĂ©e en son sein un lien fort entre les adhĂ©rents producteurs et les adhĂ©rents commerçants, si bien que les produits bĂ©nĂ©ficiant du label PEB sont assurĂ©s d’une diffusion efficace auprĂšs des consommateurs bretons grĂące Ă  l’impressionnant rĂ©seau commercial des supĂ©rettes, supermarchĂ©s et hypermarchĂ©s qui adhĂšrent Ă  PEB (un millier de points de vente). L’étude de leur rĂ©partition spatiale se limitera aux hypermarchĂ©s en raison de leur poids dans le commerce de dĂ©tail.

PEB Hypers enseignes.jpg


En 2011, on recense 196 hypermarchĂ©s sur les cinq dĂ©partements, dont 189, soit 96%, sont adhĂ©rents Ă  PEB. Il est Ă©vident que si le nombre des supermarchĂ©s est trĂšs voisin de celui des adhĂ©rents, leur rĂ©partition spatiale est quasiment identique. Or celle-ci se calque sur celle de la population puisque le commerce de dĂ©tail recherche la proximitĂ© d’un gisement de clientĂšle. Dans cette logique, les hypermarchĂ©s se concentrent dans et autour des agglomĂ©rations et forment un anneau autour de la presqu’üle en dĂ©laissant la Bretagne intĂ©rieure. C’est pourquoi aussi le dĂ©partement le plus peuplĂ©, la Loire Atlantique, compte le plus d’hypermarchĂ©s (56) et le plus d’adhĂ©rents PEB (51). Si on leur ajoute ceux d’Ille et Vilaine, le total de 93 HypermarchĂ©s reprĂ©sente 49% des adhĂ©rents PEB de Bretagne. Or la population des deux dĂ©partements s’élĂšve Ă  2 157 000 habitants, soit 50% de la population bretonne.

Michel Nicolas a soulignĂ© qu’une clĂ© du succĂšs de PEB rĂ©side dans le fort attachement des Bretons Ă  leur rĂ©gion parce qu’il peut engendrer une prĂ©fĂ©rence nette des consommateurs envers les produits bretons. Si la distribution spatiale des hypermarchĂ©s adhĂ©rents Ă  PEB est aussi clairement liĂ©e au peuplement, on peut penser que, dans chacun des dĂ©partements bretons, le niveau du sentiment d’appartenance est du mĂȘme ordre.

PEB est une association d’origine finistĂ©rienne mais ce n’est pas dĂ©celable sur la carte car c’est toute la Bretagne qui est maintenant intĂ©grĂ©e dans le rĂ©seau PEB. Par exemple le territoire de la communautĂ© urbaine de Nantes compte 20 hypermarchĂ©s dont 18 adhĂšrent Ă  PEB. Une telle dĂ©marche quasi unanime de la part d’acteurs Ă©conomiques confirme que le comportement des Nantais vis-Ă -vis des produits bretons ne diffĂšre pas de celui des autres consommateurs de Bretagne.

Surprenante et totalement inĂ©dite, l’entente rĂšgne entre les grandes enseignes lorsqu’il s’agit de promouvoir les productions bretonnes, tout en restant en concurrence directe au quotidien. Chaque annĂ©e pour la Saint-Yves, un prospectus commercial (ci-aprĂšs la couverture d’un dĂ©pliant de huit pages) prĂ©sentant des produits labellisĂ©s PEB, est Ă©ditĂ© en commun par les grandes enseignes adhĂ©rant Ă  PEB et distribuĂ© dans tous les foyers des cinq dĂ©partements bretons. Ce genre d’action illustre la force de la liaison que le rĂ©seau PEB a instaurĂ© entre les industriels et les distributeurs, ce qui facilite les rĂ©fĂ©rencements de produits bretons auprĂšs des grandes surfaces commerciales en Bretagne mais aussi au-delĂ , notamment en rĂ©gion parisienne.

PEB prospectus.jpg



Une seconde clé: le renfort des banques

Sept banques sont membres de PEB: Caisse d’épargne, CIC, CrĂ©dit agricole de Bretagne, CrĂ©dit maritime Bretagne, CrĂ©dit mutuel de Bretagne, Groupama Bretagne et depuis 2013 la Banque Populaire Atlantique. Leur principal motif d’adhĂ©sion est la conviction que leur avenir passe par le maintien et si possible l’accroissement des emplois rĂ©gionaux et elles se sentent donc en phase avec la dĂ©marche de PEB qui favorise la promotion d’entreprises ancrĂ©es dans le territoire. En retour les banques bĂ©nĂ©ficient de l’image positive de PEB. Leur adhĂ©sion les font paraĂźtre aux yeux de leurs clients comme solidaires d’une organisation travaillant de façon concrĂšte Ă  construire l’avenir de la Bretagne. On comprend dĂšs lors que ces banques puissent, Ă  l’occasion, dĂ©passer leurs rivalitĂ©s. En 2011 elles ont financĂ© en commun une campagne sur Internet pour attirer l’attention des consommateurs sur les consĂ©quences de leurs achats : en privilĂ©giant les produits bretons, ils contribuent Ă  « relocaliser Â» des emplois dans la rĂ©gion.


