Géographie de la Bretagne/L'énergie en Bretagne

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Version du 23 juillet 2013 Ă  09:48


L’ENERGIE EN BRETAGNE


DU REFUS DU NUCLEAIRE AU DEBLOCAGE DE L’EOLIEN



Dans les pays développés les combustibles fossiles (pétrole, charbon, gaz naturel), souvent importés en masse, demeurent les principales sources d’énergie. La Bretagne ne fait pas exception comme l’indique l’importance des importations d’hydrocarbures dans les ports de la péninsule. Une dépendance aussi prononcée ne suscite guère de controverses tant la population la vit comme une fatalité. Chaque montée des prix des carburants engendre des protestations (pêcheurs, routiers) et incite à l’isolation des logements ou l’utilisation du bois de chauffage. Cependant de profonds changements se profilent à l’horizon et déjà le bilan énergétique régional commence à se modifier.


Le recours aux centrales nuclĂ©aires : une retombĂ©e d’une politique nationale


C’est dans le domaine de la production électrique que la position de la Bretagne est singulière car elle combine une forte allergie aux centrales nucléaires et une grande lenteur à s’engager sur les énergies renouvelables, ce qui entraîne une dépendance des centrales nucléaires des régions voisines. La région Bretagne ne produit que 8% de sa consommation électrique, mais 38% dans le cadre de la Bretagne entière grâce à la centrale thermique de Cordemais. L’essentiel du courant est fourni par les centrales nucléaires de Flamanville et Chinon et pour faire face aux pics quotidiens (très élevés par temps froid ) la centrale de Cordemais est poussée à fond.


La responsabilité de l’Etat est engagée dans le maintien de la dépendance énergétique régionale. Certes il est contraint par les marchés mondiaux des combustibles fossiles et depuis la Conférence de Kyoto (1997) par les accords internationaux sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Mais il maîtrise le prix de vente de l’électricité car il contrôle l’entreprise publique EDF qui, avec ses centrales et ses barrages, a jusqu’à récemment disposé d’un quasi monopole de la production et d’un monopole du transport et du courant.


C’est une décision étatique (Plan Messmer 1974) qui a lancé un programme de construction de centrales nucléaires. Son surdimensionnement a conduit EDF à élargir la demande par exemple en favorisant l’usage de l’électricité pour chauffer les logements neufs, ce qui aggrave les pics de consommation, et en bloquant la concurrence des énergies renouvelables par un prix d’achat trop bas de l’électricité produite.


Energie Ă©olienne : dĂ©marrage difficile avant un rĂ©el essor


Le blocage de la filière éolienne en France

Puissance installée en MW dans des pays de l’Union Européenne

Pays

Fin 2000

Fin 2001

Pays

Fin 2000

Fin 2001

Allemagne

6113

8754

Pays-Bas

446

493

Espagne

2481

3337

Royaume-Uni

406

474

Danemark

2300

2417

Irlande

118

125

Italie

427

697

France

66

78

Avel Penn ar Bed / EWEA


Le tableau met en évidence les grandes disparités entre pays européens dans les investissements éoliens et aussi dans les rythmes de croissance. En 2001 la puissance installée en Allemagne est plus de 100 fois supérieure à celle de la France qui pourtant dispose du gisement d’énergie éolienne le plus considérable en Europe après le Royaume Uni. Comme la Bretagne est la seconde région française pour le potentiel éolien, le blocage de la filière l’a donc particulièrement affectée et privée des nombreux emplois liés à la fabrication des éoliennes, à leur maintenance et à leur exportation.


Dans le cadre du plan « Eole 2005 Â» lancĂ© en 1997 par le ministère de l’Industrie, deux parcs Ă©oliens sont crĂ©Ă©s en 1999, l’un Ă  Plouarzel, l’autre Ă  Goulien, les deux dans le Finistère qui a conservĂ© son avance depuis. Logique : une association dynamique « Avel Penn ar Bed Â» y a sensibilisĂ© les Ă©lus. En 2005 la puissance installĂ©e n’atteint encore que 140 MW en rĂ©gion Bretagne. En Loire-Atlantique le parc Ă©olien de Soudan-Erbray ne dĂ©marre qu’en 2006.


La « Loi d’orientation sur l’Energie Â» de juin 2005 prĂ©voit la relance du nuclĂ©aire (une centrale EPR Ă  Flamanville) mais aussi le dĂ©veloppement des Ă©nergies renouvelables. La rĂ©gion Bretagne lance alors un plan visant une puissance Ă©olienne de 1000 MW en 2010, soit l’équivalent d’une tranche de centrale nuclĂ©aire.


En 2010 la rĂ©gion « Bretagne Â» s’associe avec l’Etat et RTE (RĂ©seau de transport Ă©lectrique) dans un « Pacte Ă©lectrique breton Â» pour porter Ă  3600 MW en 2020 la puissance des gĂ©nĂ©rateurs d’électricitĂ© de sources renouvelables. Cela suppose un dĂ©veloppement considĂ©rable de l’éolien terrestre, du photovoltaĂŻque et des hydroliennes (actuellement au stade expĂ©rimental) pour atteindre une puissance de 2350 MW qui s’ajouterait aux 1250 MW des Ă©oliennes maritimes.


Un pareil essor de l’éolien terrestre pose problème dans un territoire où l’habitat relativement dense et dispersé à l’échelle communale ne favorise pas l’implantation d’éoliennes de plus en plus grandes. Dans le cas où elles résultent d’une initiative collective locale pour leur

construction et financement, avec l’acceptation par la population de l’impact sur le paysage des « Ă©oliennes citoyennes Â» c’est une dĂ©marche de dĂ©veloppement local et de plus rĂ©versible en cas de besoin puisqu’une Ă©olienne se dĂ©monte facilement. Mais s’il s’agit d’investissement par des groupes financiers (Dreyfus dans la forĂŞt de LanouĂ©e dans le Morbihan), c’est une exploitation du territoire qui fait fi d’une politique de prĂ©servation du patrimoine paysager.


Le renfort en fanfare de l’éolien maritime


Sur le plan mondial la croissance de l’énergie Ă©olienne est très forte : en 2009 la puissance installĂ©e atteint 120,7 GW (1 GW = 1000 MW) en progression de 31% sur 2008. Dans l’Union EuropĂ©enne elle s’élève de 15% par an pour la pĂ©riode 1995- 2011 et le nombre d’emplois crĂ©Ă©s, estimĂ© en 2009 Ă  150 000, devrait doubler d’ici 2020. Or en 2011 la puissance installĂ©e en France Ă©tait de 6,8 GW et de 29 en Allemagne. Il est Ă©vident que, dans un contexte de crise, une telle quasi absence dans un crĂ©neau porteur n’était plus tenable, d’autant moins que le Grenelle de l’Environnement (2007) projetait une puissance en mer (Ă©oliennes et hydroliennes) de 6 GW pour 2020.


En 2010 l’Etat dĂ©cide d’implanter des parcs Ă©oliens off-shore Ă©quipĂ©s d’éoliennes de 5 MW alors que leur puissance Ă  terre ne dĂ©passait pas 2 MW. Les projets doivent ĂŞtre menĂ©s Ă  terme de 2015 Ă  2020. La Bretagne serait dotĂ©e de 1250 MW de puissance installĂ©e rĂ©partie sur deux parcs :


Baie de Saint-Brieuc : 100 Ă©oliennes, puissance totale 500 MW, surface 180 km2
Ouest de GuĂ©rande : 150 Ă©oliennes, puissance totale 750 MW, surface 78 km2


Le groupe EMF (actionnaires principaux : EDF et le Danois Dong Energy Power) y installera les Ă©oliennes d’Alstom de 6 MW (record mondial) et en Normandie il Ă©quipera les sites de Courseulles-sur-mer et de FĂ©camp. La sociĂ©tĂ© Ailes Marines qui rĂ©unit Iberdrola (Espagne) et Eole-RES (GB) implantera sur le site de Saint-Brieuc les Ă©oliennes d’AREVA (en partenariat avec Technip et STX, le chantier naval de Saint-Nazaire).


Quelles retombĂ©es en Bretagne ?