« Produit en Bretagne Â», acteur de l’amĂ©nagement du territoire

DĂšs sa crĂ©ation, l’association a exprimĂ© sa volontĂ© de promouvoir « un dĂ©veloppement territorial durable et responsable Â» (dossier de presse 27 fĂ©vrier 2009). Qu’en est-il sur le terrain ? Parmi les emplois crĂ©Ă©s dans les entreprises adhĂ©rentes il est difficile de quantifier ceux qui dĂ©coulent de l’activitĂ© du rĂ©seau. Cependant personne ne doute d’un effet PEB car il existe bien une synergie interne entre producteurs, commerciaux et banques, mais elle est limitĂ©e par les lois du marchĂ©.

Certes les grandes surfaces de vente donnent aux produits labellisĂ©s PEB leur chance de rencontrer les consommateurs mais ils les retirent des rayons en cas de mĂ©vente. Cependant, quand le rĂ©seau PEB cherche Ă  dĂ©velopper l’exportation vers les rĂ©gions françaises et europĂ©ennes, il dispose d’un atout : la prĂ©sence dans ses rangs de grandes enseignes commerciales peut faciliter des opĂ©rations promotionnelles hors Bretagne.

De mĂȘme les banques accordent des crĂ©dits aux entreprises bien gĂ©rĂ©es et susceptibles de se dĂ©velopper. La marque PEB est seulement un plus dans l’évaluation. En fait la synergie serait plutĂŽt indirecte : l’appartenance au PEB inciterait les banques Ă  favoriser le dĂ©veloppement local en investissant de prĂ©fĂ©rence l’épargne collectĂ©e en Bretagne dans le rĂ©seau des entreprises rĂ©gionales. Il serait intĂ©ressant de disposer de donnĂ©es chiffrĂ©es sur ce point.

Une autre source de synergie dĂ©coule de l’activitĂ© de nombreux groupes de travail qui rĂ©unissent les compĂ©tences existant au sein d’entreprises diverses sur un sujet donnĂ© comme le dĂ©veloppement durable. Les Ă©changes d’information font progresser des entreprises dans divers domaines et peuvent mener Ă  des coopĂ©rations. PEB Ă©paule aussi des crĂ©ateurs d’entreprises innovantes dans son « incubateur Â» :19 entreprises crĂ©Ă©es de 2006 Ă  2011.

Pour autant, PEB ne fonctionne pas en cercle fermĂ©. Pour plus d’efficacitĂ©, le rĂ©seau d’entreprises a Ă©tabli des liens avec des laboratoires de recherche des universitĂ©s et cinq grandes Ă©coles rĂ©gionales, mais aussi avec des cabinets juridiques dont un membre de PEB, Avoxa . Par ailleurs et en cohĂ©rence avec l’une de ses options essentielles, PEB est cofondateur de la chaire DĂ©veloppement Durable de l’Ecole des Mines de Nantes.

En stimulant l’économie rĂ©gionale, le rĂ©seau PEB se comporte en acteur important de l’amĂ©nagement du territoire rĂ©gional, un rĂŽle prĂ©cieux du fait de la quasi disparition d’une politique nationale et de la faiblesse des moyens du Conseil rĂ©gional. En accordant son label Ă  des crĂ©ateurs de petites entreprises, souvent dispersĂ©es, PEB contribue Ă  maintenir des emplois en zone rurale et dans les villes petites et moyennes et donc Ă  limiter leur concentration sur Nantes et Rennes. Par sa dĂ©marche d’auto-organisation, Produit en Bretagne a rĂ©ussi Ă  crĂ©er le plus important rĂ©seau Ă©conomique de Bretagne et le nombre de ses adhĂ©rents est en constante augmentation. Son rĂŽle de moteur Ă©conomique est reconnu par le Conseil rĂ©gional de Bretagne et les conseils gĂ©nĂ©raux des cinq dĂ©partements bretons.


« Produit en Bretagne Â» dans le maquis des marques territoriales

Une organisation agissant Ă  l’échelle d’une rĂ©gion, composĂ©e d’entreprises liĂ©es par un intĂ©rĂȘt commun Ă  long terme et partageant une vision globale des dĂ©fis Ă  relever dans la compĂ©tition mondiale, peut se dĂ©finir comme une forme inusitĂ©e d’économie solidaire. Produit en Bretagne rĂ©pond Ă  cette dĂ©finition mais d’autres marques territoriales existent en Europe.

Des marques se sont multipliĂ©es dans des rĂ©gions europĂ©ennes pour promouvoir des territoires face Ă  la concurrence mondiale. Certaines sont des marques locales pour protĂ©ger le produit d’un terroir, dans l’esprit des Appellations d’Origine ContrĂŽlĂ©e (AOC) dont bĂ©nĂ©ficient le cidre du Pays d’Auge en Normandie et celui de Cornouaille en Bretagne.

A l’échelle rĂ©gionale apparaissent des marques crĂ©Ă©es pour promouvoir l’image d’une rĂ©gion et renforcer son attractivitĂ©. C’est le sens de la marque « Bretagne Â» initiĂ©e en 2011 par le Conseil RĂ©gional de Bretagne (les entreprises de Loire Atlantique peuvent en bĂ©nĂ©ficier Ă©galement), ou la marque « Alsace Â» lancĂ©e en 2012.