A Saint-Nazaire Alstom construirait les générateurs et les nacelles et STX les fondations et les bateaux de pose. Néopolia (groupement d’entreprises de la Basse-Loire) espère construire les navires de maintenance mais les pales et le mât seraient fabriqués à Cherbourg. Brest n’obtiendrait que le montage terminal. Pour le parc de Guérande, La Turballe serait le port de maintenance.

Du cĂ´tĂ© de Saint-Brieuc, seulement un port de maintenance sur la baie. La Bretagne occidentale serait-elle donc dĂ©laissĂ©e au profit de Saint-Nazaire et des ports normands, avec rien pour Lorient et bien peu pour Brest ? Le second appel d’offre de janvier 2013 concerne les sites du TrĂ©port et de Noirmoutier et Ă  nouveau ignore l’ouest de la Bretagne oĂą la nĂ©cessitĂ© d’activitĂ©s maritimes est si Ă©vident. La crĂ©ation de parcs Ă©oliens de cette taille est pourtant une opportunitĂ© rare de soutenir l’économie littorale lĂ  oĂą le besoin se fait sentir, Ă  Saint-Nazaire bien entendu, mais Ă  Brest aussi.


La filière photovoltaïque victime d’un fauchage dévastateur


Au plan mondial la production d’électricitĂ© photovoltaĂŻque, qui dĂ©marre au tout dĂ©but du 21e S, connaĂ®t un essor fulgurant puisque dès 2009 la puissance installĂ©e atteint 120,7 GW (+ 31% sur 2008 !) dont 35 aux USA, 25 en Allemagne et en Chine, 19 en Espagne. La Chine rĂ©alise 50% de la production mondiale des capteurs en utilisant des machines allemandes.

En 2009 on estimait qu’en Europe la filière avait créé 150 000 emplois directs. Fin 2011 l’Allemagne disposait de 29 GW de puissance installée, l’Espagne de 21,6 et la France de 6,8: comme pour l’éolien, un décalage énorme s’est créé entre l’Allemagne et la France qui se trouve à la traîne dans un nouveau créneau porteur, notamment pour l’emploi, alors qu’elle dispose d’un ensoleillement supérieur.

Le Grenelle de l’Environnement visait une puissance installée de 1,1 GW en 2012 et de 5,4 en 2020. Mais le nouveau tarif d’achat par EDF fixé en 2006 à 0,55 € le KWh solaire intégré au bâti s’est révélé tellement attractif que les projets déposés en 2010 auraient dépassé les possibilités de les subventionner. Du coup le gouvernement a bloqué brutalement l’expansion du marché par un moratoire de 3 mois, un plafonnement du total des projets à 500 MW par an et une réduction du prix d’achat à 0,44 € (-20%).

La Bretagne a été particulièrement touchée par ce coup d’arrêt dans la mesure où elle s’était fortement engagée dans le créneau du solaire (24% des 25 000 emplois directs en France). Elle comptait 507 entreprises qualifiées dont la moitié a disparu et des 6 000 emplois directs, il n’en restait plus que 1500 en 2011, soit une suppression dramatique de 3 emplois sur 4 comme résultat du pilotage incohérent d’une filière prometteuse.


Le changement de majoritĂ© politique en 2012 laisse espĂ©rer une relance, d’autant que d’autres produits apparaissent. La sociĂ©tĂ© nantaise Systovi a mis au point un panneau « aĂ©rovoltaĂŻque Â» qui, en plus de produire de l’électricitĂ©, rĂ©cupère la chaleur (60% de l’énergie solaire) pour chauffer l’habitation et lui fournir l’eau chaude. Equiper ainsi les toits des maisons Ă  chauffage Ă©lectrique permettrait de rĂ©duire leur consommation d’électricitĂ©. En tout cas c’est une solution alternative de plus.



La filière sous-marine dans l’attente du feu vert


Comme pour l’éolien maritime, l’exploitation des courants de marée nécessite des investissements lourds, à la portée de grands groupes industriels, ainsi que l’autorisation de l’Etat pour installer des hydroliennes sur le domaine maritime. A la différence du vent, les courants de marée à la fois rapides et assez larges se localisent sur quelques sites littoraux. En Manche le meilleur est le Raz Blanchard au cap de La Hague et en mer d’Iroise le Fromveur entre Ouessant et la côte et aussi le Raz de Sein.

La propagation de l’onde de marée provoque des courants, certes discontinus mais prévisibles longtemps en avance tant pour la puissance que pour l’horaire et la durée puisque ces données sont calées sur l’annuaire des marées. L’électricité des hydroliennes sera donc programmable, ce qui facilitera son intégration dans le complexe de production énergétique.

Jusqu’en 2012 les groupes industriels (STX, DCNS, etc) du Groupement des industries et activités navales (GICAN) en étaient à la phase des essais de prototypes. Début 2013 ils ont demandé au gouvernement de lancer un appel d’offres pour poser des hydroliennes sur les fonds du Raz Blanchard avec l’objectif d’installer une puissance de 6000 MW en 2020. Ceci impliquerait la création de nombreux emplois à terre à Cherbourg.

La société quimpéroise Sabella, qui a conçu une hydrolienne moins coûteuse et d’entretien plus facile, va poser un prototype dans le Fromveur après avoir levé des capitaux (dont Suez). Elle ambitionne à terme d’y installer un parc d’hydroliennes, ce qui signifierait des retombées industrielles sur Brest. Si le projet réussit, cela démontrerait que les forces économiques locales sont capables d’exploiter cette nouvelle source d’énergie et donc que le recours aux grands groupes industriels n’est pas la seule solution.


Centrales nuclĂ©aires en Bretagne : la fin du feuilleton mais pas la fin du risque


L’annulation en 1981 des projets de centrales de Plogoff (Pointe du Raz) et du Pellerin (estuaire de la Loire) par le prĂ©sident F. Mitterrand fut facilement acceptĂ© par EDF qui n’en avait pas rĂ©ellement besoin. Mais les conseils rĂ©gionaux de Bretagne et des Pays de la Loire ne renoncent pas. Le premier n’arriva jamais Ă  dĂ©nicher sur le littoral un site favorable et acceptĂ© par la population. Le second choisit Le Carnet, une vasière remblayĂ©e sur la rive sud de l’estuaire de la Loire qui devint le théâtre de la troisième grande bataille anti-nuclĂ©aire. La catastrophe de Tchernobyl en 1986 ne suffit pas Ă  dissuader la majoritĂ© pro-nuclĂ©aire du conseil rĂ©gional des Pays de la Loire, pas plus que J. Chirac, premier ministre, qui signe en 1988 la dĂ©claration d’utilitĂ© publique. Enfin L. Jospin, premier ministre, annule dĂ©finitivement le projet en 1997. En 2011 se dessine une nouvelle vocation pour Le Carnet qui accueille un centre d’expĂ©rimentation des prototypes d’éoliennes maritimes : une conversion très symbolique d’une ère nouvelle dans la production Ă©lectrique rĂ©gionale.


Malgré tout la Bretagne reste exposée au risque d’un accident grave sur une centrale nucléaire relativement proche. Les retombées radio-actives dépendent des conditions atmosphériques, ce qui rend problématique la délimitation des zones d’exposition. Cependant plus on s’éloigne du point d’émission, plus les chances de dilution du nuage augmentent.


Carte Environnement nucléaire de la Bretagne


La carte ne tient compte que des 18 centrales fonctionnant dans un rayon de 500 km et formant un chapelet sur la Loire, un autre sur les rivages de la Manche, plus des centrales britanniques peu Ă©loignĂ©es de la pĂ©ninsule armoricaine. Mais le risque majeur se situe au niveau de deux Ă©tablissements proches de la Bretagne et qui manipulent des produits très dangereux : l’usine de retraitement des combustibles et le centre de stockage des dĂ©chets nuclĂ©aires de La Hague. Par chance les vents dominants soufflent de l’Atlantique. La position gĂ©ographique de la Bretagne lui Ă©vite un encerclement complet par des centrales nuclĂ©aires et par consĂ©quent diminue le risque de pollution radioactive. Toutefois en rade de Brest un accident grave ne peut pas ĂŞtre totalement exclu dans la base des sous-marins nuclĂ©aires.
Quant à la centrale de Brennillis, le démantèlement qui devait s’achever en 2020-2025 est bloqué faute de site susceptible de recevoir les déchets hautement radioactifs.