Dans quelques rĂ©gions françaises bĂ©nĂ©ficiant d’un sentiment d’appartenance suffisamment fort pour motiver les consommateurs, se sont crĂ©Ă©s des rĂ©seaux d’entreprises qui se dotent d’une marque rĂ©gionale. En Normandie, « Gourmandie Â», crĂ©Ă©e en 2003 (une centaine d’entreprises fin 2011) vise Ă  « la valorisation des produits de la rĂ©gion, la reconnaissance de l’appartenance Ă  la Normandie et la fiertĂ© de l’origine normande Â». Seuls les produits alimentaires sont concernĂ©s. Dans la rĂ©gion Nord-Pas de Calais cette orientation se retrouve dans « Saveurs en ‘Or Â», une marque crĂ©Ă©e en 2004 (189 entreprises fin 2011).

Certes « Produit en Bretagne Â» est Ă©galement un rĂ©seau d’entreprises se dotant de ses propres critĂšres de qualitĂ© et s’organisant Ă  l’échelle d’une rĂ©gion. Sa spĂ©cificitĂ© n’est pas tellement dans son objectif mais plutĂŽt dans son ouverture Ă  tous les secteurs Ă©conomiques, dans son implication dans une culture rĂ©gionale vivante et dans son envergure.


Des perspectives de croissance pour un tracteur Ă©conomique

Produit en Bretagne a manifestement gagnĂ© la confiance des consommateurs bretons, c’est un point capital. Un autre atout majeur rĂ©side dans la dynamique de coopĂ©ration entre les entreprises adhĂ©rentes, ce qui laisse le champ libre Ă  des initiatives multiples. Il est donc fort probable, sauf cas de crise Ă©conomique sĂ©vĂšre, que PEB va continuer Ă  cumuler une croissance interne, par dĂ©veloppement de la production des entreprises adhĂ©rentes, et une croissance externe par de nouvelles adhĂ©sions. Cette expansion peut se prolonger tant que l’appartenance au rĂ©seau apportera un plus pour les entreprises, notamment pour amĂ©liorer les modes de production et pour faciliter l’accĂšs au marchĂ©.

Sur ce dernier point, la rĂ©cente crĂ©ation d’une filiale Bretagne Excellence pour l’exportation, s’ajoute Ă  la gamme des avantages que PEB apporte aux membres du rĂ©seau . Ses dĂ©buts sont encourageants : dĂšs sa premiĂšre annĂ©e de fonctionnement en 2012, une cinquantaine de produits bretons ont Ă©tĂ© exportĂ©s.

La croissance gĂ©nĂšre la puissance. Produit en Bretagne est dĂ©jĂ  une locomotive Ă©conomique capable de crĂ©er un « incubateur Â» d’entreprises et de prendre d’autres initiatives dĂ©jĂ  citĂ©es. Progressivement le rĂ©seau fait figure d’acteur rĂ©gional de premier plan dans l’amĂ©nagement du territoire. Il pourrait sans doute lancer son propre fonds d’investissement avec le concours de ses adhĂ©rents et en particulier des banques. GrĂące Ă  son capital de confiance auprĂšs du public, il pourrait inciter les Ă©pargnants Ă  investir davantage dans la croissance des entreprises bretonnes.

Il est Ă©galement Ă©vident que Produit en Bretagne, par le dynamisme de ses entreprises et le nombre de leurs salariĂ©s, sera de plus en plus un partenaire incontournable pour dĂ©finir et appliquer une stratĂ©gie rĂ©gionale de dĂ©veloppement Ă©conomique. Il pourrait Ă©galement appuyer les dĂ©marches des Ă©lus bretons auprĂšs du gouvernement sur de grands dossiers dont une dĂ©centralisation de l’Etat Ă  la hauteur des attentes et la rĂ©unification administrative de la Bretagne. Sans prendre directement position sur cette question, le rĂ©seau PEB va dans ce sens en passant outre les limites administratives pour rĂ©aliser Ă  son niveau l’unitĂ© Ă©conomique de la Bretagne, comme en tĂ©moigne cet extrait du dossier de presse de l’assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale de PEB tenue Ă  Nantes le 27 fĂ©vrier 2009 : « Depuis son origine, Produit en Bretagne accueille en son sein les entreprises de Loire-Atlantique. Les actions de Produit en Bretagne intĂšgrent donc naturellement 5 dĂ©partements bretons Â».



Sources :

  • Le site www.produitenbretagne.com
  • EnquĂȘte auprĂšs de responsables du rĂ©seau Produit en Bretagne et auprĂšs d’entreprises adhĂ©rentes
  • Assistance Ă  des AssemblĂ©es GĂ©nĂ©rales et Ă  un colloque sur la relocalisation
  • Presse rĂ©gionale.



Retour Ă  la Page d'accueil

Outils personnels
Espaces de noms

Variantes
Affichages
Actions
Navigation
BoĂźte Ă  outils