Economiser l’électricité, en diversifier les sources…et décentraliser


La recherche d’une autonomie électrique se pose au niveau national car elle garantit la production d’une énergie indispensable à la vie d’une société moderne. En revanche elle perd de sa pertinence à l’échelle des régions car chacune a des besoins différents et un potentiel de production d’énergie renouvelable qui lui est particulier. Dans ces conditions et en fonction du principe de subsidiarité, à chaque région devrait revenir la responsabilité d’exploiter au mieux son potentiel dans une logique du développement durable. 


Il s’agit donc d’intĂ©grer les nouvelles Ă©nergies dans un plan d’amĂ©nagement rĂ©gional qui par ailleurs doit veiller Ă  la protection des ressources du milieu naturel. Cette rĂ©gionalisation de la politique Ă©lectrique est facilitĂ©e par le rĂ©seau de transport qui permet Ă  tout instant d’adapter la production Ă  la consommation par des Ă©changes entre les rĂ©gions et entre les Etats europĂ©ens : la mise en rĂ©seau libère chaque rĂ©gion d’un impĂ©ratif d’autonomie Ă©lectrique.


L’objectif prioritaire pour la Bretagne est vraiment d’arrêter la progression de la consommation électrique et notamment de réduire les pics journaliers par une isolation poussée du bâti, un meilleur rendement énergétique des appareils ménagers, la multiplication des chauffe-eau solaires, la réduction du chauffage électrique, les chaudières à condensation, etc. Ces mesures sont porteuses d’économies substantielles tout en créant de nombreux emplois répartis sur tout le territoire.


Certes le « Pacte Ă©lectrique breton Â» de 2010 permettra de progresser dans cette voie mais il comprend la construction d’une centrale au gaz Ă  Landivisiau (Ă  l’est de Brest) qui a Ă©tĂ© accordĂ©e le 29 fĂ©vrier 2012 par l’Etat Ă  Direct Energie et Siemens avec l’engagement de verser au consortium 40 millions d’euros par an pendant 20 ans. Dans une stratĂ©gie de dĂ©veloppement durable, il vaudrait bien mieux affecter cette dĂ©pense comme subvention pour remplacer le chauffage Ă©lectrique par une autre source d’énergie dont le gaz. D’autant que la mise en service en 2011 d’une nouvelle centrale au gaz d’une puissance de 435 MW, construite par GDF et Suez près du terminal mĂ©thanier de Montoir de Bretagne, permet de mieux faire face Ă  l’augmentation rĂ©gulière de la consommation, en attendant le renversement de cette tendance.




Sommaire

Sources


EWEA Statistiques europĂ©ennes (European Wind Energy Association). EPIA (European Photovoltaic Industry Association). Eurostat. Rapport d’information sur l’énergie Ă©olienne (N°2398) prĂ©sentĂ© par F. Reynier (AssemblĂ©e Nationale 2010). Rapport d’information sur la filière photovoltaĂŻque (N°442) prĂ©sentĂ© par L. Poniatowski (SĂ©nat 2011). Rapport de la Cour des Comptes sur le coĂ»t de la filière nuclĂ©aire, janvier 2012. ADEME Bretagne et ADEME Pays de Loire. Observ’ER. Les cahiers de Global Chance 2011 (Association Global Chance et Institut du DĂ©veloppement Durable et des Relations Internationales). Association Avel Penn ar Bed. Le scĂ©nario Ă©lectrique alternatif breton (Association Gaspare , site : www.nonalacentrale.fr). Corinne Lepage, la vĂ©ritĂ© sur le nuclĂ©aire, Albin Michel 2011. Presse rĂ©gionale.




Note complémentaire


Vers une remise en cause radicale de la filière nuclĂ©aire française ?


Les désastres de Tchernobyl et de Fukushima n’ont pas en France ébranlé la filière nucléaire qui serait d’une sûreté à toute épreuve selon ses promoteurs. Mais la loi d’airain d’une économie en crise la condamne à terme. Des éléments nouveaux permettent de l’affirmer, notamment le rapport de la Cour des Comptes (janvier 2012) sur le coût de la filière nucléaire.


Certes les coĂ»ts rĂ©els de l’énergie nuclĂ©aire sont difficiles Ă  chiffrer. Les tarifs d’EDF sont bloquĂ©s Ă  un niveau trop bas (environ 0,30 € le KWh) pour dĂ©gager les investissements nĂ©cessaires Ă  la gestion du parc Ă  long terme. Ce fait est reconnu par EDF dans une rĂ©cente Ă©tude estimant le KWh Ă  0,46 € en prenant en compte le dĂ©mantèlement des centrales. Autre donnĂ©e significative : le coĂ»t du KWh produit par l’EPR de Flamanville serait supĂ©rieur Ă  0,60 €. 


De son cĂ´tĂ© le rapport de la Cour des Comptes chiffre le dĂ©mantèlement des 58 rĂ©acteurs Ă  18,4 milliards € et la gestion des dĂ©chets Ă  28,4 milliards, en soulignant que ces montants devraient probablement progresser. Compte tenu de ces coĂ»ts, le KWh atteindrait 0,495 €. La Cour constate que la France n’a pas les moyens de renouveler son parc nuclĂ©aire, ce qui nĂ©cessiterait la construction de 11 EPR d’ici 2022, tout en dĂ©mantelant les actuelles centrales et en stockant les dĂ©chets radioactifs. D’oĂą sa conclusion :


« Cela signifie qu’à travers l’absence de dĂ©cision d’investissement, une dĂ©cision implicite a Ă©tĂ© prise qui engage la France soit Ă  faire durer ses centrales au delĂ  de 40 ans, soit Ă  faire Ă©voluer significativement et rapidement le mix Ă©nergĂ©tique vers d’autres sources d’énergie, ce qui suppose des investissements complĂ©mentaires. Â»


La première option ne ferait que différer la solution du problème et cela au prix d’investissements requis par les nouvelles normes de sécurité, sans parler des risques de fonctionnement liés à l’usure des réacteurs. Ce serait une démarche totalement à l’encontre d’un développement durable et qui de plus aboutirait à terme à des importations massives d’électricité.


Il est évident que devant l’impossibilité financière de renouveler le parc nucléaire, la seconde option évoquée par la Cour des Comptes est la voie praticable. Les seules marges de décision portent d’une part sur le rythme de l’arrêt des centrales existantes et de la conversion du personnel, et d’autre part sur le rythme de croissance des filières comme l’éolien et le photovoltaïque, tout en promouvant les économies d’électricité.


Le rapport de la cour des Comptes confirme la nécessité pour EDF d’augmenter ses tarifs, ce qui établira une plus juste comparaison entre le coût du KWh nucléaire et celui des énergies renouvelables. Celles-ci, de plus en plus compétitives car la tendance générale de leurs coûts est à la baisse, semblent pouvoir s’intégrer dans la production énergétique sans hausse supplémentaire du KWh.


En 2013, il revient au nouveau gouvernement de définir une stratégie énergétique à long terme fixant le devenir des centrales nucléaires et donnant aux filières des énergies renouvelables des règles stables et une garantie sur le prix d’achat de l’électricité: l’investissement en dépend. L’obstacle principal est le statut très spécial de la filière nucléaire qui découle de sa liaison première avec l’arme atomique. Créée à coup de décrets gouvernementaux sans l’avis ni l’aval du Parlement, elle constitue un état dans l’Etat et dispose d’un très puissant groupe de pression.


La donne sera-t-elle changĂ©e en 2013 ? Soit le nouveau pouvoir politique agit dans le domaine Ă©nergĂ©tique par dĂ©crets comme ses prĂ©dĂ©cesseurs, soit il soumet au Parlement son plan d’action en prenant le parti de soumettre enfin la filière nuclĂ©aire au Droit rĂ©publicain. L’exemple de l’Allemagne est Ă©difiant : si elle a pu s’engager si rapidement dans la relève du nuclĂ©aire par les Ă©nergies renouvelables et les Ă©conomies d’énergie, c’est parce qu’il n’existe pas dans ce pays l’équivalent de la filière nuclĂ©aire française avec sa capacitĂ© de freinage d’une Ă©volution pourtant inĂ©vitable. 







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